Les Québécois sont endettés, mais pas étranglés

La dette hypothécaire comptait pour 72,4% de l'endettement... (Photo Olivier Pontbriand, La Presse)

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Photo Olivier Pontbriand, La Presse

La dette hypothécaire comptait pour 72,4% de l'endettement total des ménages québécois en 2002. Dix ans plus tard, cette part a grimpé à 77%.

Hélène Baril

Leurs dettes augmentent plus vite que leurs revenus, mais les ménages québécois ne sont pas en plus mauvaise posture financière qu'il y a 10 ans.

C'est ce que constatent les économistes de Desjardins, après avoir scruté le poids et la composition des dettes contractées par les Québécois depuis 2002.

Première constatation, tout le monde est beaucoup plus endetté qu'il y a 10 ans, mais le poids de cette dette par rapport aux revenus et aux actifs est pratiquement inchangé.

«Ça veut dire qu'il n'y a pas matière à s'alarmer», explique Hélène Bégin, économiste principale de Desjardins.

La réduction du coût du crédit a compensé les emprunts plus élevés contractés pour acheter une maison, si bien que les Québécois ont les mêmes paiements mensuels. Le risque de défaut de paiement est donc resté stable depuis 2002, tout comme la proportion des prêts en souffrance.

La deuxième constatation des économistes de Desjardins, c'est que les ménages les plus à risque ne sont pas plus nombreux qu'il y a 10 ans. Ceux qui ont les dettes les plus lourdes par rapport à leurs actifs comptent pour 5% du total des ménages, comparativement à 7% en 2002.

Dans l'ensemble, «le poids des dettes par rapport aux actifs continue de correspondre à une situation globalement saine», soulignent les économistes de Desjardins.

Troisièment, selon Desjardins, les ménages les plus endettés sont aussi ceux dont les revenus sont les plus élevés. Même si la situation financière de ces ménages à hauts revenus s'est détériorée depuis 10 ans, ce ne sont pas ceux-là qui ont de la difficulté à joindre les deux bouts.

Le risque: l'emploi

Ce n'est pas la hausse des taux d'intérêt qui menace les ménages québécois, mais plutôt la situation économique, estime Hélène Bégin.

«La croissance économique du Québec ne tient actuellement qu'à un fil, et une détérioration de l'économie américaine pourrait se traduire par des pertes d'emplois majeures», explique-t-elle.

La baisse du prix des maisons est aussi un facteur à considérer à plus court terme, selon elle. «Si le prix des maisons baisse, ça peut devenir problématique pour les refinancements hypothécaires.»

La hausse des taux d'intérêt aura aussi pour effet de fragiliser les ménages les plus endettés, même s'il ne s'agit plus d'un risque à court terme. «C'est encore loin. Les problèmes sont profonds sur le plan de l'économie mondiale, si bien qu'on ne parle pas de hausse de taux avant 2014, et dans la deuxième moitié de l'année.»

Même s'ils ne sont pas au bord du précipice, les Québécois doivent se préparer à une hausse des taux d'intérêt pour tenter d'en limiter les dégâts sur leur train de vie.

La dette hypothécaire comptait pour 72,4% de l'endettement total des ménages québécois en 2002. Dix ans plus tard, cette part a grimpé à 77%.

Il y a 10 ans, cette dette hypothécaire était financée à 90% à taux fixe. Aujourd'hui, c'est moins de 60%.

Les dettes de cartes de crédit ou de marges de crédit pèsent aussi plus lourd dans l'endettement total, ce qui veut dire que toute hausse des taux d'intérêt aura un impact immédiat sur la situation financière des ménages.

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QUI A DES DETTES DE PLUS DE 150 000$?

(Par tranche de revenus)

Moins de 35 000$ : 4%

Entre 35 000$ et 55 000$ : 9%

Entre 55 000$ et 70 000$ : 18%

Entre 70 000$ et 100 000$ : 30%

100 000$ et plus : 39%

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