Des éoliennes aux portes de Montréal

Hélène Baril

(Montréal) À Saint-Rémi, les meilleures terres agricoles du Québec produisent depuis toujours quantité de brocolis et de choux-fleurs pour alimenter la métropole toute proche. Depuis quelques semaines, elles produisent aussi de l'électricité qui alimente le réseau d'Hydro-Québec.

Le parc éolien dont la construction s'achève aux portes de Montréal produira assez d'énergie pour suffire aux besoins de 10 000 maisons chauffées à l'électricité.

C'est un gros parc: 44 mâts de 100 mètres de haut équipés de turbines allemandes d'une capacité de 2,3 mégawatts chacune, plus puissantes que celles déjà installées en Gaspésie, qui font 1,5 mégawatt.

Cette forêt d'éoliennes a tout de même poussé sans contestation, ce qui est remarquable compte tenu de la vocation agricole du territoire et de la proximité des milieux habités. Juste à côté, à Saint-Valentin, un projet deux fois plus petit a été rejeté par la population (voir autre texte).

Kruger Énergie, le promoteur qui investit 300 millions dans le projet de Saint-Rémi, pense avoir fait son travail correctement. «On a pris le temps d'écouter et de répondre à toutes les inquiétudes», dit Jean Roy, son vice-président principal et chef de l'exploitation.

C'est un long processus, explique-t-il. Le projet de Kruger Énergie est issu de l'appel d'offres lancé en 2005 par Hydro-Québec. Le contrat a été signé en 2008 avec la société d'État et les livraisons d'énergie, déjà commencées, sont prévues pour le 1er décembre 2012.

Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement s'est penché sur le projet. Vingt-et-un mémoires lui avaient été soumis, dont dix-neuf étaient favorables au projet.

Kruger Énergie s'est installée dans une région habitée, mais son projet n'impliquait ni déboisement, ni construction de lignes électriques pour le relier au réseau d'Hydro-Québec, ce qui l'a rendu plus acceptable, selon le promoteur.

Autre facteur, les propriétaires de ces terres fertiles sont des hommes d'affaires aguerris, qui dirigent des entreprises agricoles complexes et qui ont considéré que le projet était dans leur intérêt.

Le promoteur a conclu des ententes avec 6 municipalités et 110 propriétaires fonciers. La compensation versée est plus élevée que le minimum prescrit par le cadre de référence relatif à l'aménagement de parcs éoliens en milieu agricole.

Les municipalités recevront annuellement 11 500$ par éolienne installée sur leur territoire pendant la durée du contrat de 20 ans conclu avec Hydro-Québec. Les propriétaires des terrains recevront également 11 500$ pour chaque éolienne qu'ils hébergent.

Non loin de là...

À quelques kilomètres de Saint-Rémi, dans les villages voisins de Saint-Valentin et de Saint-Cyprien, les promoteurs de deux projets éoliens ont été plutôt mal reçus par la population. L'un d'eux a abandonné et plié bagage, et l'autre pourrait faire de même bientôt.

Enerfin, un promoteur éolien de la région de Thetford Mines, fait face à un recours collectif de la part de citoyens opposés depuis le début à son projet dont la construction est presque terminée.

Qu'est-ce qui fait la différence entre le succès et l'échec d'un projet éolien? Le promoteur, dit Jean-François Samray, président-directeur général de l'Association québécoise de la production d'énergie renouvelable.

La composition du milieu a aussi son importance, selon lui. Des agriculteurs d'expérience ne réagissent pas de la même façon que les néo-ruraux à l'arrivée d'un projet éolien dans leur coin de pays.

Le projet de Saint-Valentin a changé deux fois de propriétaires avant d'être abandonné, rappelle-t-il. «Ça veut dire qu'il n'y avait personne pour répondre aux questions des citoyens», constate-t-il.

À Saint-Valentin, c'est le projet de Canadian Hydro Developers qui a été choisi par Hydro-Québec au terme de l'appel d'offres en 2008. L'entreprise a ensuite été acquise un an plus tard par TransAlta qui, malgré tous ses efforts, n'a pas réussi à rallier assez d'appuis. Le projet a été vendu à Boralex, qui entend le réaliser ailleurs, soit dans la région du Témiscouata.

Un promoteur qui travaille avec le milieu dès le début de son projet et qui en reste propriétaire jusqu'à la fin a toutes les chances de réussir, selon Jean-François Samray. Et c'est ce qui se passe dans la plupart des cas, dit-il.

«Il y a des chiffres qui ne trompent pas. Le tiers des projets des deux premiers appels d'offres d'Hydro-Québec va se construire sans examen du BAPE.»

Les autres projets ont été soumis au BAPE, mais peu sont en difficulté. «C'est la preuve que les promoteurs ont fait leur travail et ont pris en compte les questions de la population», dit le président de l'AQPER.

Les meilleurs d'entre eux n'ont d'ailleurs pas eu de problèmes à se trouver des partenaires lors du dernier appel d'offres d'Hydro-Québec, réservé aux projets communautaires. «Les municipalités ont pris les devants et sont allées voir les promoteurs avec qui elles voulaient travailler. Il y en a d'autres qui n'ont pas entendu le téléphone sonner souvent», illustre Jean-François Samray.

Fin du développement?

Avec les surplus d'électricité qui s'accumulent chez Hydro-Québec, il serait étonnant que le gouvernement québécois donne son accord à d'autres appels d'offres éoliens. L'énergie de source éolienne coûte à Hydro-Québec 10 cents le kilowattheure et ce kilowattheure est facturé à moins de 7 cents aux clients résidentiels.

Jean-François Samray souhaite quand même que le développement se poursuive. Au milieu de 2015, les carnets de commandes des entreprises de la filière éolienne seront à sec.

C'est dans l'intérêt du Québec, selon lui, de supporter cette industrie qui emploie 4000 personnes.

Selon Greenpeace, le potentiel de développement de l'énergie éolienne au Canada est immense. «Les investissements dans l'énergie éolienne créent de bons emplois qui sont verts et protègent l'environnement», affirme Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie de Greenpeace.

PROJET ÉOLIEN MONTÉRÉGIE

PUISSANCE: 100 MÉGAWATTS

COÛT: 300 MILLIONS

FOURNISSEUR: ENERCON (Allemagne) pour les turbines, les pales et les mâts en béton

EMPLOIS: 75 durant la construction et de 8 À 10 pendant la durée du contrat

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