Sept questions économiques à Philippe Couillard

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«Beaucoup des mesures fiscales sont dirigées vers les petites entreprises. Un des effets pervers, c'est que ça incite les entreprises à rester petites. Il faut identifier les entreprises qui veulent croître rapidement et leur créer des incitatifs», a dit Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec.

Nouvellement élu à la tête du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard propose de réformer le régime fiscal des particuliers, de baisser les impôts si les finances publiques le permettent, d'abolir progressivement la taxe santé et de maintenir les redevances minières au niveau actuel. Entretien économique avec le nouveau chef du PLQ.

Q Que voulez-vous faire avec le fardeau fiscal des Québécois?

R L'objectif, c'est de réduire le fardeau fiscal à mesure que les finances publiques le permettent. [...] Mais il faut avoir une certaine prudence, car on ne connaît pas tous les éléments [d'avenir]. Comme principe fondamental, il faut toujours veiller à assainir les finances publiques en regardant notamment la colonne des dépenses, entre autres la bureaucratie.

Q Vous parlez de faire une réforme de la fiscalité. Que voulez-vous changer?

R Avant tout, il faut préciser que ce sont des propositions aux militants libéraux, pas le programme électoral du parti. Sur la fiscalité des particuliers, il y a plusieurs éléments qui, au fil des ans, ont créé des désincitatifs à l'effort ou au travail, notamment pour les gens avec des revenus moyens et bas. Lorsqu'on atteint 35 000$, il y a une chute du revenu net en raison de la chute des programmes gouvernementaux et de la hausse de l'impôt. C'est très dysfonctionnel comme société, ça maintient les gens dans une trappe, comme dit le fiscaliste Luc Godbout. Nous proposons de créer une commission d'experts qui fera des recommandations, sachant très bien qu'on ne peut pas tout changer en raison de la concordance de certaines mesures fiscales avec Ottawa. La pire chose à faire, c'est de commencer à faire des corrections ponctuelles, car ce sont des gestes ponctuels qui ont mené à tout ça.

Q Et pour la fiscalité des entreprises?

R Environ 50% des taxes sur la masse salariale au Canada sont prélevées au Québec. Une bonne partie des taxes sur la masse salariale est liée à des programmes spécifiques (ex: l'assurance parentale, CSST), mais il y a aussi un bloc important très ancien [le Fonds de santé et des services sociaux] qui est devenu un vaisseau nourricier du réseau de santé. Nous ne voulons pas jouer là-dedans de façon aveugle, mais les entreprises qui créent des emplois pourraient en être allégées [du deuxième bloc]. Aussi, beaucoup des mesures fiscales sont dirigées vers les petites entreprises. Un des effets pervers, c'est que ça incite les entreprises à rester petites. Il faut identifier les entreprises qui veulent croître rapidement et leur créer des incitatifs.

Q Êtes-vous d'accord de hausser les redevances minières et gazières comme le propose le gouvernement Marois?

R Ma crainte d'alourdir les redevances, c'est qu'on fasse l'équation 0 X 0 = 0. On remarque d'ailleurs depuis quelque temps que les entreprises attendent. Le régime actuel (41% en comptant à la fois les redevances et l'impôt sur le revenu) a été bien pensé. Je conseillerais au gouvernement Marois la plus grande prudence avant d'alourdir le fardeau des entreprises minières. Ça ne prend pas grand-chose pour faire basculer une entreprise minière dans le négatif.

Q Que proposez-vous pour encourager l'innovation et l'entrepreneuriat?

R Il faut poser plusieurs actions dans le système d'éducation, à partir du décrochage scolaire jusqu'à l'université, et que nos investissements sont dirigés en R&D et vers l'économie du savoir. Un exemple? En Angleterre, il y a un nouveau crédit d'impôt sur le gain en capital qui favorise le démarrage d'entreprises technologiques. Et finalement, il faut réintroduire des notions de base en économie et en entrepreneuriat au secondaire [pas le cours d'économie au complet] afin de susciter un intérêt pour les entreprises chez les jeunes. Une innovation sans entrepreneur, ça ne donne pas grand-chose.

Q Comment évaluez-vous la performance économique du gouvernement Marois?

R C'est très, très moyen. On a actuellement l'impression d'un Québec dont le développement est ralenti, peut-être même freiné, et je ne voudrais pas voir un recul. Je crains de voir les chiffres de revenus autonomes du gouvernement et de la création d'emplois affectés négativement par les politiques du gouvernement. Il y a énormément d'inquiétude dans les milieux économiques en raison des politiques fiscales, même si on est revenu en arrière. On n'y perçoit pas une attitude très amicale du gouvernement en place.

Q Qu'attendez-vous du budget fédéral aujourd'hui pour le Québec?

R Il faut dissiper l'incertitude quant au transfert des sommes pour la formation de la main-d'oeuvre. J'aimerais que l'entente soit renouvelée. [...] (Le ministre québécois des Finances) M. Marceau a aussi émis des inquiétudes sur le renouvellement du programme d'infrastructures, mais comme le PQ a lui-même freiné les investissements en infrastructures, ils sont dans une position difficile pour demander au fédéral de faire de même.

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