Des candidats unanimes... pour hausser les taxes

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Montréal mise plus que jamais sur le changement... (PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Montréal mise plus que jamais sur le changement de vocation et la construction d'immeubles.

Outre briguer la mairie de Montréal, Richard Bergeron, Denis Coderre, Marcel Côté et Mélanie Joly n'ont pas beaucoup de points en commun. Les candidats à la mairie de Montréal en ont toutefois au moins un: leurs promesses à l'égard des taxes foncières des Montréalais.

Richard Bergeron (Projet Montréal), Denis Coderre (Équipe Denis Coderre pour Montréal) et Mélanie Joly (Vrai changement pour Montréal) proposent tous des hausses annuelles de taxes foncières entre 0% et l'inflation. Marcel Côté (Coalition Montréal) promet plutôt une hausse égale à l'inflation - les surplus seraient utilisés pour l'entretien des infrastructures.

Le professeur Robert Gagné, directeur du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal et spécialiste des finances publiques municipales, aurait aimé entendre parler davantage de contrôle des dépenses que de hausse des taxes foncières durant la campagne électorale. «Marcel Côté a été plus sensible aux questions de saine gestion de l'appareil municipal, mais les quatre candidats sont réalistes: la réalité, c'est qu'il y a des conventions collectives mur à mur à respecter. Ce sera donc encore la même chose [more of the same].»

«Montréal a atteint la limite en matière de taxation, continue le professeur Robert Gagné. On ne peut plus augmenter davantage les taxes foncières. Le raisonnement de plusieurs politiciens, c'est de trouver d'autres sources de financement. C'est très malsain. En fin de compte, c'est vous et moi qui allons payer.»

Au début de la campagne électorale, Robert Gagné a dévoilé une étude sur le coût des services dans les municipalités au Québec. Conclusion: les services municipaux coûtent généralement 60% plus cher que la moyenne des neuf autres villes de plus de 100 000 habitants au Québec. L'étude n'a pas la prétention d'être parfaite (la comparaison serait encore meilleure avec des métropoles de même taille), mais Robert Gagné est surpris que la gestion de l'exploitation et des services de la Ville ne soit pas davantage au premier plan de la campagne électorale.

«Le prochain maire doit viser l'excellence opérationnelle, dit M. Gagné. Être maire d'une ville, c'est surtout s'occuper de services. On entend que le déneigement n'est pas fait de la même façon selon s'il est fait à l'ouest ou à l'est du boulevard Saint-Laurent. Les gens aiment vivre dans une ville bien gérée. Montréal a d'autres atouts pour attirer les gens, mais pas la gestion de ses finances publiques.»

En contrepartie, un sujet qui le fait sourire durant une campagne électorale municipale: le développement économique. «Les villes n'ont pas tant d'outils de développement économique que ça, dit le professeur Robert Gagné. Heureusement, d'ailleurs, car la concurrence serait trop facile entre elles et ce serait les contribuables qui en feraient les frais. Tout le monde dit que la concurrence entre les pays est malsaine, mais qu'on n'a pas le choix. Adaptons ça au monde municipal et ce serait le bordel. Mettre de la pression sur les politiciens municipaux pour qu'ils fassent du développement économique à tout prix, c'est inapproprié, à mon avis.»

Pas de cadre financier pour les quatre candidats

Les quatre principaux candidats à la mairie espèrent tous réaliser leurs promesses électorales à l'intérieur du cadre budgétaire actuel. Si bien qu'aucun d'entre eux n'a dévoilé de cadre financier, contrairement aux campagnes électorales provinciales, pendant lesquelles tous les partis politiques ayant comme ambition de former le gouvernement chiffrent leurs engagements et la façon dont ils s'y prendront pour les payer.

Robert Gagné, professeur à HEC Montréal, ne se formalise pas de l'absence de cadres financiers dans la campagne municipale. «Les villes sont toutes obligées d'arriver à l'équilibre budgétaire de toute façon, dit-il. Gérer une ville, c'est surtout gérer un budget de dépenses. Si une ville manque d'argent, elle augmente les taxes foncières.»

Richard Bergeron

Projet Montréal - Équipe Bergeron

1. Améliorer les transports et ajouter un tramway

Le principal problème économique de Montréal? Son système de transport, répond Richard Bergeron. Sa solution: que Québec réalise tous les projets de transport annoncés (prolongement du métro jusqu'à Anjou, trolleybus sur Saint-Michel, 200 km de voies réservées aux autobus, SRB sur Pie-IX) et la Ville paiera 1 milliard pour un tramway de 15 km sur les boulevards René-Lévesque et Saint-Laurent (du Vieux-Montréal à Henri-Bourassa). «La ligne orange du métro est surchargée et c'est stupide d'ajouter une autre ligne de métro ou des voies réservées aux autobus sur Saint-Laurent», dit-il. Projet Montréal compte financer son projet de tramway à même les économies de la Ville liées à la fin de la collusion et de la corruption.

2. Mettre fin à l'exode des familles vers la banlieue

Selon Richard Bergeron, l'exode des familles vers la banlieue entraîne des pertes de 2,5 milliards en valeur de construction pour l'économie montréalaise. Projet Montréal propose d'augmenter la subvention pour les premiers acheteurs de 12 000$ à 25 000$, et d'ajouter un prêt de 25 000$. Montréal perdrait de 6000 à 8000 familles par an, et Richard Bergeron pense pouvoir en retenir 5000 par an, notamment en développant des nouveaux quartiers familiaux comme l'entrée maritime, l'hippodrome, le quartier de la Falaise (Turcot) et Bonaventure/Cité du Havre.

3. L'électrification des transports dans l'est

Richard Bergeron espère que le gouvernement du Québec «est enfin sérieux» avec son projet de développer une expertise en électrification des transports. «Il nous faut réussir ce que nous avons réussi en aéronautique avec Bombardier», dit-il. Il tient à ce que le volet recherche et prototype de cette grappe industrielle s'établisse uniquement dans le secteur de l'Assomption, dans l'est de Montréal. «Je ne veux pas que la grappe soit dispersée partout au Québec.»

Denis Coderre

Équipe Denis Coderre pour Montréal

1. Réviser les programmes de la Ville

«Il faut mettre de l'ordre dans la cabane», dit Denis Coderre avec son franc-parler habituel. «Le sondage de la Chambre de commerce indique que la première priorité du milieu des affaires est la mise à jour des infrastructures, dit-il. Il faut faire une révision des programmes, s'assurer qu'on puisse livre les services à la population.»

2. Une plaque tournante avec l'Europe, des vols d'avion directs

Selon Denis Coderre, Montréal a l'occasion de devenir la «plaque tournante» entre l'Europe et l'Amérique du Nord avec la signature de l'accord de libre-échange Canada-Union européenne. À condition, toutefois, d'avoir davantage de vols aériens directs au lieu de passer par Toronto. «Nous sommes dans une position géopolitique extraordinaire, dit Denis Coderre. Nous sommes à un vol d'oiseau des grands centres américains. C'est pourquoi je lance un message à Air Canada: lâchez les vols directs de Toronto. Montréal est aussi une métropole.» Selon Denis Coderre, une ville mieux gérée permettra d'attirer davantage d'entreprises et de citoyens. «Il doit y avoir une meilleure coordination entre les arrondissements et la ville centre, davantage de transparence avec la nomination d'un inspecteur général, dit-il. Ça aura un impact direct sur le moral des gens.»

3. Un centre de foires et de croisières dans le Vieux-Port

Pour le 375e anniversaire de Montréal en 2017, Denis Coderre aimerait que le gouvernement fédéral cède les terrains du Vieux-Port à la Ville, qui en ferait ensuite un centre de foires, un centre de croisières et une zone franche. «Il y aurait un impact économique énorme», dit Denis Coderre, qui pense attirer ainsi «des milliers de touristes supplémentaires».

Marcel Côté

Coalition Montréal - Marcel Côté

1. Une meilleure gestion de la Ville

«Ce n'est pas sexy comme sujet», prévient Marcel Côté, qui veut faire des «changements profonds» dans les méthodes de gestion de la Ville. «Il faut introduire un contrepoids au comité exécutif afin de contrôler les dépenses, un peu comme le fait le Conseil du Trésor à Québec», dit celui qui propose de faire un examen de la haute fonction publique montréalaise (300 hauts fonctionnaires) afin de «faire disparaître les silos» et d'ajouter des experts en gestion de projets. Dernière stratégie: établir une rigueur budgétaire qui permettra de dégager des surplus. «Dans les organismes que je gérais, comme le YMCA et la Compagnie Marie-Chouinard [danse contemporaine], j'ai trouvé une façon de dégager des profits, dit-il. Je sais qu'il va y avoir une crise budgétaire quand je vais arriver [à l'hôtel de ville], mais je n'énerverai pas les gens avec ça, je vais la gérer.»

2. Investir dans l'entretien des infrastructures

La conséquence à long terme du manque de rigueur budgétaire de la Ville? Celle-ci réduit son budget d'entretien, selon Marcel Côté. «Quand il n'y a pas de rigueur budgétaire, il n'y a pas de marge financière à la fin de l'année et la Ville coupe sur l'entretien, car ça ne paraît pas à court terme», dit-il. Coalition Montréal propose de hausser les taxes foncières selon l'inflation, et d'utiliser les surplus pour le budget d'entretien des infrastructures.

3. Faire de Montréal la ville du savoir et de la créativité

Marcel Côté veut se servir des créateurs artistiques et industriels de Montréal pour faire la promotion de Montréal dans le monde. «Le Cirque du Soleil, Moment Factory, mais aussi le talent créatif industriel d'entreprises comme Bombardier», dit le chef de Coalition Montréal, qui veut aider l'industrie de la créativité et du savoir. «Au lieu d'essayer de plaire à tout le monde, il faut avoir un focus sur la créativité et sur le savoir», dit Marcel Côté, qui envisage aussi d'être l'allié du milieu universitaire.

Mélanie Joly

Vrai changement pour Montréal - Groupe Mélanie Joly

1. Créer un environnement d'affaires propice aux investissements

Mélanie Joly veut attribuer plus rapidement les permis aux entreprises et instaurer des délais de rigueur pour le traitement des demandes. "À la Ville d'Ottawa, ça se fait en 10 jours alors qu'on parle de mois à Montréal», dit-elle. Mélanie Joly propose de créer un poste de chef du développement économique, dont le titulaire dirigera un groupe anti-paperasse et clarifiera les processus d'attribution de permis.

2. Régler le problème de la congestion routière

Selon Mélanie Joly, la congestion routière à Montréal ralentit son développement économique. «Les gens ne viennent plus dépenser ou investir à Montréal, dit Mélanie Joly. Les entreprises vont s'établir dans des endroits où les employés peuvent se rendre facilement.» Pour diminuer la congestion routière, Mélanie Joly mise d'abord et avant tout sur la création d'un réseau de 130 km de service rapide par bus (SRB) avec des voies réservées.

3. Obtenir 0,5% de la TVQ perçue à Montréal

Pour «libérer Montréal de sa dépendance aux taxes foncières», Mélanie Joly veut que la Ville obtienne du gouvernement du Québec 0,5% de la TVQ perçue sur son territoire. «Montréal est une junkie des taxes foncières. On ne peut pas financer Montréal de la même façon que Val-Morin», dit-elle, en précisant que les taxes foncières (commerciales et résidentielles) représentent environ 70% des revenus de la Ville de Montréal, comparativement à 39% à Toronto et à 18% en moyenne dans les grandes villes américaines. «Il faut trouver des sources de revenus, comme la TVQ, qui feront en sorte que la Ville aura un intérêt à faire du développement économique», dit-elle.

L'économie de Montréal, en chiffres

Produit intérieur brut (région métropolitaine de Montréal): 128,601 milliards (en dollars de 2002)

Taux de chômage: 10,0%

Population de la ville: 1,7 million d'habitants

Budget de la Ville: 4,88 milliards

Nombre d'employés: environ 28 000 durant une année (22 423 années-personnes)

Déficit actuariel de la caisse de retraite des employés municipaux: 2,1 milliards

Coût annuel de l'amortissement du déficit actuariel de la caisse de retraite: 256 millions

Dépenses en immobilisations du secteur privé prévues en 2013: 9,536 milliards

Dépenses en immobilisations du secteur public prévues en 2013: 6,319 milliards

Dépenses totales en immobilisations prévues en 2013: 15,855 milliards

Sources: Ville de Montréal, Chambre de commerce du Montréal métropolitain

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