Montréal coupé des grandes villes technos: des impacts négatifs de 300 millions

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Montréal n'a aucun vol direct vers les 10 principales villes technologiques du monde, alors que Toronto est liée à sept d'entre elles.

L'absence de vols directs entre Montréal et les grandes villes technologiques de la planète prive la métropole québécoise de retombées estimées à 300 millions par année.

C'est le calcul que fait Michel Archambault, président du bureau des gouverneurs de la Chaire de tourisme Transat de l'UQAM. Lors d'une conférence destinée aux investisseurs du milieu technologique, M. Archambault a montré hier que Montréal n'a aucun vol direct vers les 10 principales villes technologiques du monde, alors que Toronto est liée à sept d'entre elles.

«C'est un wake-up call que j'adresse à la communauté de Montréal et du Québec, lance-t-il. Il est très coûteux d'être isolé comme l'est Montréal actuellement.»

M. Archambault se base sur des études des autorités aéroportuaires de Portland et de San Diego qui montrent qu'un vol direct génère des retombées économiques de 20 à 50 millions par année.

«Montréal n'a pas de vol direct avec Tokyo, Séoul, Hong Kong, Singapour, Tel-Aviv et San Francisco, pour ne nommer que celles-là. Ce sont de grosses pointures qui vont chercher dans le haut de la fourchette. Sur la base des études, le chiffre de 300 millions me semble donc loin d'être exagéré», raisonne-t-il.

Prononcée pendant le congrès de Réseau capital, l'association québécoise du capital de risque, l'allocution de M. Archambault a touché une corde sensible.

«C'est un dossier dans lequel on va s'impliquer», a promis Jack Chadirdjian, PDG de Réseau capital.

Il y a quelques semaines, le président de la Chambre de commerce de Montréal, Michel Leblanc, avait aussi reconnu que le milieu des affaires est «frustré» par le manque de vols directs en partance de Montréal, notamment vers l'Asie.

Pour l'industrie technologique, le gros irritant est l'absence de vol direct à l'année avec San Francisco, qui donne accès à la Silicon Valley et aux nombreux entrepreneurs, investisseurs et multinationales qui s'y trouvent. Air Canada y offre un vol quotidien la moitié de l'année seulement, du 1er mai au 31 octobre.

Selon Jean-Sébastien Cournoyer, associé du fonds montréalais Real Ventures, la situation empêche carrément les investisseurs californiens d'investir dans les entreprises montréalaises.

«Ils investissent parfois à Toronto, mais pas à Montréal, dit M. Cournoyer. Quand on investit dans une compagnie, il faut la suivre, la conseiller, assister aux rencontres du conseil d'administration. S'il faut deux jours de transport pour une rencontre, ils ne sont pas intéressés. Ou alors ils investissent dans des entreprises en stade très avancé qu'ils n'ont pas besoin de suivre.

Martin-Luc Archambault, un entrepreneur en série qui pilote la boîte web Wajam, se rend tous les deux mois dans la Silicon Valley pour y rencontrer clients, partenaires et investisseurs potentiels. Les désagréments des escales à Toronto, Chicago ou Vancouver ne sont pas les seuls problèmes qu'il observe.

«Je me souviens d'une rencontre avec un gros fonds de capital de risque de la Silicon Valley, raconte-t-il. Quand j'ai dit Montréal, le gars m'a répondu: comment je peux m'y rendre? Il y a un vol direct?»

«Il faut se demander l'image que ça envoie de Montréal au reste du monde», dit John Stokes, de Real Ventures.

Air Canada a affirmé hier qu'elle ajoutera cet été un deuxième vol, cinq fois par semaine, entre Montréal et San Francisco.

«Notre intention est de pouvoir assurer une liaison sans escale entre Montréal et San Francisco à l'année, mais cela va dépendre de la demande et de la disponibilité des avions. Nous restons optimistes qu'avec l'appui du secteur des affaires de Montréal, cela reste envisageable», a dit John Reber, directeur des relations avec les médias d'Air Canada.

Dans un discours prononcé le mois dernier devant la Chambre de commerce, le président d'Air Canada, Colin Rovinescu, a rappelé que la plupart des pays, dont la France et l'Angleterre, n'ont qu'une plaque tournante internationale et qu'il n'a pas l'intention de donner cette vocation à Montréal. Il s'était toutefois montré optimiste pour de nouvelles liaisons avec Beyrouth et Pékin.

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COÛT POUR LE TRAJET AÉRIEN LE PLUS COURT

Voyage d'une semaine - mars 2013 [Montréal | Toronto]

San Francisco : 1 025 $, 7 h 35 | 945 $, 5 h 40

Seattle : 661 $, 7 h 26 | 991 $, 5 h 17

Singapour : 5321 $, 24 h 15 | 4574 $, 20 h 50

Munich : 1 166 $, 8 h | 1 240 $, 7 h 50

Helsinki : 1 420 $, 11 h 05 | 1 255 $, 9 h 45

Tel-Aviv : 1 466 $, 12 h 45 | 1 959 $, 10 h 55

Bangalore : 4 270 $, 17 h 55 | 6 056 $, 17 h 15

Tokyo : 1 295 $, 16 h 10 | 1 285 $, 13 h 10

Hong Kong : 2 005 $, 18 h | 2 024 $, 15 h 30

Séoul : 2 130 $, 16 h 40 | 2 011 $, 13 h 50

Source : Kayak.com

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VOLS DIRECTS

Toronto : 7

Montréal : 1

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