Changements à la consigne: déception et incrédulité

Les propositions de Recyc-Québec pour moderniser le système... (Photo Alain Roberge, Archives La Presse)

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Les propositions de Recyc-Québec pour moderniser le système de consigne dans la province sont loin de faire l'unanimité chez les détaillants.

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Les propositions de Recyc-Québec pour moderniser le système de consigne dans la province sont loin de faire l'unanimité chez les détaillants. Petits et grands voient mal comment Québec pourra financer son nouveau système de collecte, qui devra gérer un milliard de contenants de plus par année qu'à l'heure actuelle. Voici les réactions des principaux acteurs de l'industrie.

ÉPICERIES INDÉPENDANTES ET FRANCHISÉES

En vacances sur le bord de la Méditerranée, le PDG de l'Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA), Florent Gravel, a accepté de commenter le dossier de la consigne parce que les propositions de Recyc-Québec « n'ont pas de bon sens ». « Je ne peux pas m'imaginer deux secondes que le gouvernement va faire ça ! »

En faisant passer 2 à 3 milliards par année le nombre de contenants consignés en circulation, et en faisant bondir la consigne de 5 ¢ à 10 ¢, l'ADA calcule que les consommateurs « jetteront près de 100 millions de dollars » aux poubelles chaque année. Présentement, la somme est de 31 millions, puisqu'environ 30 % des contenants consignés se retrouvent dans le bac de recyclage. « Il est utopique de croire que le consommateur ne sera pas pénalisé », résume Florent Gravel.

SUPERMARCHÉS ET GRANDES SURFACES

Les grands détaillants comme Metro, Loblaw (Provigo et Maxi), IGA, Walmart et Canadian Tire prônent l'abolition pure et simple de la consigne puisque « le recyclage est super efficace », résume Nathalie St-Pierre, directrice générale du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD) au Québec et vice-présidente, Développement durable. Ce lobby est donc « très déçu et inquiet » relativement aux propositions de Recyc-Québec dévoilées hier dans La Presse.

Notamment, le fait de forcer les détaillants à reprendre les contenants consignés engendrera des coûts importants, déplore le CCCD. Les « gobeuses coûtent entre 15 000 $ et 25 000 $ et il y a entre 8000 et 10 000 endroits où on reprend les contenants, un nombre qui doublerait soudainement », estime Nathalie St-Pierre. Soudainement... et inutilement, dit-elle, puisque « ce n'est pas dans les moeurs » de rapporter ses canettes à la pharmacie.

DÉPANNEURS

L'Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec (AMDEQ) aurait préféré que le gouvernement mette fin à la consigne. Mais elle voit quelques aspects positifs dans les suggestions de Recyc-Québec. Les dépanneurs sont ravis d'apprendre que Québec sera « plus sévère envers les détaillants qui ne récupèrent pas les contenants, dont les pharmacies, les Canadian Tire et les Walmart de ce monde », note le directeur général Yves Servais. « C'est déjà dans la loi, mais le gouvernement a toujours fait preuve de laxisme. » Walmart, toutefois, accepte déjà les retours de contenants consignés.

Yves Servais espère que Québec augmentera, comme le souhaitent les détaillants, « la prime » de 2 ¢ le contenant obtenu comme compensation pour la manutention et l'entreposage des contenants. « On a suggéré que ça grimpe à 4 ¢. Le salaire minimum de 1984 [année où a été fixé le montant de la prime] n'est pas le même qu'aujourd'hui ! Et imaginez si ça monte à 15 $. Mais mon feeling est bon, le ministre a été à l'écoute là-dessus. »

FÉDÉRATION DES CHAMBRES DE COMMERCE DU QUÉBEC

Étant donné que Recyc-Québec « deviendrait le récupérateur unique » des contenants consignés, la Fédération des chambres de commerce du Québec s'étonne de constater que le ministre « ambitionnerait ni plus ni moins d'étatiser le système de consigne » !

« Il y a pourtant belle lurette que les initiatives d'étatisation n'ont pas vu le jour au Québec. [...] À notre connaissance, cette surprenante solution envisagée par le ministère de l'Environnement n'a fait l'objet d'aucune étude d'impact économique pour les entreprises directement touchées par les changements envisagés », affirme la Fédération dans un communiqué.

PAS DE DÉCISION, DIT LE MINISTRE

Bien que le document de Recyc-Québec soit identifié comme « orientations gouvernementales », le ministre de l'Environnement David Heurtel soutenait hier que le gouvernement n'avait pas pris de décision. « On travaille à la modernisation du système de consigne, j'ai donné mandat à Recyc-Québec d'échanger avec les intervenants dans le dossier. Dans le cadre de ces échanges, Recyc-Québec a soumis des scénarios. » Il soutient que Dany Michaud, président de Recyc-Québec, n'a jamais soutenu que le projet avait le feu vert du gouvernement, et fait abstraction du fait que son employé politique, Maxime Sauvageau, était présent aux réunions. Mais tous les intervenants étaient réunis à une même table, le 22 septembre dernier, et, sous le couvert de l'anonymat, nient formellement les propos de M. Heurtel.

- Avec Denis Lessard, La Presse

CE QUE PROPOSERAIT RECYC-QUÉBEC

• Le montant de la consigne passe de 5 ¢ à 10 ¢.

• Tous les contenants de 900 ml ou moins sont consignés, ce qui inclut les bouteilles d'eau et les canettes de jus de tomate, par exemple.

• Fin de la consigne pour les bouteilles de 2 litres de boissons gazeuses.

• Mise en application de la loi forçant les détaillants qui vendent des contenants consignés à les rependre (Costco, pharmacies, quincailleries, Walmart, etc.).

• Installation dans les commerces d'appareils permettant à Recyc-Québec de connaître en temps réel la quantité de contenants à récupérer.

• Recyc-Québec se charge de récupérer les contenants dans les commerces.

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