SNC: les «agents intermédiaires» ne seront pas bannis

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Il y a quelques semaines, Robert Card, nouveau patron de SNC-Lavalin, a acheté, à titre personnel, pour 1 million de dollars d'actions de sa nouvelle entreprise. Il dit aussi avoir commencé des cours de français et promet d'apprendre la langue malgré son horaire chargé.

(Montréal) Ils ont été au coeur des scandales qui secouent SNC-Lavalin (T.SNC) depuis des mois. Mais les fameux «agents» payés pour aider la firme à obtenir certains contrats ne seront pas bannis des pratiques de l'entreprise.

C'est ce qu'a affirmé hier à La Presse le nouveau patron de SNC-Lavalin, Robert Card, lors de sa toute première journée en poste.

«Je ne vois pas de raison de dire: il n'y aura plus d'agents. Ce n'est pas ma façon préférée de faire des affaires et cela pose des risques, mais l'utilisation des agents n'est pas intrinsèquement mauvaise, et il est possible de les utiliser correctement», a dit M. Card.

Ces agents, ou «représentants commerciaux», sont des intermédiaires payés par les entreprises pour obtenir des contrats, faciliter l'obtention de permis ou embaucher de la main-d'oeuvre locale.

Enquêtes

Or, SNC-Lavalin fait l'objet d'enquêtes criminelles relativement à des paiements de 56 millions US dont elle a perdu toute trace et qui ont justement transité par ces fameux agents. Depuis le dévoilement de cette affaire, SNC s'est dotée d'une nouvelle politique sur les agents.

Hier, La Presse a dévoilé des informations selon lesquelles les paiements douteux qui font l'objet d'enquêtes incluent une somme de 22 millions qui aurait servi à obtenir le contrat de construction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), à Montréal.

Le nouveau PDG a refusé de commenter ces informations.

M. Card, de toute façon, affirme avoir été engagé «pour regarder vers l'avant». SNC-Lavalin a en effet déclaré hier que «la réponse aux enquêtes policières continuera d'être du ressort du conseil d'administration et du comité de vérification, laissant notre nouveau président se concentrer sur l'avenir».

Le nouveau patron cite néanmoins l'éthique lorsqu'on l'interroge sur ses priorités. «Il faut que chaque employé comprenne et accepte les valeurs de l'entreprise. Il ne suffit pas d'avoir une série de règles épinglées sur un mur», dit-il.

Refus

M. Card, un Américain qui a dirigé plusieurs divisions de la société de génie-conseil CH2 M Hill Companies, en plus d'avoir été sous-secrétaire du département de l'Énergie des États-Unis, est bien placé pour mesurer les impacts des récentes révélations. Lorsqu'un chasseur de têtes a pris contact avec lui pour diriger SNC-Lavalin, il y a quelques mois, son premier réflexe a été de refuser.

«Honnêtement, je n'avais aucun intérêt, a-t-il confié. À cause des histoires qui venaient d'éclater. J'ai accepté de leur parler seulement dans le but d'en apprendre plus sur l'un de mes concurrents.»

Il affirme que c'est la détermination du conseil à vouloir régler les problèmes qui l'a impressionné et amené à changer d'idée.

Plusieurs analystes, dont Michel Magnan, expert-comptable à l'Université Concordia, estiment qu'il est peu probable qu'une somme de 56 millions ait disparu chez SNC sans que plusieurs employés n'aient été impliqués.

«À ce point-ci, je n'ai aucune raison de croire que la totalité des employés qui sont restés ne sont pas totalement dévoués à faire de SNC une organisation de première classe, dit pourtant M. Card. Et si nous découvrons qu'il y en a plus [de gens impliqués], nous réagirons en conséquence.»

Les documents d'enquête de SNC montrent que le chef des finances de l'entreprise, Gilles Laramée, était au courant dès 2010 du paiement problématique de 22 millions, qu'on soupçonne d'avoir pu être versé pour obtenir le contrat du CUSM.

«Je ne connais pas les détails de ça», affirme le patron, qui dit avoir confiance en son chef des finances. «Si quelqu'un est encore ici, ça doit être parce que le conseil a jugé que, dans l'ensemble, il a fait les bonnes choses.»

À l'étranger

M. Card assure aussi qu'il évaluera chacun des marchés où SNC-Lavalin est présente, pour voir s'il est possible d'y brasser des affaires de façon irréprochable à un coût raisonnable.

«On peut faire des affaires légalement et selon les meilleures pratiques dans tous les pays en mettant en place les bons systèmes de contrôle. Mais il est possible que ces contrôles soient tellement coûteux qu'il ne vaille pas la peine d'être là. Au bout du compte, on peut réduire ça à une question économique», explique-t-il.

Il y a quelques semaines, M. Card a acheté, à titre personnel, pour 1 million de dollars d'actions de sa nouvelle entreprise.

«C'est un engagement. Je fais partie de l'entreprise. Je suis un investisseur», dit-il.

Il dit aussi avoir commencé des cours de français et promet d'apprendre la langue malgré son horaire chargé.

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