En difficulté, Pascan réduit ses services

Au cours des derniers mois, Serge Charron, président... (Photo André Pichette, La Presse)

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Au cours des derniers mois, Serge Charron, président et fondateur de Pascan, s'est déplacé du ministère des Régions au ministère des Transports, en passant par le cabinet du premier ministre, pour faire des démarches auprès du gouvernement. Il a notamment rappelé que le gouvernement du Québec était intervenu auprès d'Air Canada, il y a une douzaine d'années, pour maintenir une desserte régionale.

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Aux prises avec des difficultés financières, le transporteur régional Pascan Aviation doit réduire ses activités.

Cela aura des conséquences importantes pour les régions. Les voyageurs ne pourront plus partir des régions tôt le matin pour assister à une réunion à Montréal ou à Québec et revenir en fin de journée chez eux. Il leur sera également plus difficile de voyager d'une région à l'autre.

Pascan ne conservera que les vols qui partent le matin des grands centres vers les régions, avec retour en fin de journée.

L'entreprise, installée à Saint-Hubert, a mis en vente 14 de ses 22 appareils. À son sommet, en 2013, le transporteur employait 340 personnes. Lorsqu'elle aura fini sa réorganisation, elle n'aura plus qu'une centaine d'employés. Ce sont donc 240 emplois qui auront disparu.

«Le transport régional n'est plus rentable, a déploré Serge Charron, président et fondateur de Pascan, dans une entrevue téléphonique avec La Presse Affaires. C'est le contexte qui nous rattrape. C'est toujours difficile de congédier des employés et de diminuer la taille de l'entreprise, mais il faut faire ce qu'il faut faire.»

L'abandon du Plan Nord

Selon M. Charron, plusieurs facteurs expliquent les difficultés que traverse Pascan, à commencer par l'abandon du Plan Nord et le ralentissement du secteur minier. Le transporteur desservait des destinations comme Wabush et Sept-Îles: il fondait donc beaucoup d'espoir sur ce secteur.

«En 2012, nous avons investi des millions en prévision du Plan Nord, a raconté le président de Pascan. Ça a planté en 2013, juste comme on venait de s'endetter jusqu'au menton.»

Le ralentissement général de l'économie québécoise a également joué un rôle.

«Les gens coupent tout de suite dans les billets d'avion, a indiqué M. Charron. Au gouvernement du Québec, c'est coupure après coupure. À l'hôpital des Îles-de-la-Madeleine, ils ont coupé 1200 billets en un an. C'est bon pour leur budget, mais de notre côté, personne n'est venu baisser de 25% notre facture d'essence ou les salaires de nos employés.»

Il a affirmé qu'entre avril 2013 et avril 2015, les ventes de billets de Pascan ont chuté de 2,1 millions de dollars.

«La compagnie va survivre à tout ça, a affirmé M. Charron. Elle va revenir à la situation de l'avant-Plan Nord. Il y aura pas mal moins d'employés et les régions seront dépourvues de services.»

Air Canada et Jazz offrent certaines liaisons dans les régions, mais selon M. Charron, il s'agit essentiellement de ramener des passagers des régions vers les grands centres pour leur permettre de prendre des vols vers l'extérieur de la province.

En décembre dernier, Pascan a terminé un financement de 6 millions sous forme d'emprunts bancaires et de contributions de la Banque de développement du Canada et d'Investissement Québec.

Demandes d'aide du gouvernement

Au cours des neuf derniers mois, M. Charron s'est également déplacé du ministère des Régions au ministère des Transports, en passant par le cabinet du premier ministre, pour faire des démarches auprès du gouvernement.

Il a notamment rappelé que le gouvernement du Québec était intervenu auprès d'Air Canada, il y a une douzaine d'années, pour maintenir une desserte régionale. Le gouvernement s'était alors engagé à acheter un certain nombre de billets par année sur une période de trois ans.

«Ça a donné un bon coup de pouce à Air Canada, a soutenu M. Charron. Maintenant, la compagnie va bien.»

Il aurait aimé une entente semblable pour Pascan de façon à préserver le transport régional.

«Le gouvernement n'est pas dans ce mood-là, a-t-il déploré. D'après moi, ils n'ont pas plus d'argent que moi. Mais si on ferme tout ça, comment est-ce qu'on va développer l'économie, qui va repartir un transporteur aérien régional? C'est une espèce en voie d'extinction, comme le train qui allait à Gaspé, comme l'autobus Orléans Express qui n'y va plus que trois fois par semaine.»

André Lamontagne, député de Johnson et porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière d'économie, a profité de la période de questions à l'Assemblée nationale hier pour demander au gouvernement d'intervenir pour préserver un service aérien de qualité pour les régions.

Le ministre Robert Poëti a répondu que son ministère analysait la situation.

Dans un courriel à La Presse Affaires, l'attachée de presse de M. Poëti, Anne-Catherin Couture, a indiqué que le ministère des Transports ne disposait d'aucun programme lui permettant de venir en aide à Pascan Aviation.

«Néanmoins, comme toute entreprise du Québec, ces derniers ont à leur disposition des leviers financiers gouvernementaux auxquels ils peuvent appliquer», a-t-elle ajouté.

Siège social: Saint-Hubert

> Flotte avant la réorganisation: 22 appareils

> Flotte après la réorganisation: 8 appareils

> Effectifs avant la réorganisation: 340 personnes

> Effectifs après la réorganisation: 100 personnes

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