Québec met fin aux projets de minicentrales

Le projet de Val-Jalbert est épargné par la...

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Le projet de Val-Jalbert est épargné par la décision de Québec puisqu'il avait déjà franchi les étapes réglementaires.

(Québec) Après avoir autorisé le controversé projet de Val-Jalbert, la ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet met fin au programme de minicentrales hydroélectriques, de 50 MW et moins.

Six projets sont donc annulés: ceux de la Chute Sainte-Anne, la Chute du Six Milles, la Chute du Quatre Milles, la Centrale Saint-Gabriel, la Onzième chute et du Barrage B Manouane Sipi. La moitié d'entre eux implique des communautés autochtones.

L'électricité devait y être achetée de façon générale à prix plus élevé que le prix moyen d'Hydro-Québec, ce qui transformait cesprojets en pertes nettes, à court terme. «Dans le contexte actuel de surplus énergétique, Hydro-Québec économisera 24 millions de dollars chaque année grâce à cette décision. C'est donc l'ensemble des Québécois qui seront gagnants en évitant des pertes importantes», a affirmé la ministre Ouellet. Ce calcul est basé sur la différence entre le coût estimé d'achat et de vente pour Hydro-Québec.

En vertu de cette logique, le projet de 18,3MW à Val-Jalbert est lui aussi déficitaire, reconnaît Mme Ouellet. Pourquoi ne pas l'annuler? «Ils ont déjà obtenu toutes les autorisations. Nous sommes arrivés au pouvoir en septembre 2012, nous gérons encore la transition. J'ai décidé de mettre mes énergies aux projets qui n'ont pas encore  reçu l'ensemble des autorisations», répond-elle.

Globalement, les six projets annulés constituaient un investissement de quelque 300 millions de dollars. Pour la municipalité et la MRC de la Côte de Beaupré, les redevances promises étaient de 520 000$ par année pendant 20 ans. La municipalité perd à elle seule 65% de cette somme (340 000$), soit 15% de son budget annuel.

«Nous avions un projet qui était pourtant irréprochable du point de vue environnemental. L'impact financier est très important pour nous», a réagi Marc Dubeau, maire de St-Joachim, située dans la MRC de Côte de Beaupré.

Mme Ouellet indique que ces promoteurs pourront être indemnisés en fonction «des dépenses déjà effectuées». De combien? Elle indique que la facture sera «de quelques millions de dollars», sans détenir en main un chiffre plus précis.

Il n'y aura pas de compensation pour les revenus anticipés que ne récolteront pas les municipalités.

Un comité interministériel, supervisé par le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire Sylvain Gaudreault, sera toutefois mis sur pied pour trouver des projets structurants «à court terme» pour ces communautés. Il n'y aura pas de nouvelle enveloppe. «Ce sera à même les fonds existants», confirme Mme Ouellet. Elle n'est pas encore en mesure de chiffrer l'argent. La somme servira à aider les communautés dans les projets qu'elles voulaient financer à partir des revenus des minicentrales.

La ministre ne craint pas de poursuite des promoteurs. «Ils n'avaient pas encore obtenu toutes les autorisations, et c'est la prérogative du gouvernement de prendre des décisions selon l'intérêt des Québécois», dit-elle.

L'économie, un «prétexte fallacieux»?

Simon Gourdeau de la société Hydro-Canyon de Saint-Joachim rapporte qu'environ «six ou sept millions de dollars» ont déjà été dépensés dans le projet de Côte de Beaupré. «La deuxième séance du BAPE était prévue pour la fin février. C'était la dernière étape. Après, il ne manquait que la décision de la ministre. Ça fait trois ans qu'on y travaille à temps plein», rapporte-t-il.  

Il ne comprend pas les arguments de la ministre. «Le gouvernement a signé des contrats à des tarifs beaucoup plus élevés pour d'autres sources d'énergie - en moyenne 11,9 sous en biomasse et jusqu'à 12,5 en éolien. Ça coûte plus cher aux Québécois. Si la décision (de la ministre Ouellet) s'appuie sur des arguments économiques, comme on le lit dans son communiqué, alors va-t-on couper là aussi?», demande-t-il.

Le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Bernard Généreux, est du même avis. «Le prétexte économique invoqué (par Mme Ouellet) me semble un peu fallacieux. Si c'était le cas, pourquoi ne pas faire annuler les autres projets? Surtout que ces mincentrales coûtent moins cher. Il y a un aspect idéologique, on veut plaire aux écologistes», dénonce-t-il.

M. Généreux rappelle que le gouvernement Marois a récemment annoncé son appui au plus important parc éolien au pays dans Charlevoix, de 350 MW. «Ces projets sont beaucoup plus coûteux. Ils sont à plus de 11 sous, alors que pour les minicentrales, c'est moins de 8 sous. Où est la logique économique qu'on invoque?»

Il rappelle que les projets de minicentrale devaient être examinés par le BAPE, et qu'on en aurait donc assuré «l'acceptabilité environnementale et sociale».

Le chef par intérim du Parti libéral, Jean-Marc Fournier, se dit «outré».  «On fait un communiqué pour annoncer que c'est fini... Il y a des régions qui voyaient ces barrages comme étant des outils économiques de leur région. On leur dit: ce n'était pas payant, c'est fini.»

Pas de besoin en énergie

En 2002, le gouvernement Landry avait décrété un moratoire sur les mini-centrales. Le gouvernement Charest y a mis fin. Il alancé des appels d'offres en 2009. Onze projets se sont qualifiés. Cinq projets sont en cours de réalisation, incluant celui de Val-Jalbert. Les autres sont annulés par la décision de Mme Ouellet.

L'automne dernier, la Stratégie énergétique du Québec 2006-2015 rapportait que la justification des minicentrales «n'est pas liée au besoin du Québec en électricité, mais plutôt à la volonté gouvernementale de soutenir le développement régional par le biais d'achat d'électricité».

Les surplus d'énergie coûtent déjà cher au Québec. La facture pourrait s'élever à 4,5 milliards d'ici 2020, a calculé l'Union des consommateurs du Québec. La société d'État prévoit être en surplus jusqu'en 2027.

En décembre, Mme Ouellet indiquait qu'il y avait «une réflexion à faire pour les futurs projets». Plusieurs groupes environnementaux, dont Greepeance, Nature Québec, le Regroupement des conseils régionaux de l'environnement et l'Association de lutte à la pollution atmosphérique, ainsi que Québec solidaire et la Coalition avenir Québec (CAQ), saluent sonannonce. Mais ils lui demandent d'annuler aussi le projet de Val-Jalbert, même s'il a déjà reçu toutes les autorisations. Mme Ouellet n'avait pas hésité à faire la même chose pour la réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2, rappellent-ils. «Dans Gentilly-2, on a dépensé près d'un milliard, mais on a décidé qu'il n'était quand même pas trop tard pour annuler la réfection déjà commencée», rappelle le caquiste François Bonnardel.

«Ces projets n'ont aucune justification écologique, énergétique ou économique, pas plus que celui de Val-Jalbert», renchérit la solidaire Françoise David.

Selon la CAQ, même s'il faut soutenir le développement économique des régions, ce n'est pas à Hydro-Québec de le faire. Les environnementalistes ajoutent qu'on ne peut comparer les minicentrales aux autres énergies renouvelables comme l'éolien, car elles ont un impact sur la biodiversité et les écosystèmes naturels de ces milieux. 

- Avec Francis Vailles

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