Moody's abaisse la cote de cinq banques et de Desjardins

(Montréal) L'endettement record des Canadiens et la possible correction du prix élevé des maisons deviennent un risque d'affaires accru chez les banques canadiennes et chez Desjardins, selon l'agence de notation Moody's. Et ce, alors que l'économie canadienne est de plus en plus à «risque imprévisible» d'un ralentissement.

Par conséquent, après trois mois de surveillance particulière, Moody's a décidé d'abaisser d'un cran la cote qu'elle accorde aux titres de dette à long terme émis par cinq banques canadiennes, dont la Nationale au Québec et le Mouvement Desjardins.

En annonçant cette décision, hier après-midi, l'agence Moody's emboîtait le pas à sa concurrente, l'agence Standard&Poor's (S&P), qui en avait fait autant en décembre.

Toutefois, les institutions financières alors ciblées étaient quelque peu différentes. Il s'agissait de trois sociétés de l'Ontario et de l'Ouest, dont la Banque Scotia, mais aussi de trois sociétés financières établies surtout au Québec: la Banque Nationale et la Laurentienne, ainsi que la Caisse centrale Desjardins.

Cette fois-ci, avec la baisse de cote décrétée par Moody's, les institutions financières touchées sont quatre banques dirigées de Toronto (BMO, Scotia, CIBC et TD) ainsi que deux sociétés financières québécoises: la Banque Nationale et la Caisse centrale Desjardins.

Moody's justifie sa décision par le «niveau d'exposition grandissant des banques canadiennes envers l'endettement élevé des consommateurs et les prix élevés des propriétés résidentielles».

Selon Moody's, cette conjoncture rend ces institutions bancaires «plus vulnérables qu'auparavant envers les risques de ralentissement de l'économie canadienne».

Cette perception de risque accru parmi les banques canadiennes et Desjardins avait aussi été mentionnée dans l'avis de baisse de cote lancé en décembre par l'agence S&P.

Elles figurent aussi dans l'avis publié hier par la troisième des grandes agences américaines de notation, la société Fitch Ratings, à l'égard des six principales banques canadiennes. Mais à la différence de S&P et Moody's, Fitch a décidé de garder «stable» la cote accordée à ces banques, dont la Nationale au Québec.

Chez Moody's, entre-temps, les commentaires détaillés sur chacune des institutions financières ciblées par la baisse de cote font état de risques généralisés, mais aussi spécifiques.

Au sujet de la Banque Nationale, Moody's signale que parmi les six grandes banques, elle est celle dont la rentabilité est la plus «dépendante» des recettes provenant de ses activités des marchés financiers, qui sont «moins stables» par définition.

Moody's estime aussi que la Nationale est au «plus élevé parmi ses pairs» en ce qui concerne le niveau de prêts sans garantie immobilière parmi tous ses prêts aux consommateurs.

Par conséquent, selon Moody's, la Nationale pourrait faire face à une forte hausse de ses pertes sur prêts en cas de «situation de stress» dans l'économie de consommation.

Au siège social de la banque, hier, on a indiqué «prendre acte de ces décisions de Fitch et de Moody's». Tout en estimant qu'elles auront «peu d'effets sur les activités de la Banque Nationale dans le contexte où sa solidité et celle de l'industrie dans laquelle elle évolue sont reconnues mondialement».

À propos de la Caisse centrale Desjardins, qui est le principal carrefour financier du réseau de caisses populaires, Moody's se dit préoccupée de la quantité de prêts aux consommateurs.

En fait, à 78% environ de tous prêts, le crédit aux consommateurs chez Desjardins se retrouve au deuxième rang des plus hauts niveaux d'exposition parmi les groupes bancaires au Canada, après la CIBC.

Moody's souligne aussi que Desjardins affiche un niveau «relativement élevé» de prêts aux consommateurs sans garantie immobilière. Il est une fois et demie supérieur à son capital de premier niveau («Tier 1»).

En contrepartie, Moody's apprécie chez Desjardins la concentration de ses activités au Québec, ce qui réduit son exposition aux marchés de l'immobilier résidentiel considérés comme les plus à risque au Canada, c'est-à-dire Vancouver et Toronto.

CE QUI PRÉOCCUPE MOODY'S

À la Banque Nationale:

- Dépendance élevée (32%) du bénéfice annuel sur les recettes plus volatiles des activités des marchés financiers

- Niveau élevé (20%) de prêts sans garantie immobilière parmi tous ses prêts aux particuliers

À la Caisse centrale Desjardins:

- Niveau élevé (72%) des prêts aux particuliers parmi tous les prêts consentis, mais atténué par la part élevée (82%) des hypothèques résidentielles parmi les prêts aux particuliers

- Niveau élevé (146%) des prêts aux particuliers sans garantie immobilière en proportion du capital de premier niveau

 

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