Hydro trouve Marceau sur son chemin

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Le ministre des Finances Nicolas Marceau

Hélène Baril

Hydro-Québec a l'habitude de voir ses projets de lignes électriques contestés, mais sûrement pas de trouver le ministre des Finances en travers de son chemin.

C'est ce qui vient de se passer dans Lanaudière, où l'appui du ministre Nicolas Marceau aux citoyens opposés à la construction d'une ligne de transport a forcé Hydro-Québec à refaire ses devoirs et à proposer un nouveau tracé à la population.

Cette volte-face aura pour effet de retarder d'un an ce projet majeur et d'en augmenter le coût d'au moins 50 millions pour Hydro-Québec, selon ce qu'a appris La Presse Affaires.

Un porte-parole d'Hydro-Québec, Pierre Dupuis, a confirmé que le coût du projet augmentera, parce que le nouveau tracé sera plus long que l'ancien.

Le projet prévoit la construction d'une ligne de transport entre le Saguenay-Lac-Saint-Jean et Montréal d'une longueur de 400 kilomètres. Seuls 12 kilomètres du tracé retenu ont suscité de l'opposition dans les municipalités de Rawdon, Saint-Liguori, Saint-Ambroise-de-Kildare et Sainte-Marcelline-de-Kildare.

L'automne dernier, alors qu'Hydro arrivait au terme du processus de consultation et qu'il lui restait des ententes à conclure avec seulement trois propriétaires, elle a dû tout stopper à la demande des élus péquistes de la région, dont deux poids lourds: le ministre des Finances Nicolas Marceau, qui était alors ministre responsable de Lanaudière, Véronique Hivon, une autre ministre du cabinet Marois, et le député André Villeneuve.

Les trois élus ont rencontré la haute direction d'Hydro pour lui dire qu'il est «primordial que les dirigeants de la société d'État comprennent toute l'importance de ces questionnements légitimes et qu'ils agissent en conséquence», a fait savoir le porte-parole de la ministre Hivon.

«On a été entendus», résume le député Villeneuve lors d'un entretien avec La Presse Affaires.

Le gouvernement Marois a beau tenter par tous les moyens d'augmenter les profits d'Hydro-Québec, il y a des situations où la hausse du coût d'un projet est justifiée, selon André Villeneuve. «Il vaut mieux avoir une solution plus coûteuse, mais avec une plus grande acceptabilité sociale», assure-t-il.

Le nouveau tracé retenu sera soumis à la population au cours des prochaines semaines, et Hydro-Québec entamera une autre ronde de consultations.

Pas dans ma cour

Jean-François Ng, qui habite à Saint-Ambroise-de-Kildare, est content de savoir qu'Hydro-Québec proposera un nouveau tracé, mais il estime que le débat sur l'utilité de construire une ligne de transport d'électricité reste à faire. Le nouveau lien coûtera 800 millions, selon les premières estimations d'Hydro. «Il y a lieu de se demander si cet argent pourrait être mieux investi ailleurs», dit-il.

Il y a déjà trois lignes électriques qui traversent la région de Lanaudière. Les opposants à ce nouveau lien haute tension estiment qu'ils ont le droit de préserver leurs paysages et leurs terres agricoles.

Pour Hydro-Québec, cet ajout à son réseau principal est d'une importance majeure, parce que la nouvelle production hydroélectrique doit être acheminée jusqu'aux consommateurs. «Depuis 1994, on a ajouté 4300 mégawatts de production et il y a 3500 mégawatts supplémentaires à venir de La Romaine», précise le porte-parole de la société d'État.

Un peu partout, les projets de ligne de transport d'électricité suscitent des levées de boucliers. Dans les Laurentides, un projet de lien de 40 kilomètres entre Mont-Tremblant et Saint-Sauveur a conduit à la formation d'un groupe d'opposants dans lequel Lisette Lapointe, la conjointe de Jacques Parizeau, milite activement. Le couple possède une résidence dans la région visée par le tracé de la ligne.

Hydro bataille aussi avec des partenaires pour construire deux lignes de transport entre le Québec et les États-Unis pour pouvoir exporter davantage vers la Nouvelle-Angleterre. Ces deux projets, Northern Pass entre le Québec et le sud du New Hampshire, et Champlain Hudson Power Express piétinent en raison de l'opposition qu'ils suscitent, surtout aux États-Unis, et les délais s'allongent, ce qui ajoute aux coûts déjà énormes des projets.

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