Une sortie de crise bienvenue pour l'Industrielle Alliance

L'Industrielle Alliance a bien fait dans le secteur... (Photo Caroline Grégoire, Le Soleil)

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Photo Caroline Grégoire, Le Soleil

L'Industrielle Alliance a bien fait dans le secteur des fonds communs de placement, une activité qu'elle a beaucoup développée au cours des 10 dernières années. «Ça fait partie de nos grandes étapes de développement, dit Yvon Charest, PDG de l'Industrielle Alliance (notre photo). En 1982, on a décidé de bâtir à l'extérieur du Québec. Aujourd'hui, 60% de nos revenus proviennent du Canada et 40% au Québec.»

(Montréal) Après avoir traversé deux années particulièrement difficiles, Yvon Charest, PDG de l'Industrielle Alliance, affirme respirer beaucoup mieux depuis le mois de décembre, soit depuis que les autorités règlementaires canadiennes ont augmenté le ratio de solvabilité de l'Industrielle et que les taux d'intérêt à long terme ont enfin amorcé un retour à la hausse.

C'est un homme rayonnant la joie qui m'accueille dans ses bureaux de la Grande Allée, à Québec. «Ça va super bien», me lance-t-il avec beaucoup d'assurance et de sincérité dans le ton de sa voix.

L'Industrielle Alliance, quatrième société d'assurances de personne au Canada avec ses 80 milliards de dollars d'actifs et sa gamme élargie de produits financiers, a été touchée plus que ses semblables depuis deux ans par la baisse et la faiblesse persistantes des taux d'intérêt à long terme.

La chute des taux a fait mal

En l'espace d'une quinzaine de mois, l'Industrielle a dû réaliser pas moins de trois émissions de nouveau capital et lever 700 millions de dollars pour respecter les exigences des autorités règlementaires canadiennes relativement au calcul des capitaux requis pour le risque de déchéance.

«Comme toute l'industrie de l'assurance au Canada, on a été frappé par la chute des taux d'intérêt à long terme. Les produits d'assurance-vie sont calqués sur le comportement des obligations à long terme. Or, depuis 2008, le marché du long terme a tout simplement cassé», explique Yvon Charest.

Les taux sur 10 ans, qui étaient à 6%, ont brusquement chuté à 3,48%, en 2008, dans la foulée de la crise financière internationale. Le mouvement baissier ne s'est pas arrêté là. En 2010, ils sont passés à 3,38%, puis à 2,5% en août 2011 pour frapper le niveau plancher de 2,22% à l'automne 2012.

«Chaque fois que les taux chutent de 10 points (0,1%), ça coûte 25 millions à l'Industrielle Alliance. Mais en plus, au Canada, les normes comptables et de capital requis deviennent carrément punitives quand on se retrouve dans un environnement aussi hostile que celui qu'on vient de connaître», déplore le PDG de l'Industrielle.

«Les autorités règlementaires analysent nos bilans de façon prospective. On se base sur la situation actuelle et on présume que les choses ne vont aller qu'en empirant», souligne Yvon Charest.

C'est donc pour réponde aux pires scénarios possibles que l'Industrielle a dû se recapitaliser trois fois en 15 mois alors que, dans les faits, on savait que la situation ne pouvait guère se détériorer davantage et qu'elle allait au contraire se corriger.

Le 21 décembre, les autorités règlementaires canadiennes ont avalisé cette vision des choses et ont revu à la baisse le niveau de capital requis, ce qui a permis à l'Industrielle Alliance de hausser de 12 points de pourcentage son ratio de solvabilité.

«Et, en plus, les taux à long terme ont amorcé une légère remontée pour revenir à 2,5%», rajoute Yvon Charest, qui assure avoir pu passer un temps des Fêtes beaucoup plus agréable.

Les temps changent

Cela dit, le PDG de l'Industrielle Alliance est bien d'accord avec le fait que le comportement des marchés est devenu beaucoup plus imprévisible que dans le passé, compliquant d'autant plus le travail de ses équipes de gestionnaires de fonds.

«Il va falloir revoir nos produits. On ne peut plus vendre des produits garantis sur une période de 30 ans. Il va falloir augmenter nos prix ou revenir avec des taux variables comme c'était le cas dans les années 80 lorsque les taux étaient à 20% et plus.

«Dans les années 2000, quand le marché canadien des actions allait bien, les obligations faisaient moins bien ou l'inverse. On pouvait équilibrer les choses. Mais depuis 2008, il n'y a plus de corrélations. C'est un contexte vraiment plus difficile.

«On a été plus affectés que nos semblables canadiens parce que notre proportion de produits d'assurance-vie est plus importante qu'eux», relève aussi Yvon Charest.

Pour assurer un peu de stabilité, les gestionnaires de l'Industrielle ont récemment commencé à acheter des obligations de 50 ans, ce qui ne se faisait pas avant.

«On ne peut plus regarder les marchés avec les yeux du passé. Les années 60, 70 et 80 ont été des années de forte croissance avec des travaux d'infrastructure à l'échelle continentale. Là, il faut être beaucoup plus sélectif. On a acheté beaucoup de titres d'utilités publiques américaines parce que c'est une industrie règlementée et prévisible», observe Yvon Charest.

Malgré ce contexte changeant et plus capricieux, l'Industrielle Alliance a bien fait dans le secteur des fonds communs de placement, une activité qu'elle a beaucoup développée au cours des 10 dernières années.

«Ça fait partie de nos grandes étapes de développement. En 1982, on a décidé de bâtir à l'extérieur du Québec. Aujourd'hui, 60% de nos revenus proviennent du Canada et 40% au Québec.

«En 2002, on s'est lancé dans la vente de fonds communs de placement et on est devenus des manufacturiers de fonds l'année suivante. Aujourd'hui, les Fonds IA Clarington se classent au 16e rang des 45 sociétés de gestion de fonds canadiennes.»

La croissance se poursuit

Yvon Charest estime qu'il y a encore de la place pour la croissance dans le marché canadien tout comme aux États-Unis, où l'Industrielle a acquis la société d'assurance-vie Americain-Amicable, du Texas. Visiblement, les 15 mois difficiles qu'il vient de traverser sont résolument des événements du passé.

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