«La meilleure décision pour l'avenir du Cirque»

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Le fondateur du Cirque, Guy Laliberté, conservera une participation dans le Cirque du Soleil et continuera de participer à la direction stratégique et artistique du Cirque.

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Le Cirque du Soleil a confirmé lundi matin sa vente au consortium mené par la firme américaine TPG Capital et le maintien de son siège social à Montréal.

Un actionnaire de contrôle qui a des plans d'expansion à l'extérieur des spectacles de cirque. Un actionnaire minoritaire chinois qui veut ouvrir au Cirque du Soleil les portes de l'empire du Milieu. Et au passage, un chèque d'au moins 1,5 milliard de dollars pour Guy Laliberté. «J'ai fait un home run, dit le cofondateur du Cirque du Soleil. Je ne pouvais pas demander mieux pour l'avenir du Cirque.»

Le Cirque du Soleil, l'un des fleurons de Québec inc., a été vendu officiellement hier à un consortium mené par la firme américaine d'investissement privé TPG Capital, qui détiendra 60% des actions. La firme chinoise d'investissement Fosun Capital Group aura 20% des actions, la Caisse de dépôt et placement du Québec, 10% des actions, et le cofondateur Guy Laliberté garde 10% des actions. Les firmes de Dubaï qui détenaient 10% du Cirque ont vendu leurs parts dans le cadre de cette transaction, qui rapporterait environ 1,5 milliard à M. Laliberté, selon le Globe and Mail. Le montant de la transaction - dont la clôture doit avoir lieu au troisième trimestre de 2015 - n'a pas été dévoilé par les parties.

Le siège social à Montréal

Comme l'a rapporté La Presse dans son numéro d'hier, l'homme d'affaires québécois Mitch Garber a été nommé président du conseil d'administration du Cirque, et le PDG québécois du Cirque Daniel Lamarre reste en poste. Les nouveaux propriétaires ont aussi consenti par écrit dans leur partenariat à ce que le siège social reste à Montréal et qu'il «demeure le centre de services créatifs et artistiques». Les nouveaux actionnaires du Cirque se sont aussi engagés à «assurer une présence importante du Québec et du Canada au sein de l'équipe de direction du Cirque et de son conseil d'administration», ainsi qu'à continuer de financer des organismes culturels et communautaires.

L'entente, finalisée dimanche, ne prévoit pas de plancher d'emplois. Le Cirque compte 4000 employés partout dans le monde, dont 1400 au siège social du quartier Saint-Michel à Montréal. «Nous n'avons aucun plan de changer les niveaux d'emplois. Avec le temps, nous voulons plus d'employés à Montréal avec nos nouveaux projets», a assuré David Trujillo, associé chez TPG, en entrevue à La Presse.

Si son actionnaire majoritaire n'est plus québécois, l'entreprise reste profondément québécoise, croit Guy Laliberté, qui a imposé le maintien du siège social à Montréal comme l'une des conditions de la vente. «Le Québec a une grande ressource naturelle, la création. Non seulement le siège social va demeurer ici, mais de plus en plus de créateurs [québécois] vont être invités à travailler sur d'autres projets. Je crois que je prends la meilleure décision pour l'avenir du Cirque.»

TPG Capital, des leaders

TPG Capital connaît bien l'industrie du divertissement, étant notamment actionnaire de l'agence CAA et de Caesars Entertainment, l'entreprise de casinos. C'est par l'entremise de Caesars que TPG Capital a des liens d'affaires avec Mitch Garber, le PDG montréalais de Caesars Acquisition Compagny. M. Garber sera dorénavant président du C.A. et un actionnaire minoritaire du Cirque (dans le bloc de 60% de TPG).

«TPG est le groupe le plus respectueux au monde dans son domaine, dit M. Garber. Ils laissent les entreprises gérer leur plan d'affaires. Ce sont des légendes dans leur domaine. Ajoutez ces légendes à nos légendes [au Cirque], et nous avons une formule gagnante. TPG ajoute [ses] connaissances, [ses] contacts. C'est un mariage parfait.»

PDG du Cirque depuis 2001, Daniel Lamarre a l'impression de «se retrouver avec le meilleur des deux mondes»: la vision de Guy Laliberté, qui reste actionnaire minoritaire, et l'expertise des nouveaux actionnaires dans l'industrie du divertissement (TPG) et en Chine (Fosun). «Guy vient de donner un levier de développement incroyable à son entreprise», dit Daniel Lamarre.

Sous l'égide de TPG Capital, le Cirque pourrait aussi diversifier ses spectacles, notamment à la télé. «Leur réseau de contacts [des nouveaux actionnaires] est incroyable», dit Guy Laliberté, qui aime la philosophie d'entreprise de TPG Capital. «Ce sont des gens qui ont de la passion et avec lesquels on va pouvoir s'amuser», dit-il.

Incursion en Chine

Fosun aidera aussi le Cirque à s'implanter en Chine, ce qu'il tente sans succès depuis 12 ans. «Avoir un partenaire chinois qui connaît bien le marché augmente nos chances de réussite, dit Daniel Lamarre. On pense que le marché est prêt pour nous. On a un plan précis, je vous dirais de rester à l'écoute.»

La firme chinoise Fosun voit dans le Cirque un investissement qui l'aidera à «devenir l'un des chefs de file mondiaux des entreprises axées sur les besoins en matière de mode de vie, qui s'enracinent rapidement en Chine». «Nous connaissons le Cirque et l'équipe de TPG depuis un certain temps et nous respectons leur héritage culturel», a indiqué Guo Guangchang, président du conseil de Fosun, dans un communiqué.

La Caisse de dépôt et placement du Québec complète le nouveau groupe d'actionnaires du Cirque, avec un bloc d'actions de 10%. «C'est un moment charnière dans l'histoire du Cirque [...] [qui] s'apprête à partir à la conquête de nouveaux marchés. Nous savons que TPG, avec l'appui de Fosun, a toute l'expertise pour faire du Cirque une entreprise encore plus présente à l'international. Et nous sommes ravis que cette nouvelle ère de croissance sera pilotée depuis Montréal», a indiqué Michael Sabia, président et chef de la direction de la Caisse, dans un communiqué.

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LES RÉACTIONS POLITIQUES À QUÉBEC

«À long terme, un siège social doit toujours travailler à se maintenir, c'est clair. Mais comprenons bien que la direction est québécoise, tant au niveau du président que du président du conseil. L'équipe reste québécoise. La création reste québécoise. Et la bonne nouvelle, c'est que cette entreprise a des projets de croissance.»

- Jacques Daoust, ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Exportation du Québec

«Maintenant que la vente est officialisée et que nous savons que c'est un groupe du Texas qui a acheté le Cirque du Soleil, nous constatons que le premier ministre a manqué une belle occasion d'exercer son leadership. Il s'est contenté de laisser aller, de laisser faire. C'est une triste nouvelle, mais souhaitons que la vente du Cirque du Soleil ne soit pas une nouvelle expression du déclin tranquille du Québec.»

- François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

«C'est la perte de contrôle d'un de nos plus grands succès au niveau international. C'est un recul. Ça s'inscrit dans la morosité au niveau économique et le laisser-faire gouvernemental. Normalement, tout le monde aurait dû se mobiliser pour conserver la propriété québécoise. Je suis inquiet pour le Cirque du Soleil, pour le siège social, pour la propriété québécoise.»

- Stéphane Bédard, chef parlementaire par intérim du Parti québécois

Le Cirque du Soleil en quelques dates

1984: En vue des célébrations du 450e anniversaire de la venue de Jacques Cartier au Québec, le gouvernement du Québec embauche la troupe de Guy Laliberté et de Gilles Ste-Croix. Baptisée le Cirque du Soleil, la compagnie crée son premier spectacle: Le Grand Tour du Cirque du Soleil, présenté dans 11 communautés de la province.

1985: Pour la première fois de son histoire, le Cirque du Soleil se produit à Ottawa, Toronto et Niagara Falls. En 1987, Le Cirque Réinventé, présenté en Californie, s'attire des critiques élogieuses.

1990: Présentation du spectacle Le Cirque Réinventé à Londres, au Royaume-Uni, ainsi qu'à Paris, en France. Daniel Gauthier devient également président du Cirque du Soleil.

1994: Le Cirque du Soleil marque son 10e anniversaire avec Alegria, présenté à Montréal. Jusqu'en décembre 2013, le spectacle aura été présenté dans 250 villes et vu par 14 millions de spectateurs.

1998: L'entreprise présente O, à l'hôtel Bellagio de Las Vegas, son premier spectacle aquatique.

2001: Guy Laliberté rachète les parts de son partenaire Daniel Gauthier dans le Cirque du Soleil.

2003: Zumanity, destiné aux adultes, est présenté dans un autre hôtel à Las Vegas.

2004: Daniel Lamarre devient président-directeur général du Cirque du Soleil alors que Guy Laliberté demeure président du conseil d'administration.

2008: Guy Laliberté vend 20 % de son entreprise à des intérêts de Dubaï en expliquant qu'il s'agit d'un partenariat stratégique et qu'il continue d'être le seul maître de l'entreprise.

2009: Guy Laliberté se rend dans l'espace.

2010: Guy Laliberté devient le troisième Québécois à voir son nom gravé sur une étoile sur Hollywood Boulevard à Los Angeles.

2012: Le Cirque du Soleil lance un service de production, mis à contribution lors de la performance de la chanteuse Madonna lors du spectacle de la mi-temps du Super Bowl.

2013: L'entreprise met à pied 400 de ses employés principalement à Montréal. De plus, l'acrobate Sarah Guyard-Guillot fait une chute mortelle d'une hauteur de 25 mètres à Las Vegas.

2014: Le Cirque du Soleil souligne ses 30 années d'existence.

2015: La firme d'investissement privée TPG Capital met la main sur une participation majoritaire de 60 pour cent dans le Cirque du Soleil. La firme chinoise Fosum Capital Group (20 %) ainsi que la Caisse de dépôt et placement du Québec (10 %) achètent également une participation minoritaire. Guy Laliberté conserve également des parts dans la société (10 %). Le montant de la transaction n'a pas été dévoilé.

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