Télétravail: le Québec tire de la patte

Simon Bédard...

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Simon Bédard

Martin Primeau, collaboration spéciale
La Presse

(Montréal) Gains en productivité, flexibilité et réduction des espaces de bureaux: les arguments ne manquent pas pour appuyer l'implantation du télétravail dans les entreprises. Pourtant, les PME québécoises tardent à le proposer à leurs employés. Comparativement à leurs vis-à-vis canadiennes, elles seraient même près de deux fois moins nombreuses à l'avoir adopté.

Au Québec, 16% des entreprises de 50 employés et moins autorisent le télétravail à leurs employés. Ce chiffre gonfle à 31% dans le reste du pays selon les résultats d'un sondage que BMO Groupe financier a publié l'automne dernier.

Différence culturelle ou d'organisation du travail? Selon Simon Bédard, directeur régional, services aux entreprises chez BMO, cette distinction provient avant tout du type de PME qu'on retrouve au Québec.

«Le marché du Québec, de par son moteur économique, est différent du reste du Canada, dit-il. On a plus d'entreprises manufacturières qui demandent à ce que les employés soient sur les lieux de travail plutôt qu'à distance.»

Selon lui, la nature des gestionnaires d'ici, souvent attachés viscéralement à leur entreprise, a aussi son impact. «Les entrepreneurs ont parfois de la difficulté à déléguer du travail aux autres, explique-t-il. Si en plus on leur demande de laisser l'employé travailler de la maison, ça devient un double déchirement pour eux parce qu'ils veulent garder le contrôle sur leurs affaires.»

Il existerait tout de même une composante culturelle à l'équation observée dans le sondage de BMO. C'est ce que croit Diane-Gabrielle Tremblay, professeure spécialisée en gestion des ressources humaines à la Téluq-Université du Québec à Montréal.

«Le monde latin et francophone est à la traîne au niveau du télétravail, affirme-t-elle. En France, les gestionnaires aiment faire de la gestion à vue et fonctionnent beaucoup moins par résultats ou par objectifs comparativement à ceux des pays nordiques et anglo-saxons. On peut donc paraître un peu en retard au Québec, mais dans le fond, c'est peut-être parce qu'on est à cheval entre l'Amérique et la France.»

Délaissé par la grande entreprise

Perçu dans les années 90 comme un mode de travail qui allait marquer les années 2000, le télétravail perd quelques adhérents dans la grande entreprise. Le mois dernier, le géant de l'internet Yahoo! emboîtait le pas à Bank of America en annonçant le rapatriement de ses employés au bureau. Pour ces deux-là, fini le télétravail.

Diane-Gabrielle Tremblay avoue ne pas comprendre la décision des deux organisations. «Je trouve ça complètement ridicule, dit-elle. Ça va à l'encontre de tout ce qu'on voit en gestion de ressources humaines.»

Cette désaffection de la grande entreprise pour le télétravail n'a pas encore été mesurée au Canada. Toutefois, selon BMO, les grandes entreprises sont déjà moins enclines à proposer le télétravail à leurs employés que ne le sont les PME. Alors que 6% des employés de grande entreprise pratiquent le télétravail, la proportion est de 11% dans les entreprises de 50 employés et moins du pays.

Selon Diane-Gabrielle Tremblay, ces chiffres traduisent la plus grande flexibilité des petites organisations, mais aussi les appréhensions des plus grandes entreprises. «Dans les PME, on a moins la crainte du précédent, explique-t-elle. Dans la grande entreprise, si on ne s'est pas complètement engagé à adopter le télétravail, on va être réticent à le permettre à certains employés.»

Qu'il soit délaissé ou non, le télétravail restera toujours une façon par laquelle une entreprise peut se démarquer de ses concurrents selon la spécialiste. «Les horaires flexibles et le télétravail ne coûtent à peu près rien, dit-elle. En contrepartie, ça a des impacts très positifs en termes d'attraction, de rétention des employés.»

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