Pharmaceutique: Montréal perd son dernier acteur important

La société allemande Boehringer Ingelheim fermera son centre de Laval.... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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La société allemande Boehringer Ingelheim fermera son centre de Laval. La compagnie entend se concentrer sur d'autres domaines médicaux que la virologie, spécialité du centre lavallois.

(Montréal) Par la force des choses, l'hémorragie est terminée. La région de Montréal perd son dernier centre de recherche d'une grande compagnie pharmaceutique, alors qu'elle en comptait encore quatre il y a deux ans. La société allemande Boehringer Ingelheim fermera son centre de Laval au début de l'année prochaine, entraînant le licenciement de 170 personnes.

Boehringer entend se concentrer sur d'autres domaines médicaux que la virologie, spécialité du centre lavallois.

«Je suis sous le choc», a déclaré le président-directeur général du Consortium québécois sur la découverte du médicament (CQDM), Max Fehlmann. Il observe toutefois que la décision de Boehringer n'est que l'ultime saignement d'une hémorragie qui a rapidement vidé Montréal de ses grands centres de recherche: Merck en 2010, Pfizer en 2011, et AstraZeneca en 2012, pour une perte de plus de 600 emplois de grande valeur.

Ces fermetures étaient largement la conséquence d'un changement de paradigme dans le domaine pharmaceutique. Les grands groupes mondiaux décident désormais de donner la recherche fondamentale en impartition aux petites biotechs et aux centres de recherche académiques.

Il n'y a pas si longtemps, «l'industrie était très jalouse de sa propre capacité d'innovation, mais la productivité n'y était pas», rappelle Max Fehlmann. La volonté de réduire les coûts énormes associés à la recherche et développement a primé. Cette évolution frappe autant le Québec que le reste du monde.

Changement de cap

«Comme Boehringer est une société familiale qui n'est pas sur la Bourse, on pouvait imaginer qu'ils seraient à l'abri de ce genre de décision souvent poussée par les actionnaires», note M. Fehlmann. Il n'a pas tort.

Car Boehringer n'a pas l'intention de transférer son investissement de Laval vers la recherche en impartition, a indiqué hier le vice-président de la division de recherche et développement chez Boehringer Ingelheim, Michel Pairet.

«Nous investissons aussi dans des biotechs et des collaborations avec des centres académiques, mais nous voulons garder une base solide de recherche à l'interne, qui a fait le succès de la compagnie», a-t-il expliqué à La Presse Affaires.

Boehringer avait acheté le centre de recherche Bio-Méga pour 23,4 millions en 1988. La multinationale y avait encore investi 36 millions en 2008 pour agrandir les installations et embaucher 40 chercheurs supplémentaires.

La virologie n'offre toutefois plus les meilleures perspectives, soutient M. Pairet. «Autour de 2025-2030, on pense que les besoins médicaux pour les antiviraux contre le sida ou l'hépatite C, par exemple, seront moindres qu'actuellement. Il y a beaucoup de médicaments mis en marché ou en étude clinique avancée.»

Il aurait été difficile de changer la vocation du centre de recherche, estime M. Pairet. Il ne ferme pas la porte à une vente de certaines sections du centre. Il assure que si des postes compatibles s'ouvrent dans la société ailleurs dans le monde, ils seront offerts en priorité aux chercheurs de Laval.

Ce n'est pas la fin

Les grands bouleversements de l'industrie et la fermeture des grands centres de recherche ne signifient pas la fin de la recherche fondamentale au Québec. Des sociétés de moindre envergure comme Valeant (dermatologie) et Vertex (virologie) sont toujours actives à Laval.

Selon Max Fehlmann, Merck a augmenté son financement dans la recherche au Québec après la fermeture de son centre de Kirkland. Roche a fait de I'Institut de cardiologie de Montréal un de ses pôles mondiaux de recherche, avec un financement à l'avenant.

De quoi rassurer un tant soit peu certains employés de Boeringher, futurs chercheurs d'emploi. Par exemple, bon nombre d'anciens chercheurs de Merck ont pu trouver du boulot ailleurs dans la région de Montréal - avec des avantages sociaux moins intéressants, certes.

Il subsiste encore un certain bassin d'accueil dans la région, mais il n'y a pas de garantie, souligne toutefois Max Fehlmann.

«Une chose est sûre, on a un besoin de main-d'oeuvre et de relève dans ce secteur-là», affirme Jacques Gagné, président du conseil d'administration de Montréal InVivo, la grappe montréalaise des sciences de la vie. Selon lui, on pourrait aussi voir des employés de Boehringer mettre à profit leur expertise afin de démarrer leur propre entreprise.

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BOEHRINGER INGELHEIM EN UN COUP D'OEIL

> Société pharmaceutique à capital fermé (contrôlée par la famille fondatrice depuis 1885)

> Siège social: Ingelheim, Allemagne

> Employés: 44 000 (dont 700 au Canada)

> Revenus en 2011: 13,2 milliards d'euros (16,7 milliards CAN)

> Médicaments-vedettes: Spiriva et Combivent (bronchite), Micardis (hypertension)

Source: Boehringer Ingelheim

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L'HÉMORRAGIE DES CENTRES DE RECHERCHE

> Merck: fermeture en juillet 2010, 200 emplois perdus, Kirkland

> Pfizer (anciennement Wyeth-Ayerst): fermeture en février 2011, 150 emplois perdus, Montréal

> AstraZeneca: fermeture en février 2012, 132 emplois perdus, Montréal

> Boehringer Ingelheim: fermeture en septembre 2012, 170 emplois perdus, Laval

Source: archives médias Eureka

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