Emploi: le Québec embourbé

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Le taux de chômage grimpe de trois dixièmes à 7,8% au Québec, malgré la désertion de près de 10 000 personnes des rangs de la population active.

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Rudy LeCours
La Presse

S'il est vrai que le marché du travail canadien a perdu tout tonus depuis l'été, malgré une accélération de la croissance, celui du Québec ne va nulle part depuis un an.

Février a été un mois où la météo a été hostile un peu partout, d'un océan à l'autre et ce, des deux côtés de la frontière.

Cela n'a pas empêché la création de 175 000 emplois aux États-Unis et de 18 500 dans le reste du Canada.

Au Québec, les données de l'Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada font plutôt état de la perte de 25 500 emplois. Cette déconvenue plombe les résultats canadiens. Au net, le nombre d'emplois pancanadiens a diminué de 7000, un chiffre non significatif, compte tenu de la fiabilité de l'échantillon de 56 000 ménages canadiens de l'EPA sur une population âgée de 15 ans et plus estimée à 19,13 millions. Le taux de chômage est resté stable à 7,0%, tout comme le taux d'emploi à 61,6%.

Il en va autrement des chiffres du Québec. Le taux de chômage grimpe de trois dixièmes à 7,8%, malgré la désertion de près de 10 000 personnes des rangs de la population active. Le taux d'emploi, qui mesure la proportion des gens détenant ou cherchant un emploi parmi la cohorte des 15 ans et plus, atteint tout juste 60%.

En février, le nombre d'heures travaillées au Québec a diminué de 1,25 million alors qu'il a augmenté de 3,64 millions ailleurs au pays. Il faut remonter à juin, mois marqué par l'arrêt de travail de deux semaines dans l'industrie de la construction, pour retrouver un nombre d'heures plus faible qu'en février.

Le Québec compte à peu près le même nombre d'emplois qu'il y a 12 mois, mais près de 50 000 à temps plein en moins. Dans le reste du Canada, on compte plutôt quelque 10 0000 emplois de plus, tous à temps plein de surcroît.

Sans surprise, la météo a nui à l'industrie de la construction dont l'effectif a diminué de 17 500 au cours du mois. On s'explique mal en revanche que l'agriculture ait ajouté 9000 emplois. Personne n'a eu vent que les érables avaient coulé par moins -20 Celsius... Il faut plutôt y voir une anomalie statistique susceptible de se corriger dans les résultats de l'EPA de mars qui seront publiés le 4 avril, à trois jours du scrutin.

En revanche, l'ajout de 5000 jobs en usines est plus crédible et plus rassurant. Le secteur manufacturier québécois embauche plus qu'il ne licencie pour un cinquième mois d'affilée. Son effectif total est repassé au-dessus de la barre des 500 000 pour la première fois depuis décembre 2012.

L'affaiblissement du huard face au billet vert en janvier y est sans doute pour quelque chose, tout comme les gains de productivité au quatrième trimestre qui ont pour résultat de diminuer les coûts unitaires de main-d'oeuvre exprimés en dollars américains.

À l'échelle canadienne, l'emploi évolue en dents de scie, mais stagne depuis l'été. Mince consolation, l'effectif à temps plein augmente au détriment des temps partiels: le nombre d'heures travaillées continue d'augmenter.

L'emploi dans le secteur public diminue au rythme de l'austérité budgétaire, mais le nombre de salariés du secteur privé augmente doucement.

Aux États-Unis, le marché du travail reste dynamique. Malgré une augmentation d'un dixième du taux de chômage à 6,7%, on comptait 175 000 salariés non agricoles de plus en février. Depuis un an, le marché du travail gonfle en moyenne de 189 000 emplois par mois. En un an, le nombre de chômeurs a diminué de 1,6 million, mais on compte toujours 1,2 million d'emplois de moins qu'en 2007.

Au Canada, où le marché du travail est en expansion depuis 2011, on comptait en février 7900 chômeurs de plus qu'il y a un an pour un total de 1,34 million.

La détérioration vient du Québec où le nombre de chercheurs de travail a augmenté de 19 400 pour porter le total à 342 700.

Ce qu'ils en pensent

«Le Québec a enregistré une autre contre-performance en février avec une perte de 25 000 emplois, la pire dégelée de toutes les provinces. Un chiffre décevant, d'autant plus que le reste du Canada et l'Ontario continuent à créer des emplois malgré la température inusitée. La construction continue de saigner dans notre province avec une perte de 18 000 jobs en février (contre une hausse de 13 000 ailleurs au pays).»

- Stéfane Marion, Banque Nationale

«Le secteur manufacturier enregistre ainsi un cinquième mois consécutif de hausse. Ce nouveau dynamisme est confirmé par un taux de croissance annuel devenu positif en janvier (+1,9%), après 10 mois consécutifs en territoire négatif, et qui s'est nettement accéléré en février avec un taux de +3,7%. Les données à plus long terme révèlent également que l'emploi manufacturier québécois se reprend mieux que dans le reste du Canada, ce qui est un autre indicateur à considérer.»

- Audrey Azoulay, Manufacturiers exportateurs du Québec

«L'évolution de l'emploi semble un peu trop faible comparativement à la croissance économique répertoriée au cours des derniers trimestres. Il est aussi possible que l'hiver particulièrement rigoureux ait affecté les données de l'emploi depuis l'automne. Dans ces conditions, une certaine accélération de l'emploi est donc attendue dans les mois à venir.»

- Benoit P. Durocher, Desjardins, Études économiques

«Les détails du rapport sont légèrement plus positifs. Les emplois créés sont concentrés dans le secteur privé et sont à temps plein. Toutefois, une nouvelle baisse du taux d'activité pour que des chômeurs se découragent et désertent les rangs de la population active.»

- Charles Saint-Arnaud, Nomura, recherches économiques mondiales

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