La CEIC avantage-t-elle les étrangers?

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L'entrepreneur Paul Sauvé

(Montréal) Ce n'est pas facile de continuer de travailler normalement avec tout ce qui se dit à la commission Charbonneau, constatent les constructeurs québécois, qui se heurtent à toutes sortes d'obstacles et s'inquiètent de l'avenir.

En voulant faire le ménage dans l'industrie de la construction, la commission Charbonneau pourrait provoquer un impact inattendu: accélérer l'accès au marché québécois pour les entreprises étrangères.

Selon l'entrepreneur Paul Sauvé, une mécanique est en train de s'installer dans l'industrie de la construction québécoise.

Son point d'origine se trouve chez les grands assureurs, qui se montreraient réticents à soutenir les entreprises dont les noms sont mentionnés à la commission Charbonneau. Privées de leur soutien, ces entreprises se retrouvent incapables de participer aux appels d'offres lancés dans la province.

«L'impact de ça, c'est que vous ouvrez la porte à de gros joueurs de l'étranger qui ne sont pas ici présentement, mais qui vont venir pour combler un vide», a dit M. Sauvé à La Presse Affaires.

Selon lui, le problème vient du fait que bien des entreprises locales peinent à obtenir leur «cautionnement», une garantie souvent octroyée par un tiers. Cette garantie assure au donneur d'ouvrage que l'entrepreneur qui remporte l'appel d'offres fera bien le travail ou qu'il sera dédommagé si un pépin survient.

Les assureurs frileux

«Les assureurs, en ce moment, sont très frileux parce qu'ils ne savent pas comment les dés vont tomber. Ils ont beau avoir les poches suffisamment profondes et l'appétit de vouloir cautionner, ils ont peur de le faire parce qu'ils ont peur de la qualité des acteurs», dit M. Sauvé.

Des institutions financières comme ING, Axa, Aviva, La Garantie ou La Capitale font partie des groupes qui offrent des cautionnements aux entreprises de construction québécoise. Il n'a pas été possible d'obtenir leurs commentaires, hier.

Des entreprises comme l'américaine Kiewit ou les françaises Sintra ou DJL, déjà présentes au Québec, pourraient augmenter leurs parts de marché une fois le ménage fait parmi les entreprises locales, selon plusieurs observateurs. Le marché québécois est d'autant plus convoité que plusieurs grands chantiers comme celui de l'échangeur Turcot ou ceux liés au Plan Nord se dessinent dans la province.

Le départ d'Accurso

De telles inquiétudes sur l'arrivée des entreprises étrangères dans l'industrie québécoise avaient déjà fait surface lorsque Tony Accurso avait annoncé son intention de quitter le monde des affaires et vendre ses multiples entreprises. Malgré le fait que M. Accurso a fait savoir qu'il favorisera les acheteurs québécois, ce sont surtout les entreprises étrangères qui convoitent ces actifs.

«Il faut s'assurer que les remèdes apportés aux problèmes actuels n'entraîneront pas de ventes au rabais d'entreprises de construction et des pertes de contrôle qui pourraient s'avérer dommageables pour l'ensemble des 170 000 travailleurs de cette importante industrie», a écrit récemment à ce propos Gaétan Frigon, président exécutif de Publipage et ex-PDG de la SAQ et de Loto-Québec, dans les pages de La Presse.

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