Pfizer Canada: pas de promesses pour le Québec

Pfizer Canada n'est pas prête à s'engager à créer des emplois au Québec ou à y... (Photo: Mark Lennihan, AP)

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(Montréal) Pfizer Canada (PFE) n'est pas prête à s'engager à créer des emplois au Québec ou à y faire des investissements en recherche en échange d'un meilleur accès au marché pour ses médicaments.

C'est ce qu'a affirmé à La Presse Affaires le nouveau président de Pfizer Canada, John Helou, au cours de sa première entrevue accordée aux médias depuis sa nomination, en février dernier.

Selon certains chercheurs, le gouvernement du Québec devrait utiliser l'accès à la liste des médicaments remboursés par la Régie de l'assurance maladie du Québec comme outil de négociation avec les entreprises pharmaceutiques. En clair, Québec faciliterait l'accès au marché aux compagnies en retour de promesses d'investissements dans la province.

Or, M. Helou affirme que de telles ententes seraient «extrêmement difficiles à implanter».

«À partir du moment où vous dites aux entreprises: vous devez faire x, y ou z en termes de recherche ou de création d'emplois, ça devient difficile. Premièrement, ça sort du cadre de ce que je peux faire moi-même. Ce sont des choses qui relèvent du siège social. Deuxièmement, ce serait irresponsable, parce que je ne sais pas ce que sera l'environnement dans l'avenir.»

Pfizer Canada se montre toutefois prête à conclure des ententes avec Québec. L'entreprise est notamment ouverte à aider la province à mieux gérer et prévoir ses coûts lorsque de nouveaux médicaments sont inscrits sur les listes. Pfizer est aussi prête à établir des «partages de risque» avec Québec. En gros, il s'agirait pour l'entreprise d'assumer une partie des coûts déboursés par le régime public si jamais des études démontrent que de nouveaux médicaments inscrits aux listes s'avèrent moins efficaces qu'on ne le pensait au moment de leur inscription.

Des ententes semblables ont déjà été signées avec Québec concernant des médicaments contre le cancer dans le cadre d'un projet pilote.

«Si Québec est ouverte à refaire ce genre d'ententes, nous le sommes aussi», a dit M. Helou.

Mélanie Bourassa Forcier, professeur de droit pharmaceutique à l'Université de Sherbrooke, convient qu'il est difficile pour les filiales de multinationales de s'engager à créer des emplois localement. Elle croit cependant que des promesses d'investissements en recherche pourraient bel et bien être faites par les entreprises.

«Les ententes avec les gouvernements peuvent certainement être utilisées pour aller chercher un engagement d'investir en recherche», dit-elle, affirmant que l'Alberta et la Suède sont notamment en train d'ouvrir la porte à de telles ententes.

L'affaire permettrait au gouvernement de s'assurer qu'un certain niveau de recherche pharmaceutique se fait bel en bien en territoire québécois dans le contexte où les grands centres de recherche ferment les uns après les autres dans la province.

Puisque Pfizer ne possède pas de grand laboratoire de recherche au Canada, ces investissements pourraient se faire sous forme de partenariats avec des universités, des centres de recherche ou de petites entreprises de biotechnologies.

Pfizer, qui a notamment investi 5 millions de dollars dans le Consortium québécois sur la découverte du médicament et 10 millions dans un «fonds d'innovation» avec le Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ), se montre très ouverte à ce type d'investissements.

«Ce qu'on appelle les partenariats public-privé, nous avons été les pionniers là-dedans. Nous voulons jouer un rôle dans l'ensemble de l'écosystème d'innovation», dit M. Helou.

Il affirme cependant ne pas pouvoir s'engager à investir un budget spécifique dans ce type de partenariat. «Nous sommes une filiale d'une entreprise internationale, et les multinationales investissent dans les meilleures idées qui lui sont présentées», a-t-il résumé.

Positionner le Québec

M. Helou se réjouit par ailleurs que le gouvernement du Québec ait choisi d'entamer des discussions avec l'industrie pour bien positionner la province dans le contexte international de plus en plus concurrentiel.

«Le corridor Québec-Ontario demeure la troisième grappe en sciences de la vie au monde et rien ne nous empêche de rejoindre les deux premières, Boston et San Diego», a-t-il dit.

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