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Quitter la Caisse pour la présidentielle française

Roland Lescure, premier vice-président et chef des placements de la... (Photothèque Le Soleil)

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Roland Lescure, premier vice-président et chef des placements de la Caisse de dépôt et placement du Québec, le numéro deux de cette institution dont il supervisait quelque 80 % des activités, a annoncé hier qu'il quittait son poste après sept ans pour s'engager en politique.

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La Presse a appris que Roland Lescure, numéro 2 de l'institution, se joignait à la campagne du candidat « centriste » Emmanuel Macron.

Roland Lescure, premier vice-président et chef des placements de la Caisse de dépôt et placement du Québec, le numéro deux de cette institution dont il supervisait quelque 80 % des activités, a annoncé hier qu'il quittait son poste après sept ans pour s'engager en politique. Il veut maintenant consacrer toutes ses énergies à soutenir la campagne du candidat présidentiel français Emmanuel Macron, « le seul capable de ramener confiance et espoir ».

Selon Lescure, cet ancien ministre du gouvernement socialiste de François Hollande maintenant à la tête d'En Marche incarne exactement le genre de leadership et de renouvellement politique dont la France a absolument besoin.

Le Français soutient particulièrement le fait que ce soit le candidat le plus activement favorable à l'engagement de la France au sein de l'Union européenne, a-t-il confié en entrevue à La Presse. « Il est temps qu'on entre ainsi, avec lui, au XXIe siècle. Dans un cadre européen renforcé. »

Pour l'homme d'affaires montréalais d'adoption depuis 2009, ne pas s'engager politiquement à l'aube d'une présidentielle française où l'extrême droite semble avoir des chances de gagner n'était pas envisageable.

« Je me suis dit : "Toi, tu ne peux pas ne rien faire face à ça." C'est là que j'ai décidé de m'impliquer publiquement et c'était incompatible avec mon rôle à la Caisse. » - Roland Lescure

Le questionnement, dit-il, a commencé avec le Brexit, « un coup de tonnerre » pour cet Européen pur jus, la victoire de la peur sur l'espoir, du conservatisme sur le progressisme, du repli sur la volonté d'avancer, dit-il. Puis est arrivée l'élection de Trump. « Un séisme. Ça, je ne m'y attendais pas non plus. »

Alors qu'il prenait le tournant de la cinquantaine, en novembre, peu après la surprise américaine, l'engagement public devenait impératif, poursuit-il en utilisant des mots comme « devoir », « appel » et « obligation ».

BERCEAU GAUCHISTE

Né en 1966 dans une cité ouvrière parisienne, à Montreuil-sous-Bois, Lescure a grandi dans une famille très politisée. Son père, engagé jeune dans la résistance contre les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, était membre du Parti communiste français et journaliste à L'Humanité. Sa mère, elle, agissait comme dirigeante syndicale à la Régie autonome des transports parisiens (RATP), où elle a organisé « sûrement la moitié » des grèves du réseau de transport public parisien, raconte Lescure.

C'est « l'ascenseur social républicain français qu'est le système d'éducation qui fonctionnait bien encore à l'époque, et fonctionne moins bien aujourd'hui », poursuit-il, qui lui a permis, même issu de ce milieu modeste, aidé par un prof de mathématiques convaincu de ses talents, d'accéder aux concours de Polytechnique, une de ces grandes écoles pavant le chemin vers les postes de direction de la plupart des secteurs de la société française. Ont suivi des études économiques à l'ENSAE puis une maîtrise à la London School of Economics.

De là, Lescure s'est dirigé vers la fonction publique puis le monde de la finance dans le secteur privé. Ses parents, dit-il, n'ont pas toujours partagé ses choix, mais les ont toujours respectés. Lorsqu'on lui a offert le poste à la Caisse de dépôt, raconte-t-il, c'était « le meilleur des deux mondes ».

Il pouvait mettre son expertise en finances au service de la collectivité, puisque la Caisse gère la caisse de retraite des Québécois, ni plus ni moins.

De ses années à la Caisse, Roland Lescure ne retient que du bon. « Des années fantastiques, l'expérience professionnelle la plus belle de ma vie », dit-il. À réorganiser l'institution, à investir, à développer des projets, des équipes. « Je pars le coeur gros. »

VERS UN POSTE DE MINISTRE ?

Lescure ne sait pas encore ce qu'il fera précisément dans la campagne d'En Marche, mais il veut notamment participer à la diffusion des messages et à la mobilisation citoyenne. Il veut agir là où il peut être utile.

L'homme d'affaires craint fortement, dit-il, que l'élection ne se joue sur la non-participation de trop d'électeurs, un facteur qui a eu un impact crucial sur la présidentielle américaine. Il s'inquiète d'ailleurs que le second tour de la présidentielle soit en plein long week-end de congé, le 7 mai...

Lescure, en outre, est convaincu que cet engagement peut se faire en Amérique du Nord, et même à Montréal, première ville française hors d'Europe - après, hors France, Londres et Bruxelles -, avec ses 60 000 Français qui ont le droit de vote.

Si l'élection américaine s'est jouée de façon chirurgicale en allant chercher des électeurs pro-Trump précisément là où ils pouvaient faire basculer les résultats même par de petites marges, Lescure croit que les électeurs expatriés peuvent aussi - il y en a 1,3 million ! - faire pencher la balance. « Leur taux de participation peut faire une différence. » Personne ne doit être négligé.

Lescure n'a pas de plan de déménagement immédiat en France. Mais impossible d'en savoir plus sur son avenir. Il insiste : pour le moment, il n'a qu'un objectif à court terme, l'élection de Macron à la présidentielle et ensuite de son équipe aux législatives, qui auront lieu en juin.

LES POINTS QU'IL RETIENT DU PROGRAMME POLITIQUE DE MACRON

Le soutien indéfectible à l'Union européenne, tout en sachant qu'elle doit répondre à de nombreux défis de modernisation et peut-être revoir ses structures en faveur d'une asymétrie mettant certains pays en figure de proue.

La modernisation des écoles dans les banlieues défavorisées en diminuant le nombre d'élèves par classe de moitié.

La discrimination positive par des encouragements financiers directs aux entreprises qui embauchent des travailleurs issus des milieux défavorisés - mais pas nécessairement dans les milieux défavorisés - pour encourager la mixité sociale partout.

La décentralisation de l'État français, notamment dans le monde de l'éducation.

Une nationalisation de l'assurance chômage qui permette d'injecter de la fluidité dans le monde du travail, en donnant par exemple le droit aux travailleurs d'y avoir accès même s'ils quittent volontairement leur emploi. On veut ainsi redonner aux employés français la capacité de prendre des risques par rapport à leur carrière.

Une réforme de l'agriculture qui encourage les « filières courtes » et redonne une place aux petits agriculteurs qui souffrent de l'industrialisation et sont particulièrement bien placés pour faire avancer des options écologiques.

ROLAND LESCURE EN QUATRE POINTS

Parisien d'origine, il est arrivé à Montréal en 2009, avec sa femme irlandaise et leurs trois enfants, et embauché comme vice-président de la Caisse de dépôt par Michael Sabia, le président actuel.

Il avait auparavant travaillé tant dans le secteur privé que dans le secteur public en France. Au ministère des Finances, à Paris, il a notamment oeuvré à la mise en place de l'euro.

En Marche, le mouvement qu'il soutient, est un nouveau mouvement politique issu de la gauche - Macron a été ministre sous François Hollande -, mais essentiellement centriste et sans autres racines partisanes, qui veut changer notamment la culture politique française. (Interdire aux politiciens d'embaucher les membres de leur famille, travailler constamment avec des objectifs précis pour assurer la représentativité de la diversité française au sein des institutions, notamment l'égalité hommes-femmes et la multiplicité culturelle, etc.)

Roland Lescure est en quelque sorte l'ancien beau-frère de l'actrice Catherine Deneuve, ex-compagne de Pierre Lescure, son frère aîné, qui a notamment été un des fondateurs de Canal+ et président du Festival de Cannes.




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