Theratechnologies décroche en Bourse

Le président de Theratechnologies, John-Michel Huss.... (Photo: Alain Roberge, Archives La Presse)

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Photo: Alain Roberge, Archives La Presse

Le président de Theratechnologies, John-Michel Huss.

La biotechnologie est un monde où l'on ne peut rien tenir pour acquis, et Theratechnologies l'a appris à ses dépens hier. À la surprise générale, les autorités ont fermé la porte à la commercialisation de son médicament en Europe, tandis que d'autres mauvaises nouvelles émanaient du Canada et du Brésil.

Les investisseurs ont réagi en larguant massivement leurs actions de la biotech montréalaise, provoquant une dégringolade de 61% en Bourse. Le titre a clôturé à 73 cents.

«Ça nous tombe comme un marteau sur la tête. C'est une grande surprise, et elle est mauvaise», a commencé à La Presse Affaires le président de Theratechnologies, John-Michel Huss.

Du flot de mauvaises nouvelles dévoilées hier, celle en provenance de l'Europe est de loin la plus significative. Les autorités européennes ont indiqué qu'elles étaient préoccupées par les risques cardiovasculaires du médicament inventé par Theratechnologies et qu'elles ne comptaient pas autoriser sa commercialisation. Theratechnologies et son partenaire en Europe, la pharmaceutique Ferrer, ont aussitôt retiré leur demande.

Ce refus européen est d'autant plus surprenant qu'avec les mêmes données scientifiques en main, les autorités américaines avaient approuvé la commercialisation du médicament en 2010. Vendu en sol américain sous le nom d'Egrifta, celui-ci s'attaque à la lipodystrophie, une condition qui touche plusieurs patients atteints du VIH en modifiant la répartition des graisses dans le corps. Environ 3000 personnes en ont déjà consommé.

Comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, Theratechnologies a aussi reçu un avis de non-conformité des autorités canadiennes, qui soulèvent elles aussi des questions sur l'innocuité de l'Egrifta à long terme. Les autorités brésiliennes ont quant à elles identifié des déficiences techniques à l'usine montréalaise qui fabrique l'Egrifta et qui appartient à la société Draxis.

Selon les analystes, c'est toutefois la porte qui se ferme sur le marché européen qui vient vraiment perturber les plans de l'entreprise montréalaise. Theratechnologies a d'ailleurs annoncé hier qu'elle abandonnait son objectif d'atteindre la rentabilité en 2013.

Ce qui fait mal, c'est que Theratechnologies aurait fait beaucoup plus d'argent par dollar de vente eu Europe qu'aux États-Unis. Les ententes avec les partenaires commerciaux en Europe ont en effet été signées une fois le feu vert des autorités américaines obtenu, ce qui avait donné un meilleur rapport de force à la biotech.

Que faire maintenant?

«Il est trop tôt pour annoncer notre stratégie. Laissez-moi faire mon boulot, et d'ici la fin de l'été, on devrait savoir ce qu'on va faire», a répondu le patron, M. Huss.

Plutôt que de viser l'Europe entière, il est possible que Theratechnologies choisisse maintenant de déposer des demandes dans certains pays européens ciblés où elle estime avoir des chances de succès. L'entreprise pourrait aussi attendre les résultats d'une étude de suivi sur les patients qui consomment actuellement de l'Egrifta aux États-Unis, puis revenir cogner à la porte de l'Europe dans quelques années en démontrant que son produit n'est pas dangereux.

L'analyste Pooya Hemami, de Valeurs mobilières Desjardins, travaille en tout cas désormais avec l'hypothèse qu'aucun revenu ne proviendra de l'Europe. Selon lui, cela pose la question du financement du successeur de l'Egrifta, une molécule appelée TH1173 sur laquelle l'entreprise fonde beaucoup d'espoir.

«Theratechnologies aura-t-elle besoin de faire un nouveau financement? Devra-t-elle signer un partenariat moins intéressant alors qu'elle est moins avancée dans le développement de la molécule?», s'interroge l'analyste.

«Le TH1173 est notre actif le plus intéressant et s'il y a une chose qu'on va continuer de pousser, c'est bien ça. Nous avons 25 millions dans les coffres et nous avons des redevances qui rentrent des États-Unis, alors nous ne sommes pas au point de manquer d'argent», répond M. Huss.

Theratechnologies est l'une des très rares entreprises de biotechnologie québécoise à avoir réussi à commercialiser un médicament. Les événements d'hier viennent rappeler tous les défis qui restent pour transformer un tel succès scientifique en succès commercial.

Adnan Butt, analyste chez RBC Marchés des capitaux, a abaissé hier son prix cible sur l'action de Theratechnologies de 7$ à 4$ pour refléter la nouvelle réalité de l'entreprise.

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