Pierre Duhaime dans les filets de l'UPAC

Pierre Duhaime à sa sortie du quartier général... (Photo: Olivier Pontbriand, La Presse)

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Photo: Olivier Pontbriand, La Presse

Pierre Duhaime à sa sortie du quartier général de la SQ, mercredi soir.

L'Unité permanente anticorruption (UPAC) a arrêté hier son premier suspect - et non le moindre - dans le cadre de son enquête sur le gigantesque contrat du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Pierre Duhaime, ancien PDG du fleuron québécois SNC-Lavalin, fera face à des accusations de fraude, de complot et d'usage de faux.

Selon nos informations, Pierre Duhaime aurait passé le plus clair de son temps en Europe au cours des derniers mois, mais il possède toujours sa résidence à Dorval. C'est là qu'il se trouvait depuis peu lorsque l'escouade Marteau, bras armé de l'UPAC, lui a mis la main au collet, vers 10h45.

Le mandat d'arrestation précise qu'il est soupçonné d'avoir fraudé le CUSM, qui a confié à SNC-Lavalin la construction de ses nouvelles installations de 1,3 milliard. Les gestes qui lui sont reprochés se seraient échelonnés du 30 avril 2009 au 31 août 2011.

Un autre ancien dirigeant de SNC-Lavalin, Riadh Ben Aïssa, est visé par le mandat. Il n'a pu être arrêté, car il est déjà détenu en Suisse relativement à d'autres soupçons de malversations (voir autre texte).

Autres cibles

M. Duhaime a été transporté au quartier général de la Sûreté du Québec après son arrestation. Il a été interrogé pendant plusieurs heures avant d'être libéré sur promesse de comparaître en cour.

L'enquête est toutefois loin d'être terminée. D'autres cibles demeurent dans le collimateur. Le rôle du Dr Arthur Porter, ancien directeur général de l'établissement, reste à préciser.

Les policiers s'intéresseraient aussi aux informations détenues par Yanai Elbaz, ancien bras droit de Porter au CUSM, qui est au coeur d'un litige avec le centre hospitalier.

Le nom de M. Elbaz a rebondi à la commission Charbonneau, hier, parce qu'il se serait rendu à plusieurs reprises au très sélect club 357c en compagnie de l'entrepreneur Paolo Catania, arrêté par l'escouade Marteau.

Selon une enquête de La Presse, Duhaime et surtout Ben Aïssa ont été mêlés à des paiements irréguliers de 22,5 millions pour obtenir le contrat du CUSM. Les paiements ont été faits par l'entremise de SNC-Lavalin International (Tunisie), précise un rapport de SNC-Lavalin publié en mars.

Ces paiements ont été accordés à une entreprise qui «semble fictive», selon le rapport, et autorisés par Ben Aïssa.

Les juricomptables de SNC se sont dits incapables de préciser les services rendus par cette entreprise, ni même son identité. Le contrat qui est peut-être fictif a été signé en 2009, selon le rapport de SNC. Les accusations de l'UPAC parlent de leur côté d'un contrat signé en mai 2009 avec Sierra Asset Management.

Plusieurs entreprises distinctes portent ce nom dans le monde. La Presse a joint deux d'entre elles, qui n'avaient aucune connaissance de l'affaire.

Les 22,5 millions n'ont pas été versés au Canada. Ils ont plutôt transité en 2010 et en 2011 dans des coquilles situées «dans plusieurs territoires», selon le rapport de SNC.

Toujours selon le rapport, Pierre Duhaime a été mis au courant de ces paiements douteux de 22,5 millions dès 2010. À la fin de 2011, il a également été informé de paiements douteux de 33,5 millions pour deux autres projets non précisés.

SNC-Lavalin a poussé M. Duhaime vers la sortie en mars dernier, en invoquant le fait qu'il avait outrepassé ses pouvoirs en autorisant les paiements douteux.

En septembre 2011, alors qu'il était encore à la tête de SNC-Lavalin, Pierre Duhaime a déclaré qu'il n'était pas nécessaire de tenir une commission d'enquête sur la corruption.

«Il y a plein d'initiatives que le gouvernement a mises en place, et ça commence à donner des résultats. Je ne vois pas ce qu'une commission d'enquête pourrait faire de mieux», a-t-il déclaré devant les journalistes.

L'une des mesures déjà en place à cette époque était l'escouade Marteau, celle-là même qui vient de l'arrêter.

En début d'après-midi, SNC-Lavalin a réitéré qu'elle collabore avec les autorités.

«Aucun comportement non éthique ou acte illégal ne doit être toléré. Quiconque est réputé avoir commis un délit lié à une enquête doit être traduit en justice», a fermement déclaré Leslie Quinton, porte-parole de l'entreprise.

Du côté du CUSM, le porte-parole Richard Fahey a été peu loquace.

«Nous trouvons particulièrement troublantes les affirmations selon lesquelles le CUSM a été victime d'une fraude. Nous continuons de collaborer avec les autorités», a-t-il déclaré.

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OCTOBRE 2008

L'appel de propositions en mode PPP pour le nouveau grand hôpital sur le site Glen est lancé auprès de deux soumissionnaires: le duo SNC-Lavalin/Innisfree et le groupe Obrascon/Decarel.

AVRIL 2009

Le vérificateur Renaud Lachance dénonce la gouvernance du projet et la hausse des estimations de coûts.

MAI 2009

À la demande de Riadh Ben Aïssa, SNC-Lavalin International signe un contrat avec Sierra Asset Management pour l'obtention présumée du contrat du CUSM. Selon un mandat d'arrestation lancé hier, le contrat serait fictif.

16 SEPTEMBRE 2009

Le gouvernement modifie les conditions de financement du projet, ce qui permet d'accepter une proposition non conforme.

19 NOVEMBRE 2009

Les deux consortiums déposent leur proposition financière.

1erDÉCEMBRE 2009

Le gouvernement avise les deux soumissionnaires que leur proposition financière est non conforme, puisqu'elle excède le budget maximum de 1,13 milliard.

13 JANVIER 2010

Le gouvernement modifie les conditions et augmente le budget maximum à 1,34 milliard.

15 MARS 2010

Deux nouvelles soumissions sont déposées.

1erAVRIL 2010

Le comité de sélection choisit le consortium SNC-Lavalin/Innisfree.

DÉCEMBRE 2011

Arthur Porter démissionne de son poste au CUSM quatre mois avant la fin de son mandat.

MARS 2012

SNC-Lavalin annonce que le vice-président Riadh Ben Aïssa a autorisé des paiements douteux de 56 millions de dollars US.

OCTOBRE 2012

La Presse révèle que 22,5 des 56 millions de paiements douteux de Riadh Ben Aïssa, de SNC, auraient servi à l'obtention du projet du CUSM.

28 NOVEMBRE 2012

Pierre Duhaime est arrêté et un mandat d'arrestation est lancé contre Riadh Ben Aïssa, qui est détenu en Suisse dans le cadre d'une autre enquête sur des paiements douteux.

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