Aérogare de Mirabel: un architecte en deuil

L'architecture particulière du bâtiment rendait un chnagement de... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'architecture particulière du bâtiment rendait un chnagement de vocation difficile.

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Sylvain Larocque
La Presse

Au bout du fil, Louis-Joseph Papineau est triste, mais pas indigné. Avec des collègues, c'est lui qui a dessiné les plans de l'aérogare de Mirabel, dont on a annoncé la démolition hier.

«Probablement qu'ils ont de bonnes raisons [d'opter pour le démantèlement], dit M. Papineau. Je ne vais pas m'opposer à ça.»

Le gouvernement fédéral avait retenu les architectes Papineau, Gérin-Lajoie, LeBlanc, Edwards pour le projet de 500 millions (pistes et coûteuses expropriations comprises). L'aérogare de 32 000 pieds carrés prendra une forme rectangulaire et sera presque entièrement vitrée, la firme s'inspirant du design du pavillon du Québec à Expo 67, qu'elle avait aussi conçu. Les voyageurs appréciaient ses hauts plafonds et la vaste mezzanine qui surplombait les portes d'embarquement.

«L'idée, c'était d'impressionner les gens, raconte Louis-Joseph Papineau. Un aéroport, c'est la porte d'entrée d'un pays, c'est la première chose qu'on voit, donc il ne fallait pas qu'on se sente à l'étroit.»

L'architecte, aujourd'hui âgé de 83 ans, avait visité une quarantaine d'aérogares dans le monde avant d'arrêter le design de celle qui allait être érigée au beau milieu des champs de Mirabel. Les planificateurs avaient notamment été séduits par l'aéroport Dulles de Washington, où des autobus transbordeurs conduisaient les passagers de l'aérogare aux avions. L'objectif était de réduire à tout juste 100 mètres la distance à parcourir à pied entre l'entrée de l'aérogare et l'avion.

«Nous nous efforçons de ramener à l'échelle humaine un bâtiment que la dimension des avions actuels tend à transformer en monstre à tentacules multiples où se perd le voyageur», expliquait l'un des documents fédéraux de l'époque conservés à la Grande Bibliothèque.

Vision grandiose

Mais ce qui frappe le plus, en replongeant dans l'euphorie de la fin des années 1960, c'est la vision grandiose qui allait justifier la construction du plus vaste aéroport jamais imaginé dans le monde. En se basant sur les taux de croissance enregistrés au cours de la décennie précédente, Ottawa estimait que l'aéroport de Dorval serait saturé dès 1975 et que pas moins de 50 millions de passagers transiteraient par Montréal en 2000. C'est pourquoi on prévoyait pas moins de six aérogares et six pistes à Mirabel. Or, Montréal a accueilli l'an dernier à peine 14 millions de passagers.

Les principales raisons de l'échec de Mirabel sont connues: croissance démographique plus faible que prévu, transports terrestres déficients vers le centre-ville, concentration graduelle des vols internationaux à Toronto.

Il faut rappeler qu'à l'époque, le gouvernement fédéral obligeait tous les vols transatlantiques à faire escale à Montréal. Mais les choses s'apprêtaient à changer, ce qui allait inévitablement plomber l'avenir de Mirabel. «Pendant que le ministère des Transports planifiait un nouvel aéroport à Montréal, le ministère des Affaires étrangères négociait des accords avec des compagnies aériennes étrangères qui voulaient atterrir directement à Toronto!», rappelle Pierre Jeanniot, qui a été PDG d'Air Canada de 1984 à 1990.

L'ancien dirigeant qualifie de «stupide» la décision, purement «politique», selon lui, de construire un deuxième aéroport dans la région de Montréal. Si elle n'est pas la cause directe du déclin de Montréal par rapport à Toronto en matière de transport aérien, elle l'a indubitablement accéléré, estime-t-il.

Le simple maintien du bâtiment a coûté une... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE) - image 2.0

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Le simple maintien du bâtiment a coûté une trentaine de millions à ADM de puis 2004, précise le président James Cherry.

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Au fil des ans

1966

Les firmes Kates, Peat, Marwick&Co. et Van Ginkel Associates recommandent la construction d'un deuxième aéroport international dans la région de Montréal.

1969

Après avoir évalué 20 emplacements potentiels, dont Drummondville, Vaudreuil-Dorion, Saint-Jean-sur-Richelieu, Joliette et Saint-Amable, Ottawa choisit Mirabel (Sainte-Scholastique) pour le nouvel aéroport.

1975

Un Boeing 747 d'Air Canada est le premier avion à atterrir à Mirabel le 4 octobre 1975, en présence de Pierre Elliott Trudeau, Robert Bourassa et Jean Drapeau.

1989

Le gouvernement de Brian Mulroney rétrocède à des agriculteurs 80 000 des 97 000 acres expropriés en 1969. Le gouvernement de Stephen Harper rétrocédera 11 000 acres de plus en 2006.

1997

Aéroports de Montréal autorise le retour des vols internationaux à Dorval.

2004

Le dernier avion transportant des passagers décolle de Mirabel le 31 octobre 2004: il s'agit du vol TS-710 d'Air Transat à destination de Paris.

2006

Un consortium français dévoile en grande pompe le projet Rêveport, un immense complexe récréotouristique de 300 millions comprenant un aquarium géant, une plage intérieure et des salles de cinéma. Il ne verra jamais le jour.

2011

Un groupe italien, GrandPrixOne, propose d'installer des magasins d'usine (factory outlets), essentiellement des enseignes européennes de vêtements et de chaussures de luxe, dans l'ancienne aérogare. Le projet de 50 à 75 millions prévoit également une section consacrée à l'alimentation et une autre à l'automobile. Il a été abandonné l'an dernier.




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