Organiser sa sortie du monde

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Rédiger soi-même son avis de décès est le... (Photo Getty Images)

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Rédiger soi-même son avis de décès est le meilleur moyen de contrôler le message qu'on veut laisser après sa mort.

Hélène Baril

«Mon dernier voyage a eu lieu jeudi dernier. C'est avec une profonde tristesse que je quitte l'Amour de ma vie avec qui j'ai partagé plus de la moitié de ma vie et qui est demeuré à mes côtés jusqu'à la fin.»

Les messages de ce genre, on en voit de plus en plus dans les pages nécrologiques ou sur Facebook. Les entreprises de services funéraires devraient y porter attention.

Rédiger soi-même son avis de décès est le meilleur moyen de contrôler le message qu'on veut laisser après sa mort. Organiser sa sortie du monde aussi.

Les arrangements préalables sont appelés à un bel avenir au Québec, où ils sont actuellement moins populaires qu'ailleurs au Canada. C'est une tendance prometteuse pour l'industrie funéraire, en raison des baby-boomers qui arrivent dans la dernière étape de leur vie et qui sont habitués à tout contrôler.

Les entrepreneurs de pompes funèbres, ou directeurs de funérailles, auraient tort de célébrer trop rapidement leur bonne fortune. L'autre tendance lourde dans l'industrie, c'est la simplicité volontaire.

«Je remarque une sorte de retour aux sources, dit Stéphanie Côté, thanatologue et propriétaire d'une entreprise funéraire à Kirkland. De plus en plus de gens veulent une exposition du corps ou des cendres à la maison», dit la fondatrice de Voluntas, une maison créée en 2007.

«Beaucoup de mes clients me demandent des choses différentes. Ils ne veulent pas acheter de cercueil ou d'urne, mais ils sont prêts à dépenser 4000 $ en nourriture et en vins pour célébrer la vie d'un être cher.»

Voluntas a trouvé sa niche: les cérémonies de fin de vie différentes et pas chères. Stéphanie Côté organise des événements à domicile ou dans des endroits publics, en ville ou à la campagne. Coût: zéro.

«Il n'y a pas de limite à ce qui peut être organisé gratuitement, dans le respect des lois, dit-elle. Par exemple, il n'y a pas de restrictions pour l'éparpillement des cendres au Québec. Les gens ne savent pas tout ce qui est possible.»

Ce qui est possible, c'est avant tout du choix. Le choix de magasiner soi-même des services funéraires, et le choix de payer cher ou pas cher.

N'importe qui d'un peu curieux peut avoir une bonne idée du coût d'un cercueil, d'une urne ou de n'importe quel service funéraire en furetant sur l'internet. Même si les ventes en ligne restent marginales, la transparence des prix contribue à maintenir les prix bas.

La présence croissante des coopératives funéraires y est aussi pour quelque chose, assure Alain Leclerc, directeur général de la Fédération des coopératives funéraires du Québec. «En 1970, le Québec était la province où ça coûtait le plus cher et 20 ans plus tard, c'est celle où ça coûte le moins cher.»

Vente directe

La popularité de l'incinération a permis de réduire le coût de la mort. Au Québec, l'incinération est le choix de 60 à 90 % des familles, selon qu'elles soient à la campagne ou en ville, où un terrain au cimetière coûte cher.

Les entreprises de services funéraires ont compensé la baisse de la demande pour les services d'embaumement, les cercueils et les cimetières en offrant toutes sortes de nouveaux produits et services. Des mausolées sophistiqués pour les urnes jusqu'aux bijoux renfermant un peu des cendres de l'être cher en passant par des services d'aide psychologique, le menu a augmenté.

Les entreprises offrent des garderies et des espaces agréablement modernisés pour la tenue des cérémonies qui peuvent être hautes en couleur, si désiré. Jocelyne Dallaire Légaré, présidente d'Alfred Dallaire Memoria et petite-fille du fondateur de la vénérable entreprise, a été une pionnière en transformant, il y a 10 ans, un salon funéraire en un espace lumineux avec un café et une bibliothèque sur le boulevard Saint-Laurent, à Montréal.

Malgré toutes ces innovations, le prix moyen des funérailles au Québec est stable depuis des années. Il tourne en moyenne autour de 3000 $, selon la Corporation des thanatologues du Québec, soit à peine plus que la prestation de décès de 2500 $ versée par la Régie des rentes pour tout Québécois qui a cotisé suffisamment au régime.

Le coût de la mort pourrait encore baisser, s'il n'en tient qu'à Anthony Marcil qui vient de fonder Incinération Québec. «C'est un nouveau modèle d'affaires qui répond aux besoins de ceux qui ne veulent pas de funérailles», explique-t-il.

Incinération Québec offre le service minimal: transport du corps, crémation, formalités légales et livraison des cendres dans une urne économique. Coût: 1170 $, plus taxes. «On fait moins de profit, mais on y regagne sur le volume», explique l'entrepreneur.

La nouvelle entreprise n'a ni bureaux ni frais fixes. Établie à Saint-Hyacinthe, où se trouve le four crématoire, elle peut desservir toutes les villes principales du Québec, selon Anthony Marcil. «C'est central, on est à trois quarts d'heure de Montréal, Laval ou Trois-Rivières.»

Avec son père, Anthony Marcil exploite une entreprise funéraire traditionnelle à Saint-Hyacinthe, le complexe funéraire Ubald Lalime. Les deux entreprises sont indépendantes, mais Ubald Lalime fait de la publicité localement avec un prix difficile à battre pour une crémation: 150 $.

***

QUATRE TENDANCES FUNÉRAIRES

Rites multiethniques

Les immigrants, qui composent une part de plus en plus grande de la société québécoise, ont généralement leurs propres entreprises funéraires. Ces communautés ont souvent leurs points de référence religieux et leurs propres ressources funéraires, selon Jean-Marc Charron, professeur de théologie pratique à l'Université de Montréal. Les musulmans, par exemple, enterrent leurs morts sans embaumement dans les 24 heures suivant le décès. Le professeur Charron travaille avec la Corporation des thanatologues à mettre au point une formation pour aider les entreprises funéraires à composer avec cette nouvelle réalité, de même qu'avec celle des familles recomposées.

Arrangements préalables 2.0

Les arrangements préalables sont une mine d'or pour les entreprises funéraires, qui s'assurent aujourd'hui des revenus pour demain. Mais la préparation du grand départ peut maintenant emprunter des chemins nouveaux. Biopix, la petite entreprise d'Anne-Marie Bergeron, offre la possibilité d'immortaliser son histoire dans un court métrage à laisser en héritage. «Ce n'est pas seulement pour les mourants ou les malades, mais pour tous ceux qui veulent raconter leur histoire», dit-elle. Chez Alfred Dallaire Memoria, on peut se confier à la comédienne Rita Lafontaine et en faire une vidéo pour ses proches.

La mort durable

L'industrie de la mort n'échappe pas aux préoccupations environnementales, et les entreprises funéraires essaient d'y répondre. L'offre verte va du buffet servi dans de la vraie vaisselle, plutôt que dans des couverts jetables, jusqu'aux produits d'embaumement plus écologiques et aux voitures hybrides pour le transport des urnes. Un organisme de certification, le Green Burial Council, est là pour sanctifier le tout. De plus en plus d'entreprises offrent aussi de planter des arbres en hommage au défunt ou de participer à un programme de reboisement.

Deux ou quatre pattes

Les services funéraires pour animaux de compagnie sont une industrie en forte croissance aux États-Unis. Certaines entreprises funéraires traditionnelles se sont même diversifiées dans cette activité très lucrative et exploitent les deux en parallèle. Montréal a Amicus, un centre funéraire pour animaux qui offre les mêmes services que pour les humains. Un cimetière virtuel est disponible sur son site pour se souvenir de Pitou et Minou. Le cimetière Laval a réservé une partie de son vaste terrain aux animaux et même aux animaux et à leurs maîtres, s'ils désirent rester ensemble pour l'éternité. Ouvert l'an dernier, cet espace attend encore ses premiers occupants.

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