Dépenses militaires: une manne de plusieurs milliards au Québec?

Les nouveaux investissements de 34 milliards sur 20 ans annoncés... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Les nouveaux investissements de 34 milliards sur 20 ans annoncés mercredi par la Défense canadienne laissent entrevoir d'importantes retombées économiques partout au pays. Et les attentes sont élevées au Québec, où se trouvent le tiers des 800 fournisseurs de l'armée.

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Véhicules militaires, systèmes de communication, drones, imprimantes 3D, navires : les nouveaux investissements de 34 milliards sur 20 ans annoncés mercredi par la Défense canadienne laissent entrevoir d'importantes retombées économiques partout au pays. Les attentes sont élevées au Québec, où se trouvent le tiers des 800 fournisseurs de l'armée.

Le réinvestissement massif dans le budget de la Défense canadienne entraînera-t-il une manne chez les fournisseurs québécois de l'armée ? Des entreprises l'espèrent et misent gros sur l'enveloppe de 1,6 milliard de dollars qui sera consacrée à l'innovation.

Alain Tremblay, vice-président au groupe Rheinmetall Canada, à Saint-Jean-sur-Richelieu, applaudit les budgets ainsi réservés aux avancées technologiques. Son entreprise emploie 300 personnes, dont 50 % d'ingénieurs, qui pourraient profiter du programme fédéral pour continuer de perfectionner leurs systèmes robotiques et autres produits liés à la défense.

« Ce fonds substantiel qui sera consacré à l'innovation sera très intéressant pour les entreprises comme la nôtre, a fait valoir M. Tremblay à La Presse. On va suivre ça de très, très près. »

Au total, la nouvelle stratégie de la Défense nationale annoncée avant-hier à Ottawa prévoit une hausse de 70 % des budgets militaires annuels d'ici 10 ans. Il passera de 18,9 milliards aujourd'hui à 32,7 milliards en 2017.

Le plan du gouvernement Trudeau prévoit en outre 34 milliards supplémentaires pour des projets d'immobilisation, répartis sur 20 ans, qui serviront entre autres à acquérir de nouveaux équipements et technologies. Une somme de 1,6 milliard a été mise de côté spécialement pour stimuler l'innovation.

Le Québec semble en bonne posture pour profiter de cette manne de contrats. La province regroupe le tiers des 800 fournisseurs canadiens de l'armée, selon les données de l'Association des industries canadiennes de défense et de sécurité (AICDS).

LA CLÉ : L'INNOVATION

Christyn Cianfarani, présidente de l'AICDS, estime que le réinvestissement annoncé par Ottawa représentera sans aucun doute des « occasions d'affaires » pour nombre d'entreprises au pays. Elle aussi se réjouit tout particulièrement du budget de 1,6 milliard consacré à l'innovation.

« Pour l'industrie, il s'agit là d'une des choses les plus importantes de la nouvelle stratégie, a-t-elle dit en entrevue. On a souvent dit qu'on voulait voir un lien solide entre l'agenda du gouvernement [en matière d'innovation] et la nouvelle stratégie de la Défense. Cet investissement est le lien. »

Plusieurs sociétés québécoises, notamment dans les secteurs de l'aéronautique et de l'informatique, sont susceptibles de profiter de cette enveloppe, souligne Mme Cianfarani. Tout en saluant l'ambition du programme sur l'innovation, elle convient toutefois que « ce sera un défi pour le gouvernement de l'exécuter ».

AÉRONAUTIQUE

Même si plusieurs détails restent à ficeler, l'industrie québécoise de l'aéronautique salive déjà devant les milliards d'Ottawa. Aéro Montréal, grappe qui représente 205 entreprises et 40 000 travailleurs du secteur au Québec, estime que la nouvelle stratégie de la Défense améliore les « perspectives d'affaires » dans la province.

La PDG Suzanne Benoît se montre très enthousiasmée par le volet sur l'innovation, qui devrait « moderniser la manière dont la Défense nationale trouve des solutions au moyen de nouveaux partenariats collaboratifs avec le secteur privé et les universités », a-t-elle indiqué dans un communiqué. Ottawa doit lancer un processus d'appel d'offres dès 2018 pour créer des grappes en innovation.

POLITIQUES D'APPROVISIONNEMENT

La nouvelle stratégie sur la Défense ne prévoit pas de changements aux politiques actuelles d'approvisionnement. La Politique sur le contenu canadien « s'applique toujours et favorise le développement industriel au Canada », a fait valoir jeudi Daniel Bouthillier, chef des relations avec les médias à la Défense nationale.

« Nous reconnaissons que l'industrie canadienne de la défense est essentielle à l'habileté des Forces armées canadiennes de réaliser le mandat de défense, a-t-il indiqué. Elle fournit aux forces armées de nombreuses capacités de défense, dont les satellites, un éventail de technologies aérospatiales, des infrastructures de construction navale et divers véhicules de l'armée. »

Le porte-parole reconnaît que le système actuel d'approvisionnement militaire est souvent « très complexe » et nécessite l'approbation de plusieurs ministères. La nouvelle stratégie fédérale vise à augmenter la transparence et à simplifier ce processus. Ottawa souhaite réduire « d'au moins 50 % » les délais d'approbation pour les projets à faible risque, a-t-il affirmé.

Ottawa compte publier un plan détaillé de ses investissements en défense l'an prochain. Selon les chiffres gouvernementaux, le secteur militaire emploie 60 000 Canadiens et génère 10 milliards en activité économique chaque année.

La stratégie en bref

Le gouvernement Trudeau a annoncé mercredi les détails de sa nouvelle stratégie de la Défense nationale, qui était attendue avec impatience par l'industrie. Elle prévoit une augmentation de 70 % des investissements militaires d'ici 10 ans, qui passeront de 18,9 milliards de dollars en 2016-2017 à 32,7 milliards en 2027. Le plan prévoit par ailleurs une somme additionnelle de 33,8 milliards pour l'acquisition de biens et équipements, étalée sur 20 ans. Ottawa veut notamment remplacer sa flotte de CF-18 par 88 « chasseurs sophistiqués », acheter 15 navires canadiens de combat de surface et investir dans les drones.

Des entreprises québécoises qui pourraient en profiter

CAE

Chez CAE, le secteur de la défense a compté pour 1 milliard des revenus totaux de 2,7 milliards l'an dernier, indique Hélène V. Gagnon, vice-présidente des affaires publiques du groupe montréalais. « L'annonce de la politique de défense est une bonne nouvelle. C'est un investissement pour les prochaines années dans la sécurité du Canada. Il est important de s'assurer qu'il y ait des retombées importantes pour les entreprises et l'industrie canadiennes, y compris pour CAE, découlant des nombreux contrats dont parle la Politique (par exemple 88 nouveaux avions de chasse ou du côté naval, 15 navires canadiens de combat de surface). »

DAVIE

Le chantier Davie, situé sur la rive sud de Québec, espère bien profiter de la manne fédérale, souligne sa porte-parole Nancee Filteau. « En tant que plus grand constructeur naval au Canada, les 60 milliards de dollars devant être dépensés sur des navires militaires nous semblent très positifs. Étant donné que les Québécois contribueront pour au moins 14 milliards de dollars à cette dépense, tout le monde s'attend évidemment à voir au minimum ce montant dépensé dans les chantiers navals du Québec, ce qui donnera un bon coup de pouce à l'économie maritime dans la province. »

RHEINMETALL

Alain Tremblay, vice-président de l'expansion commerciale et des relations gouvernementales, souligne que la nouvelle stratégie fédérale laisse certaines questions en suspens. « Quand on regarde la ventilation financière [des investissements], il s'agira de voir si ce sera à court ou long terme. Mais évidemment, pour une entreprise comme Rheinmetall qui oeuvre dans le domaine terrestre, il y a quand même de bonnes opportunités qui sont mentionnées. On parle beaucoup de recapitalisation au niveau des véhicules, systèmes de communication, de la robotique, ce qui présente certainement des attraits pour une compagnie comme la nôtre. »

AXIS PROTOTYPES

Le secteur militaire - et ses budgets plus généreux - présente des occasions d'affaires pour des entreprises auxquelles on ne penserait pas d'emblée, comme le spécialiste de l'impression 3D Axis Prototypes. « La combinaison de la maturité grandissante des technologies de fabrication additives (Impression 3D), avec un accroissement des besoins militaires, combinés à une politique de retombées économiques plus axés sur les PME, devrait permettre d'accroître les ventes pour les PME au Québec offrant des produits et services pouvant s'intégrer aux besoins des approvisionnements militaires », a indiqué Gilles Desharnais, président du groupe montréalais.




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