Les hackers contre la corruption à Montréal

À la fin du «hackathon», les participants devront... (Photo : David Boily, archives La Presse)

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Photo : David Boily, archives La Presse

À la fin du «hackathon», les participants devront présenter des applications fonctionnelles permettant de lutter contre la corruption et la collusion.

Philippe Mercure et Philippe Tesceira-Lessard
La Presse

(Montréal) Un outil capable de relier les dons aux partis politiques aux entreprises qui sont derrière. Un autre qui peut traquer les extras sur les contrats municipaux et identifier les entreprises championnes des dépassements de coûts. Un raton laveur actif sur Twitter qui «fouille les poubelles» et renseigne le public sur les antécédents des entrepreneurs en construction.

Les passionnés d'informatique ont accouché de plusieurs outils inédits destinés à lutter contre les malversations lors de l'événement «Hackons la corruption», qui a rassemblé plus de 150 participants ce week-end.

«On est très content des résultats. Je crois qu'on a montré que les citoyens peuvent jouer un rôle important pour améliorer le climat actuel», a commenté Jonathan Brun, cofondateur de Québec Ouvert, l'organisme derrière ce marathon de programmation.

L'événement a reçu l'appui de plusieurs personnalités publiques dont monsieur anti-corruption lui-même, Jacques Duchesneau, et Jean Fortier, ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal. Mathieu St-Amand, attaché politique du ministre Bernard Drainville, ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, était aussi présent.

Hier après-midi, dans un centre communautaire de la rue Amherst, à Montréal, une cinquantaine de cracks de l'informatique mettaient la touche finale à leurs applications.

« Y'a pas beaucoup de bruit, c'est bon signe. Ça veut dire que les gens travaillent», a lancé Jonathan Brun à une heure de l'échéance.

Les organisateurs avaient mis à la disposition des participants une foule de données comme les contrats octroyés par la Ville de Montréal ou de Laval, les dons aux partis politiques ou le registre des entreprises. La plupart des participants avaient déjà commencé à plancher sur leur application bien avant l'événement. Sur place, ils se sont mis en équipe pour recouper leurs efforts.

«Au lieu de simplement chialer, on fait quelque chose», a lancé Josée Plamondon, une bibliothécaire spécialise en bases de données qui a joint une gigantesque équipe de plus d'une dizaine de participants.

En fouillant dans les procès-verbaux des villes de Montréal et Laval, le groupe a développé un outil permettant de suivre l'évolution du prix des contrats municipaux, de l'appel d'offres à la réalisation. L'objectif: traquer les extras et découvrir les entreprises championnes des dépassements de coûts.

Leur projet a raflé le grand prix du jury. Celui-ci a aussi décerné le prix du meilleur projet favorisant l'engagement citoyen à corrupto, un raton laveur actif sur Twitter qui répond aux questions du public sur les antécédents des entrepreneurs. Un outil permettant de suivre les appels d'offres lancés par les gouvernements a raflé le prix de l'application la plus utile aux journalistes.

«La puissance des outils comme ceux qui sont développés ici va donner un levier formidable aux gens qui veulent faire du bien. Si j'avais pu bénéficier de ressources comme ça quand j'étais président du comité exécutif, j'aurais épargné des sommes astronomiques. Le camouflage, ça coûte de l'argent. Et la divulgation, ça en économise», a commenté Jean Fortier.

Le meilleur à venir, selon Duchesneau

Jacques Duchesneau a quant à lui profité de l'événement pour affirmer que les révélations qui ont éclaté jusqu'à maintenant devant la commission Charbonneau ne constituent que la pointe de l'iceberg.

«Continuez à écouter la commission Charbonneau, le meilleur est encore à venir», a-t-il lancé sur place. Il a remercié les organisateurs de «Hackons la corruption» pour leur travail. «Je suis convaincu que vous allez faire avancer les choses», s'est-il réjoui.

Le nouveau député caquiste de Saint-Jérôme a aussi vanté le sérieux de la démarche d'enquête derrière la Commission.

«La commission Charbonneau, avant de faire entendre un témoin, va d'abord rencontrer le témoin, va entendre ce que la personne dit, va faire des enquêtes, va vérifier et va toujours corroborer ce qui a été dit, a-t-il relaté. Trois choses que je remarque de la commission Charbonneau: la rigueur, la rigueur et encore plus de rigueur.»

Jacques Duchesneau a assuré avoir été informé de l'interruption du témoignage de certains témoins de la Commission en raison de l'impossibilité de corroborer leurs allégations.

La commission Charbonneau «est sur la bonne voie «, a-t-il assuré.

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