Le BlackBerry de la dernière chance

(Montréal) Quand Research in Motion (T.RIM) a lancé sa dernière famille de téléphones (le BlackBerry Bold) en 2008, l'entreprise de Waterloo était au sommet de sa gloire, devançant même l'iPhone d'Apple.

Au cours des cinq dernières années, la chute de RIM a été brutale, si bien que sa survie dépend maintenant du BlackBerry 10, qui sera lancé la semaine prochaine.

Portrait d'un leader déchu qui tente de retrouver sa forme d'antan.

L'avenir des entreprises de technos ne tient pas à grand-chose. Un téléphone, une tablette, un ordinateur. Cette réalité n'aura jamais été aussi vraie que pour l'entreprise canadienne Research in Motion (RIM), qui joue sa survie avec le BlackBerry 10 qui sera lancé mercredi prochain.

«L'échec n'est pas une option», reconnaît Andrew MacLeod, directeur général de RIM au Canada, en entrevue avec La Presse Affaires.

Les dernières années ont été difficiles - peut-être même fatales, pensent les plus pessimistes - pour le géant canadien des télécoms. Son BlackBerry a été dépassé par les téléphones d'Apple (iPhone), Samsung et Nokia.

Sa tablette électronique PlayBook a été un fiasco. La valeur de l'entreprise a chuté de 80% en Bourse depuis cinq ans, entraînant le départ des deux dirigeants vedettes, Jim Balsillie et Mike Lazaradis.

Malgré tous les échecs, l'entreprise dont le siège social est à Waterloo, en Ontario, jure ne pas avoir dit son dernier mot. Avec le BlackBerry 10, RIM promet de révolutionner pour la deuxième fois l'univers des télécoms, cette fois-ci avec son nouveau logiciel d'exploitation QXN, acquis en 2010.

«Nous ne lançons pas seulement un produit, nous lançons une plateforme technologique, soutient Andrew MacLeod. C'est une plateforme de nouvelle génération, la première que notre industrie a vue en cinq ans.»

Une innovation qui vient un peu tard, font valoir plusieurs analystes technos. Surtout que les parts de marché de RIM pour les ventes de téléphones sont passées de 19,9% en 2009 à 5,1% en 2011, selon la firme IDC Canada. RIM - qui ne dévoile pas ses ventes par continent - reste populaire dans les pays émergents, mais son déclin est le plus prononcé en Occident, particulièrement aux États-Unis.

«Le BlackBerry 10 sera un excellent produit, mais c'est trop tard pour que RIM reprenne le momentum. Les utilisateurs qui sont passés à un autre téléphone ne reviendront pas au BlackBerry», dit Ramy Elitzur, professeur d'analyse financière à l'Université de Toronto.

Pendant la majeure partie de la dernière décennie, le BlackBerry a été l'un des téléphones les plus vendus du monde parce qu'il était adapté aux besoins des entreprises. «Il n'y a pas si longtemps, le BlackBerry était un statut, dit Kevin Restivo, analyste à la firme IDC Canada. Tous les PDG en avaient un.»

Une niche difficile à garder

Mais la réalité des entreprises a changé. «La valeur de cette barrière à l'entrée n'est plus ce qu'elle était, car les directeurs de technologies de l'information dans les entreprises se sont adaptés aux autres téléphones, dit Willy Shih, professeur d'innovation à la Harvard Business School.

Ce sera difficile pour RIM de garder sa niche de clients d'entreprises, car ses concurrents ont davantage de ressources. Il y a une guerre en téléphone mobile entre les plateformes d'Apple et de Google. En plus, Microsoft, qui a raté le début des téléphones intelligents et des tablettes, va mettre beaucoup d'argent pour revenir dans la partie.»

En plus de garder ses clients d'affaires, RIM pense pouvoir faire des gains auprès des consommateurs avec son premier téléphone à écran tactile.

«Les télécoms sont un grand marché et tout le monde a des besoins différents, nous nous sommes concentrés à répondre aux besoins des gens qui veulent être productifs, qui veulent que les choses se fassent vite et bien, dit Andrew MacLeod. Vous pouvez être en affaires, philanthropie, dans les arts, et avoir ces objectifs.»

Personne chez RIM ne se fait d'illusions: la prochaine semaine sera déterminante pour l'avenir de l'entreprise.

«Le plus important, c'est d'exciter nos consommateurs, dit M. MacLeod. Quand leurs yeux vont flasher en voyant le téléphone, nous saurons que nous aurons fait notre travail.»

Même avec un lancement impeccable, mieux vaut garder ses attentes modestes, pensent certains analystes. «Il y a eu un buzz autour des téléphones Windows 8, mais les ventes ont été décevantes, rappelle Amit Kaminer, analyste à la firme de télécoms SeaBoard Group. C'est un marché très difficile, surtout quand vous arrivez en retard au party comme c'est le cas de RIM.»

«Ce n'est pas trop tard, dit Andrew MacLeod, le grand patron du RIM au Canada. Nous sommes caractérisés par l'innovation. Quand vous arrivez avec quelque chose de nouveau et de différent, les gens sont excités et ils l'adoptent. C'est la nature des technos: ça bouge vite.»

L'avenir de la société

Acquisition, vente en pièces détachées ou statu quo comme entreprise en Bourse? Les spéculations sur l'avenir de RIM vont bon train.

Et ce ne sont pas les commentaires du chef des finances de Lenovo, deuxième fabricant d'ordinateurs du monde, hier à Davos qui vont les arrêter.

«Nous regardons toutes les occasions d'achat, RIM et bien d'autres», a-t-il dit. Selon des experts, le BlackBerry 10 permettra à RIM soit de survivre comme entreprise, soit d'augmenter son prix en vue d'une vente. Mais même les analystes les plus optimistes ne s'attendent pas au retour du géant RIM, qui avait révolutionné le monde des télécoms il n'y a pas si longtemps avec son téléphone à clavier.

«Le BlackBerry 10 permettra à RIM de compter à nouveau, mais jamais de redevenir le plus grand vendeur de téléphones portables en Amérique du Nord. Ces jours-là sont terminés», dit Kevin Restivo, analyste à la firme IDC Canada.

Le BlackBerry 10 en 10 caractéristiques

1. Premier BlackBerry avec un écran tactile (il y aura un modèle avec un clavier physique et un autre avec un clavier tactile). 

2. Nouveau système de navigation sur l'internet

3. Possibilité d'utiliser huit applications en même temps

4. À gauche, le menu «Hub» regroupant tous les services connectés (courriel, Facebook, Twitter, calendrier, etc.)

5. À droite, le menu des applications qui sont ouvertes

6. Clavier tactile offrant une sélection de mots dans trois langues pendant qu'on tape

7. Séparation entre la vie privée et la vie professionnelle (ex: courriel personnel et courriel d'affaires)

8. 70 000 applications offertes au lancement (Apple: 700 000 applications)

9. Possibilité de convertir les applications Apple et Android

10. Le prix? On le saura seulement mercredi prochain.

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