Grand Prix du Canada: gonflées, les retombées?

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L'assistance au Grand Prix a diminué de 10,7%... (Photo Bernard Brault, archives La Presse)

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Photo Bernard Brault, archives La Presse

L'assistance au Grand Prix a diminué de 10,7% depuis, passant de 319 000 à 285 000 spectateurs. Ottawa, Québec et Montréal paient 15 millions par an pour tenir le Grand Prix, mais reçoivent environ 4 millions chaque année en redevances sur les billets en vertu de l'entente actuelle qui prend fin après la course de 2014.

Le Grand Prix du Canada génère-t-il vraiment 89,3 millions en retombées économiques au Québec, comme l'estime le ministère des Finances? Une étude australienne sur les retombées du Grand Prix de Melbourne - un événement touristique comparable au GP du Canada - conclut plutôt à des retombées de 32,6 millions.

Selon le professeur Michel Magnan, cet écart entre les deux études de retombées économiques est «préoccupant», d'autant plus que les gouvernements négocient actuellement avec Formula One Management pour assurer l'avenir du Grand Prix du Canada.

«Dans la mesure où les contribuables paient pour une partie du Grand Prix, l'écart entre les études de Québec et celles de l'Australie a l'effet d'une douche froide. Ça soulève des questions sur la méthodologie employée par Québec, dont on ne sait rien», dit le professeur de comptabilité financière à l'Université Concordia.

Le Grand Prix d'Australie est un bon baromètre pour comparer l'impact économique du Grand Prix du Canada. Les deux courses attirent un nombre similaire de spectateurs (298 187 à Melbourne en 2011, 300 000 à Montréal). À Melbourne, 30% des visiteurs uniques proviennent de l'extérieur de l'État de Victoria (dont la capitale est Melbourne), comparativement à 40% de visiteurs hors Québec quand le ministère des Finances a fait son étude en 2008. Les agglomérations urbaines de Montréal (3,8 millions de personnes) et Melbourne (4,3 millions) sont de taille similaire. Côté géographie, la ville la plus populeuse de leur pays (Sydney et Toronto) est située à plus de cinq heures de route, ce qui rend quasi impossible un aller-retour en voiture la même journée.

«Melbourne est une ville certainement comparable à Montréal. Comment expliquer l'écart entre les deux études? Les Australiens ne mangent pas et ne boivent pas moins que nous. L'Australie est un grand pays comme le Canada», dit le professeur Magnan.

Le ministère des Finances et le cabinet du ministre Nicolas Marceau n'ont pas commenté hier l'écart entre l'étude québécoise qui remonte à 2009 et celle de l'Australie datant de 2011. Le Ministère dit s'être servi d'un modèle «couramment utilisé pour ce genre d'estimation».

En prévision de la négociation actuelle, le ministère des Finances du Québec n'a pas mis à jour son étude de retombées économiques, qui se base sur les données de Tourisme Montréal en 2008. L'assistance au Grand Prix a diminué de 10,7% depuis, passant de 319 000 à 285 000 spectateurs. Ottawa, Québec et Montréal paient 15 millions par an pour tenir le Grand Prix, mais reçoivent environ 4 millions chaque année en redevances sur les billets en vertu de l'entente actuelle qui prend fin après la course de 2014.

Des données vérifiées en Australie

Si elles calculent toutes deux les retombées économiques des visiteurs hors province, les études québécoise et australienne sont bien différentes.

Au Québec, l'étude du ministère des Finances n'a pas été publiée officiellement - seules les conclusions d'une page sont envoyées aux médias. La Presse n'a pas pu obtenir davantage d'information sur la méthode de calcul.

En Australie, l'étude de la firme Ernst&Young effectuée pour Tourism Victoria fait 66 pages et explique en détail sa méthodologie et sa collecte de données.

Sur le plan méthodologique, l'étude de Québec se fie uniquement sur les données de Tourisme Montréal, qui a recueilli ses informations dans des conférences de presse, les déclarations publiques rapportées par les médias et auprès du promoteur du Grand Prix. Le ministère des Finances, qui n'a pas comme mandat de faire de la collecte de données, estime que les données de Tourisme Montréal sont fiables. La dernière version du document (remis chaque année aux médias) indique expressément qu'il s'agit d'estimations et que Tourisme Montréal n'assume pas la responsabilité des données.

En Australie, la firme Ernst&Young s'est appuyée sur certaines données du promoteur mais a aussi effectué des sondages auprès des visiteurs, ce qui n'a pas été fait au Québec. «Les Australiens n'ont pas juste pris les chiffres du promoteur, qui a un intérêt particulier dans le dossier, ils ont aussi contre-vérifié avec des sondages indépendants», dit le professeur Magnan.

L'absence de données directes agace aussi l'économiste Claude Montmarquette. «Personne ne doute que le Grand Prix du Canada est rentable, on voit bien qu'il y a des touristes étrangers, mais on aurait intérêt à pousser un peu plus loin. Ce n'est pas compliqué de former un échantillon», dit le PDG du Groupe CIRANO et professeur émérite à l'Université de Montréal.

L'étude australienne établit les dépenses directes des visiteurs hors province à 42 millions AUS (42,8 millions CAN en tenant compte du taux de change de 2011), mais calcule ensuite la valeur des importations pour arriver aux retombées économiques finales. Si l'Australie perdait son Grand Prix, les retombées économiques envolées seraient de 32 millions AUS, comparativement à 39 millions AUS si la course se tenait dans un autre État (certains résidants de Melbourne iraient alors y assister, ce qui augmente la perte d'activité économique à Melbourne).

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