Plus d'un million d'emplois à combler d'ici 2024, dit Couillard

La pénurie de main-d'oeuvre touche, entre autres, les... (Photo Martin Chamberland, archives La Presse)

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La pénurie de main-d'oeuvre touche, entre autres, les restaurants.

Photo Martin Chamberland, archives La Presse

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Caroline Plante
La Presse Canadienne
Québec

Québec dépensera 15 millions dans les prochains mois, et débloquera des sommes supplémentaires dans le budget 2018-2019, pour mieux intégrer les immigrants au marché du travail, a annoncé, mardi, le premier ministre Philippe Couillard au terme d'un forum sur la valorisation de la diversité se tenant sur une seule journée.

Les quelque 200 participants au forum ne sont donc pas repartis les mains vides: le chef du gouvernement leur a proposé toute une kyrielle de mesures visant à arrimer les besoins des régions avec le potentiel que représentent les personnes immigrantes:

- redéploiement du ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion (MIDI) en région;

- aide financière aux entreprises;

- grille de sélection revue qui «récompensera» les immigrants voulant s'établir en région;

- meilleur soutien aux groupes communautaires;

- nouveau programme pour entrepreneurs-immigrants;

- francisation plus technique;

- campagne de sensibilisation «Ensemble, nous sommes le Québec» pour présenter la diversité comme une «force et une richesse».

Car pour le premier ministre Couillard, la pénurie de main-d'oeuvre qui sévit actuellement au Québec est un problème encore plus criant que celui des accords commerciaux.

Plus d'un million d'emplois - 1 372 200 pour être plus précis - seront à combler dans la province d'ici 2024, a-t-il déclaré au forum, en ajoutant avoir entendu le «cri de détresse» des entreprises.

«Je placerais ça au-dessus même des enjeux que nous présentent les accords de commerce actuellement, a-t-il affirmé. C'est un enjeu fondamentalement structurel, et si on n'agit pas de façon plus vigoureuse pour le corriger, bien sûr les conséquences pour notre économie, nos emplois, seront négatives.»

Depuis 2014, la population active du Québec diminue de 5000 travailleurs par année, selon des données gouvernementales. Des entreprises n'ont pas le choix de refuser des contrats, réduire leurs quarts de travail ainsi que leurs investissements, faute de personnel.

Par exemple, l'entreprise estrienne Sherweb, qui offre des services infonuagiques à des clients nord-américains, doit rapidement embaucher 300 programmeurs, a entendu le forum, qui réunissait, mardi, des intervenants des milieux syndical, municipal, des chambres de commerce, du patronat et du réseau de l'éducation.

L'entreprise Exceldor, spécialisée dans la volaille et dont le siège social est à Lévis, a dit faire des pieds et des mains pour attirer de la main-d'oeuvre; elle fournit aux nouveaux arrivants transport et logement.

Certains emplois seront comblés par la relève des générations, mais cela ne suffira pas, a poursuivi le premier ministre.

«Là, il y a un mythe qu'il faut dissiper, qu'il faut abandonner, un mythe qui remonte à des décennies: non, les travailleurs ne viennent pas voler des emplois. Au contraire, ils vont nous aider à préserver l'emploi de tous et toutes en empêchant les entreprises de réduire leurs activités, de fermer et même de se délocaliser», a-t-il fait valoir.

«C'est l'emploi de tout le monde dont il est question», a-t-il martelé.

«Envoie-moi des cv d'immigrants, mais pas des Arabes»

Le Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination, qui se tenait à Québec mardi, a remplacé la controversée consultation sur le racisme systémique.

Le gouvernement Couillard l'avait abandonnée après que les partis d'opposition l'eurent accusé de vouloir faire le procès des Québécois de souche et de tenter de les culpabiliser.

Le premier ministre a par contre dû se défendre, mardi, d'évacuer le sujet du racisme au profit de l'emploi et de l'économie. Il a soutenu que dans le comté multiethnique de Viau du ministre de l'Immigration David Heurtel, c'est la question de l'emploi qui prime. «Ça devient presque obsessif, cette question de l'emploi», a commenté M. Couillard.

La discrimination était l'un des quatre thèmes abordés lors du forum. Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), a effleuré le sujet, en rapportant que des employeurs lui avaient demandé: «Envoie-moi des cv d'immigrants, mais pas des Arabes.» Il affirme «accompagner» ces entreprises.

Pour sa part, Gabriel Bazin, vice-président de la Ligue des Noirs du Québec, a demandé à ce que le gouvernement «demande pardon pour tout le racisme». Il a ajouté que l'intégration des immigrants se ferait mieux si la «discrimination raciale», c'était «tolérance zéro».

Il n'est pas normal que des employeurs demandent aux femmes par téléphone si elles portent le voile, a renchéri Samaa Elibyari, du Conseil canadien des femmes musulmanes.

M. Couillard a reconnu qu'un discours particulièrement «toxique» existe sur les réseaux sociaux qui est difficile à contrer puisqu'il est «simple».

«Le discours qui explique pourquoi ce n'est pas le bon discours, il est plus compliqué», a-t-il dit.

Lancement d'une consultation «indépendante» sur le racisme systémique

Outrés du fait que le gouvernement du Québec a centré sa consultation sur l'intégration des immigrants à la question de l'emploi, en évacuant le terme de « racisme systémique », des groupes ont choisi de lancer leur propre consultation, qu'ils disent indépendante.

Plusieurs de ces groupes ont rencontré la presse, mardi à Montréal au siège social de la CSN, en même temps que se déroulait le forum d'une journée à Québec.

Pour le moment, les contours de leur consultation ne sont pas clairement dessinés. Ainsi, ils ne savent pas combien de temps elle durera ni à qui ils remettront leur éventuel rapport.

Néanmoins, ils se montrent déterminés à marteler les termes de « racisme systémique », qu'ils voient dans le « profilage facial », la discrimination dans le logement, en éducation, en santé, dans la représentativité des communautés culturelles en emploi.

Haroun Bouazzi, de l'Association des musulmans et arabes pour la laïcité, a carrément reproché au gouvernement du Québec d'avoir laissé tomber la lutte contre le racisme.




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