Ubisoft cherche des actionnaires québécois

Le président et fondateur d'Ubisoft, Yves Guillemot, souhaite que... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Le président et fondateur d'Ubisoft, Yves Guillemot, souhaite que des partenaires québécois et canadiens investissent dans son entreprise, afin d'éviter une prise de contrôle par la française Vivendi.

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Le pionnier du jeu vidéo au Québec, Ubisoft, est plongé dans une lutte féroce contre la multinationale française Vivendi, qui veut en prendre le contrôle contre son gré. Et pour éviter cette situation, son président et fondateur, Yves Guillemot, est à la recherche de partenaires québécois ou canadiens.

Le premier ministre Justin Trudeau était de passage dans les bureaux montréalais d'Ubisoft, hier, mais ce n'est pas pour lui serrer la pince que M. Guillemot s'était déplacé au Québec, où son entreprise emploie environ 3150 personnes.

L'homme d'affaires cherche à conserver l'autonomie du troisième éditeur de jeux vidéo indépendant au monde, qu'il a fondé il y a une trentaine d'années avec ses frères. Ensemble, ils contrôlent environ 9,3 % des actions et 16 % des droits de vote d'Ubisoft. Dans le coin opposé, Vivendi détient aux dernières nouvelles environ 15 % des actions.

« Ce que l'on cherche, et qui nous mène entre autres à Toronto et Montréal, c'est de rencontrer l'ensemble des acteurs très importants du pays et de les pousser à venir avec nous », explique M. Guillemot.

« J'espère que nous allons réussir à trouver des partenaires locaux, parce que ce serait très logique que nous ayons avec nous des investisseurs locaux qui permettraient de stabiliser le capital.

« Il y a une vraie logique. Comme nous travaillons beaucoup ici, ça permettrait de bien se comprendre et d'avancer ensemble. »

Pourquoi chercher ces partenaires au Canada plutôt qu'en France ? Rares sont ceux qui, en France, souhaitent se mesurer à Vincent Bolloré, l'actionnaire de contrôle de Vivendi, reconnaît M. Guillemot.

« Il a une puissance importante en France, c'est pour ça qu'on cherche plutôt ailleurs. »

Besoin de liberté

Sans surprise, M. Guillemot ne croit pas du tout au potentiel d'une transaction avec Vivendi, qui était pourtant jusqu'en 2013 actionnaire de contrôle du numéro un mondial du jeu vidéo, Activision.

« Il faut le demander à Activision, mais quand Vivendi est sorti, Bobby Kotick [PDG d'Activision] a déclaré que pour lui, ça ne s'était pas bien passé, qu'il était vraiment content de retrouver sa liberté, et l'action a doublé depuis qu'ils sont partis », fait-il valoir.

Pour lui, la vie au sein d'un grand groupe comme Vivendi est intenable pour une entreprise créative comme Ubisoft. Et il donne des exemples.

« Quand la Wii est arrivée, nous avons décidé d'y investir très fortement, alors que l'image de Nintendo à l'époque n'était pas très forte. Mais nous avions considéré que l'accessibilité qu'elle apportait était une véritable révolution. Dans un groupe plus large, on aurait eu l'esprit commun, à savoir pourquoi investir sur cette machine si elle n'a pas d'assurance de résultat.

« Un autre exemple, c'est quand Montréal a investi sur Splinter Cell sur la première console Xbox. Les budgets qui ont été mis sur une nouvelle machine qui avait très peu de volume, c'était un risque important, et ça s'est avéré être un très grand succès. »

« Quand le marché, il y a quatre ou cinq ans, baissait parce que les machines avaient six ou sept ans, nous avons décidé d'investir beaucoup pour préparer des jeux qui sortent présentement, comme The Division ou Rainbow Six : Siege. On a décidé d'investir plus dans cette période-là alors que tous les gens autour de nous disaient de ralentir, que ce marché était en perte de vitesse, que c'était le mobile ou le modèle free-to-play qui allait gagner. Ce sont des choses que l'on fait difficilement dans un grand groupe, qui lit toutes les notes et qui dit : "Vous êtes fous ou quoi ?" Et c'est un choix très important, parce que c'est celui qui nous permet aujourd'hui d'être en croissance. »

Promesses de croissance

L'ennui pour attirer de nouveaux investisseurs, c'est que les manoeuvres de Vivendi ont fait fortement progresser le titre d'Ubisoft, passé d'environ 18,50 euros à un peu plus de 26 euros, hier, rendant leur achat moins intéressant.

« Si on regarde nos multiples, nous en sommes environ à 10 fois le BAIIA plus les liquidités. C'est encore sous les multiples de nos concurrents. Et là on ne parle que des profits de l'an prochain. Si on se projette dans trois ans, on n'est pas cher du tout. »

Aux investisseurs qu'il tente de recruter, et à ceux déjà en place dont il souhaite conserver l'appui, M. Guillemot fait en effet actuellement miroiter trois années de forte croissance.

Lors d'une rencontre à Londres, la semaine dernière, il a officiellement prévu des revenus de 2,2 milliards d'euros (3,3 milliards de dollars) pour l'exercice 2018-2019, soit de 60 % plus élevés qu'en 2015-2016. Le tout serait accompagné d'une marge d'exploitation de 20 % qui triplerait le bénéfice actuel et de flux de trésorerie de 300 millions d'euros (450 millions de dollars), dont une partie pourrait être remise sous forme de dividende, ce qui serait une première.

La bataille d'Ubisoft au cours des prochains mois

Contrôle rampant

Rien n'est certain, mais il serait étonnant que Vincent Bolloré lance une offre d'achat sur Ubisoft. Ce magnat français a plutôt tendance à utiliser une technique de «contrôle rampant» qu'il a d'abord appliquée chez Vivendi, puis tout récemment chez Telecom Italia.

«Il a pris le contrôle du conseil d'administration de Telecom Italia avec 22% de la société, observe Yves Guillemot, président et fondateur d'Ubisoft. C'est ça qu'on veut éviter.»

Le fin mot en septembre

Le dossier risque de s'étirer puisqu'à moins d'une OPA, ce n'est qu'en septembre qu'aura lieu la prochaine assemblée générale d'Ubisoft. «On pense, en faisant le tour, que nos actionnaires comprennent bien où on veut aller, donc qu'on devrait avoir la possibilité d'avoir plus de 50% des votes et donc ne pas avoir de membre [de Vivendi] au conseil d'administration.»

Expérience

Ubisoft a déjà dû accueillir un membre hostile dans son conseil d'administration quand sa rivale Electronic Arts a acheté, en 2004, 20% de ses actions, qu'elle avait fini par revendre six ans plus tard. «Ça nous donne une meilleure visibilité sur comment ça se passe, et les gens à l'interne ont vu que nous étions capables de repousser la dernière attaque, que c'était faisable», note M. Guillemot.

Montréal et Québec à l'abri

«Les studios de Montréal et de Québec sont des studios de très haut niveau, qui font partie intégrante de l'entreprise, donc je ne pense pas [qu'une prise de contrôle par Vivendi] changerait beaucoup de choses pour eux, croit M. Guillemot. Ce serait probablement seulement une autre philosophie si c'est une autre direction qui gère l'entreprise.»

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