L'avenir passe par les algues, selon EADS

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Les biocarburants sont plus prometteurs pour l'industrie aéronautique, surtout ceux fabriqués à partir d'algues et de micro-organismes.

Marie Tison, envoyée spéciale
La Presse

(Farnborough) Pour le géant européen EADS, l'avenir de la motorisation en aéronautique passe par les algues. Et peut-être aussi avec des partenaires canadiens!

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L'utilisation de biocarburants, et notamment ceux fabriqués à partir d'algues, constitue la meilleure façon de réduire l'empreinte environnementale de l'industrie, affirme le chef de la technologie d'EADS, Jean Botti, dans une entrevue avec La Presse Affaires dans le cadre du Salon aéronautique de Farnborough.

«Si d'ici sept ou huit ans, les biocarburants constituent 10% du carburant utilisé par l'industrie, ce sera parfait», lance-t-il.

Avec 110 000 employés dans le monde, EADS se spécialise dans l'aérospatiale et la défense. Il s'agit notamment de la société mère d'Airbus.

Pour M. Botti, l'industrie aéronautique n'a pas le choix et doit agir sur le plan environnemental. C'est qu'on persiste à la voir comme un très grand pollueur.

«C'est une image qui est fausse, soutient-il. L'aéronautique ne génère que 2% des émissions de carbone. Mais l'image est là.»

Or, l'un des principaux responsables des émissions, l'automobile, fait présentement beaucoup de progrès sur le plan environnemental avec l'introduction des véhicules électriques et hybrides.

«Le prochain qui sera sous les feux de la rampe, ce sera l'aéronautique», affirme M. Botti.

Malheureusement, les solutions mises en place pour l'automobile, comme la propulsion électrique, ne peuvent s'appliquer en aéronautique. Ces moyens de propulsion sont beaucoup trop lourds.

«Il y a un problème de gravité en aviation, indique le chef de la technologie. Il faut soulever un avion avec 150 passagers, avec les bagages, etc.»

Il explique que les solutions électriques et hybrides actuelles pour l'automobile fournissent de 0,5 à 1,2 kilowatt de puissance par kilogramme.

«En aviation, il faut être largement au-dessus de 2 kilowatts, idéalement de 7 à 8 kilowatts par kilogramme.»

L'hydrogène n'est pas plus non plus une solution pour l'aviation parce qu'il prend trop de volume.

«Un A380 serait trois fois plus gros s'il était à l'hydrogène, lance-t-il. Vous voyez les pistes de décollage que ça prendrait!»

Les biocarburants sont plus prometteurs, surtout ceux fabriqués à partir d'algues et de micro-organismes.

«Les algues sont renouvelables, on peut les doper (pour accroître la production), ça pousse à peu près n'importe où, soutient-il. Bien sûr, elles ont besoin d'eau, mais ça n'a pas besoin d'être de l'eau pure.»

En outre, les algues n'entrent pas en compétition avec la production alimentaire. La seule compétition qu'il pourrait y avoir, c'est avec la production de produits de beauté. Et encore, il serait possible de fabriquer ces crèmes à partir des sous-produits de la fabrication de carburant.

«Cela peut même faire partie du modèle d'affaires», indique M. Botti.

«Ce n'est pas nous, EADS, qui fabriquerons de l'huile, ce n'est pas nous qui ferons croître les algues, mais nous ferons tout pour commanditer une solution», ajoute-t-il.

C'est ainsi qu'EADS a établi des partenariats avec diverses entreprises dans le monde pour faire avancer ce dossier. Au Canada, elle finance notamment les travaux d'une PME de l'Ontario, ProDalG, qui se spécialise dans la production d'algues et d'huiles à partir d'émissions industrielles de carbone.

EADS a également participé à des projets du Centre national de recherche du Canada (CNRC) sur des carburants alternatifs, ainsi que sur de nombreux autres projets touchant l'aéronautique, dans le cadre d'une entente de coopération de cinq ans.

EADS et le CNRC ont d'ailleurs profité du Salon aéronautique de Farnborough pour prolonger cette entente d'un autre cinq ans.

Chose certaine, EADS s'oppose à l'approche adoptée par l'Union européenne pour diminuer l'empreinte environnementale de l'aviation, soit la mise en place d'un système de taxation d'émissions de gaz à effet de serre qui passe par l'attribution de quotas. L'Union européenne a provoqué un tollé international en étendant cette année ce système aux transporteurs aériens non européens.

«C'est un handicap, explique Jean Botti. Ça ne favorise pas la vente d'avions. Et on ne résout pas un problème en tendant un bâton mais en tendant une solution.» Pour le chef de la technologie d'EADS, cette solution passe par les biocarburants.

Il rappelle que l'aéronautique est vue comme un très grand pollueur.

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