Endettement des Québécois: pas de panique, dit Desjardins

Le niveau d'endettement moyen était sous la barre... (Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse)

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Le niveau d'endettement moyen était sous la barre des 100% dans les années 90 au Québec. Le taux de prêts hypothécaires en souffrance était cependant deux fois plus élevé qu'aujourd'hui, avec des taux d'intérêt autour de 10%.

Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse

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Le taux d'endettement des Québécois a grimpé en flèche depuis quelques années, au point de soulever plusieurs drapeaux rouges. Mais si l'inquiétude et la prudence ont leur raison d'être, la situation réelle est bien moins alarmante que ce que laissent croire les manchettes, avance une nouvelle étude du Mouvement Desjardins.

LE RATIO CLASSIQUE

Statistique Canada publie tous les trimestres des données sur le taux d'endettement moyen des Canadiens. Le ratio tient compte de toutes les dettes des ménages - crédit à la consommation, hypothèques, marges de crédit, financement automobile - en fonction de leur revenu net (après impôts). 

À la fin de 2016, ce ratio atteignait 167,3 % au pays.

167 300 $

Somme que la famille moyenne devait à ses différents créanciers, pour un revenu net de 100 000 $

Il s'agit d'un montant record, mais aussi d'un ratio « alarmiste et incomplet » pour calculer l'endettement, estime Hélène Bégin, économiste principale chez Desjardins, qui a publié une étude exhaustive sur le sujet hier.

FAIBLE TAUX D'INTÉRÊT

Le ratio classique, largement véhiculé par les médias en raison de la simplicité du calcul, affiche une « lacune importante », selon Hélène Bégin : il ne tient pas compte des taux d'intérêt. Or, la capacité de remboursement des ménages est directement touchée par ces taux, qui se trouvent depuis plusieurs années près d'un creux historique. 

« Les manchettes ont raison de dire que le taux d'endettement est excessivement élevé par rapport au revenu des ménages. Mais avec la baisse importante des taux d'intérêt, même si le niveau de la dette a augmenté, le paiement a peu augmenté. » - Hélène Bégin, économiste principale chez Desjardins

L'économiste rappelle que le niveau d'endettement moyen était sous la barre des 100% dans les années 90 au Québec. Le taux de prêts hypothécaires en souffrance était cependant deux fois plus élevé qu'aujourd'hui, avec des taux d'intérêt autour de 10 %.

PAIEMENTS « RAISONNABLES »

Si la dette moyenne des ménages a grimpé - en parallèle avec la hausse du prix des maisons -, le nombre de ménages « pris à la gorge » n'a pas explosé au Québec ces dernières années, souligne l'étude de Desjardins. En fait, le poids des versements mensuels se situe aujourd'hui tout près de la moyenne observée depuis 2000. « Pour les dernières années, on a des paiements relativement raisonnables et on a une part importante qui va au remboursement du capital », souligne Hélène Bégin.

REVENU BRUT PLUS PRÉCIS

L'économiste préfère d'ailleurs calculer le poids des versements mensuels en capital et intérêts par rapport au revenu brut pour se faire une idée de la santé financière des ménages. Cette mesure, aussi appelée « ratio du service de la dette », se situe en moyenne à 16,7 % depuis 2000 au Québec, un niveau jugé tout à fait acceptable. 

Selon les critères établis par la Banque du Canada, la « zone d'inconfort » débute lorsque ce ratio atteint 40 %. Par exemple, un ménage qui a un revenu brut (avant impôts) de 45 000 $ et des paiements mensuels de 1500 $ (capital et intérêts) se trouve en territoire dangereux, avec un ratio de 40 %. 

5 %

Proportion des ménages québécois qui dépassaient ce seuil critique l'an dernier, selon Desjardins

RATIO DETTE-ACTIF

Hélène Bégin préconise aussi l'utilisation du ratio dette-actif (RDA) pour évaluer la posture financière des ménages. En se basant sur des données de l'enquête Canadian Financial Monitor d'Ipsos Reid, Desjardins conclut que « la forte progression des dettes s'est appuyée sur une hausse soutenue de la valeur des actifs depuis une quinzaine d'années ». 

Le RDA permet de déterminer si les actifs sont suffisants pour restreindre le risque de défaut de paiement. La « zone de confort » se situe en deçà de 0,8, ce qui signifie qu'un emprunteur a dettes de 80 000 $ (ou moins) pour chaque tranche de 100 000 $ d'actifs. Au Québec, ce ratio navigue entre 0,2 et 0,3 depuis le début des années 2000, ce qui apparaît comme une situation « globalement saine ».

10 %

Proportion des Québécois qui se trouvent en « zone d'inconfort » (ratio entre 0,8 et 2), une proportion que Desjardins juge « considérable »

3 % 

Proportion des ménages qui affichent un ratio supérieur à 2, ce qui signifie qu'ils doivent 200 000 $ pour chaque tranche de 100 000 $ d'actifs

PRUDENCE MALGRÉ TOUT

En somme, le portrait global est moins alarmant qu'il n'y paraît au Québec, tranche Desjardins. La progression marquée de l'emploi contribue à réduire les risques de défaut de paiement, puisque bon nombre de familles peuvent compter sur un revenu stable. 

Les Québécois ne sont toutefois pas à l'abri d'un revirement de situation, avertit l'étude, d'autant plus que le nombre d'emprunteurs « vulnérables » a quelque peu augmenté depuis 15 ans. Et la remontée des taux d'intérêt - déjà entamée - constitue un risque supplémentaire pour plusieurs familles, prévient-on. 

« Même si le bilan actuel est sain, le message à transmettre est qu'il faut avoir une marge de manoeuvre. » - Hélène Bégin, économiste principale chez Desjardins




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