La deuxième vie des temples de la finance

265, rue Saint-Jacques. Succursale de la Banque CIBC... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Photo Marco Campanozzi, La Presse

265, rue Saint-Jacques. Succursale de la Banque CIBC jusqu'en avril 2010. Années de construction: 1907-1909. Architectes: Darling&Pearson

André Dubuc
André Dubuc
La Presse

L'influent carrefour financier que fut la «rue Saint-Jacques» au siècle dernier est inscrit pour de bon dans l'histoire économique de Montréal. Mais alors que des gens d'affaires montréalais voient cela avec nostalgie, d'autres s'intéressent aux trésors architecturaux dont on a hérité de cette époque. Au point d'y investir des millions de dollars en rénovations tout en respectant les normes historiques de ces bâtiments. Notre journaliste s'est intéressé au sort réservé aux succursales bancaires les plus prestigieuses de la rue Saint-Jacques.

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Vendredi dernier, la vingtaine d'employés de la Banque Royale au 360, rue Saint-Jacques a quitté la succursale historique pour de bon.

Véritable temple de la finance, l'ancien siège social de la Royale, tout comme la succursale de la CIBC de l'autre côté de la rue Saint-Jacques, connaîtront une seconde vie. La nouvelle vocation est pour l'instant inconnue, mais le défi de leur conversion n'en reste pas moins grand que dans le cas des temples religieux.

«Je travaille à la sauvegarde de certaines églises. Les banques font face aux mêmes problèmes que les églises. Ce sont deux temples», dit Georges Coulombe, propriétaire du 360, Saint-Jacques depuis 12 ans.

Ce temple de l'argent a abrité le siège social de la plus grande banque canadienne de 1928 jusqu'à l'ouverture de la Place Ville-Marie, en 1962. La banque y a toutefois maintenu sa magnifique succursale, jusqu'à cette année.

Son intérieur se compose d'un axe central monumental qui conduit à la grande salle des guichets, dont la forme et le volume s'inspirent d'une basilique civile romaine.

Les éléments décoratifs, planchers et comptoirs de marbre, les grilles en bronze doré, les caissons en feuille d'or du plafond, les portes de bronze des ascenseurs soulignent la prospérité de l'entreprise. Deux monuments en marbre honorent les employés de la banque morts sur les champs de bataille.

«La banque n'utilisait plus que 20% des 23 000 pieds carrés de la succursale. Pendant deux ans, on a examiné de fond en comble la possibilité d'y transférer des services additionnels, malheureusement ça ne s'est pas révélé intéressant pour la banque», précise Raymond Chouinard, porte-parole. À la place, l'institution financière a ouvert le 16 juillet une nouvelle succursale à la Place Victoria, d'un genre nouveau, unique au Québec.

La conversion des temples: un beau défi

M. Coulombe s'est donc mis à la recherche d'un nouveau locataire, «un beau défi», de son propre aveu. Ça se fait ailleurs. À Toronto, par exemple, une magnifique succursale datant de 1888 de la BMO, en plein centre-ville, abrite le Temple de la renommée du hockey depuis 1993.

«Essayer d'amener un autre locataire, ça prend de l'imagination de la part du locateur et du locataire, qui ne s'imagine pas ici, même si l'espace s'aménage facilement pour des gens de création», dit celui qui travaille en parallèle à la conversion de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, dans le quartier Maisonneuve, qu'il cherche à transformer en un lieu collectif de diffusion.

En mai dernier, M. Coulombe a convié les courtiers de la métropole à un happening pour leur montrer ses idées de conversion. Le plan A est de transformer la succursale bancaire en bureaux. L'espace, composé d'une allée centrale et de deux ailes latérales, pourrait au besoin se subdiviser en trois locaux: un local principal de 14 000 pieds carrés et deux locaux accessoires de 4500 pieds carrés. L'utilisation de cloisons vitrées permettrait de garder intact le coup d'oeil d'ensemble.

Pour attirer des locataires, le proprio propose un loyer annuel de 30 à 35$ brut (incluant les frais et les taxes) par pied carré, comparativement à du 40 à 50$ au centre-ville. M. Coulombe met aussi de l'avant la certification écoénergétique LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) de l'immeuble. Le 360, Saint-Jacques est devenu le premier immeuble LEED du Vieux-Montréal. Ce fait d'armes a nécessité des investissements de près de 3 millions de dollars afin d'équiper le bâtiment de systèmes de ventilation et climatisation performants sur le plan énergétique. L'immeuble achète de l'énergie verte et tient un registre des gaz à effet de serre qu'il produit. Des compteurs d'eau ont été installés.

Plusieurs courtiers croient que la certification LEED deviendra une exigence des locataires, au même titre que la climatisation des locaux.

La succursale de la CIBC revendue sous peu

Pour ce qui est d'un autre temple de la finance, la succursale de la Banque canadienne impériale de commerce (CIBC) au 265, rue Saint-Jacques, son avenir paraît plus incertain encore. La banque l'a vendue 3 150 000$ en novembre 2010 a une société à numéro appartenant à la famille Bitton, conceptrice des Jeans Buffalo. Celle-ci l'a remise sur le marché à la fin de 2011 et demandait 5,7 millions. Selon nos informations, l'immeuble a fait l'objet d'une offre d'achat qui a été acceptée par le vendeur. Il ne reste plus qu'à passer chez le notaire, ce qui devrait se faire d'ici la fin de l'été.

On ne connaît pas l'identité de l'acheteur. L'acte de vente de novembre 2010 y proscrit l'installation d'une banque ou d'une institution financière concurrente. Même les guichets automatiques sont interdits. L'obligation vaut pour les propriétaires ultérieurs, le cas échéant. L'inscription Bank of Commerce sur la frise (l'institution a pris le nom de CIBC en 1961 après une fusion) doit aussi être préservée. La famille Bitton ne nous a pas rappelés.

Construit de 1907 à 1909, l'immeuble aux six colonnes colossales fait l'objet d'un avis d'intention de classement comme bien culturel de la part de la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, le 3 mai dernier. Un tel statut oblige le propriétaire à demander la permission avant d'entreprendre des travaux et d'avertir la ministre 60 jours avant sa vente. L'immeuble ne peut non plus être vendu à un étranger sans obtenir au préalable la permission de la ministre. En contrepartie, son propriétaire est admissible à des subventions.

La ministre motive sa décision par le fait que l'immeuble est l'oeuvre des architectes Darling and Person, une firme marquante de Toronto, et par le fait que, parmi les grandes institutions bancaires de Montréal, peu de bâtiments ont conservé leur décor intérieur d'origine.

L'influent carrefour financier que... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse) - image 2.0

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360, rue Saint-Jacques

Siège social de la Banque Royale de 1928 à 1962

Succursale de la Banque Royale (RBC) jusqu'en juillet 2012

Années de construction: 1926-1928

Architectes: York & Sawyer

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119, RUE SAINT-JACQUES

Banque de Montréal (BMO)

Succursale principale et direction régionale pour le Québec

Années de construction: 1845-1847

Architectes: John Wells et McKim, Mead and White

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