Facebook: concilier milliards et confidentialité

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«Le risque lié à ce qui est publié par les internautes n'est pas très élevé. C'est ce qui se passe dans l'ombre qui est inquiétant, et ce cas-ci relève de l'ombre: on ne sait pas ce que Facebook ou ses partenaires font avec nos données à notre insu», explique Vincent Gautrais, titulaire de la chaire en droit de la sécurité et des affaires électroniques, à l'Université de Montréal.

(Montréal) Facebook peut-il concilier milliards de dollars et respect de la vie privée? Certains commencent à en douter, à la suite des révélations du week-end à propos d'une autre faille de sécurité, cette fois dans la façon dont communiquent entre eux Facebook et les créateurs de jeux et d'applications destinés à son portail.

Cette faille permet d'obtenir le code d'identification unique, le nom ainsi que le nom des amis de dizaines de millions d'utilisateurs inscrits sur Facebook. Cette information, pourtant confidentielle, aurait été remise par certains développeurs d'applications à des dizaines d'agences publicitaires et d'agences spécialisées dans le profilage d'internautes, révélait hier le Wall Street Journal.

Une agence en particulier, appelée RapLeaf, utilisait ces codes d'identification dans ses propres activités de marketing en ligne. Les dirigeants de RapLeaf ont rapidement affirmé qu'il s'agissait d'une erreur sans conséquence et ont corrigé leurs méthodes.

Peu importe, les 10 applications les plus populaires sur Facebook transmettent toutes des renseignements personnels. Elles ne sont pas le fruit d'une seule petite société méconnue: on y trouve des géants comme Electronic Arts et Playdom, fondée par un ancien vice-président d'EA.

On y retrouve surtout des sociétés comme Zynga, entreprise fondée à San Francisco à la fin 2007, dont les revenus en 2009 auraient dépassé les 200 millions de dollars US, selon certaines estimations. Zynga ne divulgue pas ses chiffres, mais elle dit générer de l'argent exclusivement par la vente de biens virtuels, des articles qui aident à mieux performer dans ses jeux.

Certains en doutent. «Dans la façon dont Facebook et d'autres entreprises gèrent les données de leurs utilisateurs, il y a l'ombre et la lumière. Le risque lié à ce qui est publié par les internautes n'est pas très élevé. C'est ce qui se passe dans l'ombre qui est inquiétant, et ce cas-ci relève de l'ombre: on ne sait pas ce que Facebook ou ses partenaires font avec nos données à notre insu», explique Vincent Gautrais, titulaire de la chaire en droit de la sécurité et des affaires électroniques, à l'Université de Montréal.

M. Gautrais déplore que Facebook privilégie systématiquement la quête de nouveaux revenus au-delà de la confidentialité de ses utilisateurs. «Ses dirigeants doivent arrêter de se disculper de ce qui se produit sur leur réseau. Ils apaisent les internautes chaque nouvelle crise plutôt que d'adopter des mesures préventives adéquates.»

Une enquête

Ce n'est pas la première fois que Facebook est montré du doigt pour son laxisme en matière du respect de la confidentialité de ses utilisateurs. Plus tôt cette année, le bureau de la Commissaire à la vie privée du Canada avait enquêté sur ses pratiques. Suite à ces nouvelles révélations, il n'est pas exclu de lancer une nouvelle enquête, a admis à La Presse Anne-Marie Hayden, porte-parole de la commissaire.

«Au cours de notre enquête (précédente), nous avons constaté que Facebook informait les utilisateurs que leurs identificateurs étaient fournis aux applications. Des reportages publiés aujourd'hui dans les médias soulèvent de nouvelles questions au sujet de la conformité des applications aux lois sur la protection des renseignements personnels. Nous examinons la situation et envisageons la possibilité de lancer une enquête.»

Si un concepteur d'applications pour Facebook a transmis de tels renseignements à propos d'internautes canadiens, il pourrait faire face à des poursuites. Le Commissariat cite en exemple une poursuite actuellement intentée aux États-Unis contre Google, dans un cas similaire.

«La Loi canadienne pour la protection des renseignements personnels dans le secteur privé interdit ce type de collecte de renseignements personnels. Elle s'appliquerait à toute application qui recueille ces renseignements auprès des Canadiens dans le contexte d'une activité commerciale», conclut Mme Hayden.

Pour joindre notre collaborateur: alain.mckenna@lapresse.ca

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