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Doublage des séries télé: seulement 2,3 % des dépenses au Québec

Une scène de la série Plan B, dont... (photo fournie par Séries+)

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Une scène de la série Plan B, dont la production a été abandonnée par Séries+.

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Le doublage est-il un problème au petit écran ? Québec et le milieu culturel demandent à Ottawa d'y voir et de réviser une décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour protéger les séries télé originales. Or, sans être réglementé par le CRTC, le doublage ne représente que 2,3 % des dépenses en contenu canadien des groupes télé francophones, selon les données de l'organisme obtenues par La Presse.

En 2014-2015, dernière année dont les données sont publiques, les chaînes francophones (Radio-Canada exceptée) ont dépensé 1,5 million en doublage de séries télé et de films (y compris les reprises) sur leurs dépenses totales de séries télé et de films canadiens de 63,8 millions, soit une proportion de 2,3 %. Le reste des dépenses (97,7 %) est consacré à des productions originales et à des reprises.

Or, durant cette période, seulement trois chaînes spécialisées francophones sur 29 avaient des conditions de licence liées à la production originale de séries télé : Séries+ devait dépenser 1,5 million par an, Historia devait y consacrer 75 % de ses dépenses en contenu canadien, et VRAK devait produire pour 104 heures par an. Ces trois conditions ont été abandonnées par le CRTC lors du renouvellement des licences des groupes télé francophones, le mois dernier. Quelques jours plus tard, Corus, propriétaire de Séries+ et d'Historia, a abandonné trois projets de séries télé, ce qui a créé un mécontentement au sein du milieu artistique. « Nos intentions sont les mêmes, nous voulons continuer d'investir dans les productions québécoises », dit Michaël Majeau, porte-parole de Corus, qui n'a pas voulu préciser les prévisions en productions originales du diffuseur pour les prochaines années.

Le ministre québécois de la Culture Luc Fortin et l'Association québécoise de production médiatique (AQPM), qui réunit les producteurs télé, demandent au gouvernement Trudeau de réviser la décision de l'organisme réglementaire fédéral. Ils souhaitent un quota de production originale francophone (l'AQPM suggère 75 %) qui limiterait la possibilité de faire doubler des séries étrangères dans le calcul des dépenses de contenu canadien. « Je suis d'avis qu'il est préférable d'imposer des obligations réglementaires », a écrit le ministre Fortin à son homologue fédérale Mélanie Joly. Le cabinet de la ministre Joly indique être « très sensible aux préoccupations du secteur [culturel] » et « analyse présentement les impacts de cette décision du CRTC ».

DES PRÉVISIONS CONFIDENTIELLES

Dans le cadre du renouvellement de leurs licences, les quatre groupes télé francophones ont soumis confidentiellement au CRTC leurs prévisions de dépenses en matière de séries télé ou de films doublés et en production originale. Pour respecter son entente de confidentialité avec les diffuseurs, l'organisme n'a toutefois pas pu communiquer ces prévisions à La Presse.

Les chiffres publics les plus récents datent donc de l'année financière 2014-2015. Cette année-là, même si 26 des 29 chaînes spécialisées francophones n'avaient pas de conditions de licence relatives à la production originale, les 29 chaînes spécialisées ont dépensé 4,1 % de leur budget de séries dramatiques, de films canadiens et d'animation (catégorie 7 en jargon réglementaire) en frais de doublage, soit 1,3 million sur un total de 31,7 millions en dépenses canadiennes.

De leur côté, les chaînes généralistes privées, qui n'avaient pas de conditions de licence relativement à la production originale et au doublage, ont dépensé en doublage seulement 0,6 % de leur contenu canadien pour les séries télé et les films (catégorie 7), soit environ 192 000 $ sur un total de 32,1 millions.

Pour les chaînes francophones, le doublage des séries télé et des films (2,3 %) est relativement similaire en proportion au doublage de l'ensemble des types d'émissions canadiennes (2,4 %). En 2014-2015, les chaînes francophones ont dépensé 14,5 millions en doublage sur un total de 600,9 millions de contenu canadien. Les chaînes généralistes privées ne dépensent presque rien en doublage (environ 500 000 $, soit 0,3 % de leurs dépenses en contenu canadien), alors que les chaînes spécialisées dépensent la quasi-totalité (14 millions, soit 3,4 % de leurs dépenses en contenu canadien).

C'est dans ce contexte que le président du CRTC, Jean-Pierre Blais, s'étonne des réactions négatives face à la décision de l'organisme réglementaire. « On nous a aussi reproché d'avoir permis aux services francophones de ne plus produire de contenu original québécois en leur permettant de diffuser du contenu canadien-anglais doublé. À cela, je réponds qu'il est impossible que les coûts de doublage suffisent à permettre aux groupes de répondre à leurs exigences de dépenses. Ainsi, les groupes devront investir dans de nouvelles productions canadiennes de langue française spécifiques au Québec et aux communautés franco-canadiennes », a indiqué M. Blais dans une lettre ouverte, le mois dernier.




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