Années Charest: un Québec plus endetté

Raymond Bachand...

Agrandir

Raymond Bachand

(Montréal) La dette a grossi plus vite que l'économie. Les déficits ont continué. Non, le ménage annoncé en 2003 dans les finances publiques du Québec n'a pas eu lieu. Mince consolation pour le gouvernement Charest: les économistes lui accordent une meilleure note à son dernier mandat.

«Déjà en 2003, on était relativement endetté et le gouvernement Charest n'a pas été capable de baisser le niveau d'endettement», dit François Dupuis, économiste en chef du Mouvement Desjardins.

À l'arrivée du gouvernement Charest en 2003, la dette brute du Québec était de 133,2 milliards. Bien sûr, elle a augmenté - comme la taille de l'économie québécoise. Lors du dernier budget, elle était chiffrée à 191,7 milliards pour 2012-2013.

Pour évaluer l'état des finances publiques du Québec, la meilleure mesure reste le poids de la dette par rapport à celui de l'économie.

En se basant sur ce ratio, la dette brute du Québec est passée de 53,1% du PIB en 2003 à 51,8% du PIB en 2008 puis à 55,3% du PIB en 2012.

En réalité, la hausse est moins importante puisque Québec a modifié sa méthode de calcul en 2008 afin d'inclure la dette des réseaux de la santé et de l'éducation, un changement comptable qui a fait hausser la dette québécoise de 1,7% du PIB.

Autre unité de mesure intéressante: la «mauvaise dette», ou dette représentant les déficits cumulés pour les habitués. Durant le règne du gouvernement Charest, cette «mauvaise dette» a augmenté de 34,4% du PIB en 2003 à 35,8% du PIB en 2008 pour redescendre à 34,5% du PIB en 2012. Cette dette est passée de 86,3 milliards en 2003 à 119,5 milliards en 2012.

«La dette du Québec est très élevée, dit l'économiste François Dupuis. Ce n'est pas trop préoccupant actuellement parce que les taux d'intérêt sont bas, mais le problème fondamental, c'est qu'on n'a pas de marge de manoeuvre.»

Baisses d'impôt controversées

Au banc des accusés pour cette dette qui n'a pas cessé d'augmenter: les baisses d'impôt de 950 millions par année octroyées lors de la campagne électorale de 2007.

«J'aurais aimé mieux que le gouvernement utilise cet argent pour réduire la dette, dit François Dupuis. L'histoire a montré que le gouvernement n'avait pas les moyens d'offrir les baisses d'impôt. Il a dû ajuster la TVQ et les tarifs gouvernementaux quelques années plus tard.»

Son collègue Carlos Leitao, économiste en chef de la Banque Laurentienne, est moins sévère. «Le moment choisi est discutable, mais c'était important de réduire le fardeau fiscal par rapport au reste de l'Amérique du Nord», dit-il.

«Le gouvernement avait du jeu en 2007 quand il a accordé ces baisses d'impôt. Mais la récession a frappé et il a fallu réinvestir dans les infrastructures», dit l'économiste Pierre Fortin, professeur à l'UQAM et membre de deux comités consultatifs du gouvernement Charest.

«Les baisses d'impôt de 2007 ont profité aux gens plus riches et au haut de la classe moyenne, mais les baisses d'impôt du premier mandat ont profité aux familles avec enfants, particulièrement les familles à plus faible revenu», dit Luc Godbout, professeur de fiscalité à l'Université de Sherbrooke.

Un dernier mandat plus convaincant

Les économistes François Dupuis (Desjardins) et Carlos Leitao (Laurentienne) s'entendent sur un point: au plan économique, le dernier mandat du gouvernement Charest aura été plus convaincant.

Notamment à cause de la stabilité apportée par le ministre des Finances Raymond Bachand, en poste depuis avril 2009. Auparavant, Yves Séguin (un an et neuf mois), Michel Audet (deux ans et deux mois) et Monique Jérôme-Forget (un an et onze mois) s'étaient succédé comme grand argentier du gouvernement Charest.

«Le dernier budget de Monique Jérôme-Forget et les trois budgets de Raymond Bachand ont changé les choses, dit François Dupuis. Avant, on reprenait toujours des budgets annuels sans vision à long terme.»

«Après la crise de 2008, le gouvernement s'est distingué avec des mesures budgétaires innovatrices et efficaces, dont une feuille de route concrète pour revenir à l'équilibre budgétaire», dit Carlos Leitao.

François Dupuis reste toutefois déçu du gouvernement Charest d'avant la crise de 2008. «Nous avons manqué des occasions pour dégager des surplus», dit François Dupuis.

Carlos Leitao donne une meilleure note au gouvernement Charest, surtout qu'il a dû s'adapter à une nouvelle méthode de calcul de la péréquation, durant son premier mandat. «Étant donné les circonstances, on pouvait difficilement faire mieux», dit-il.

L'Institut économique de Montréal, un organisme de recherche associé à la droite, et l'Institut de recherche en économie contemporaine, un organisme de recherche associé à la gauche, n'ont pas pu commenter hier le bilan économique du gouvernement Charest.

LE DÉFICIT

SOLDE BUDGÉTAIRE (au sens de la loi)

Depuis les élections de 2003: déficit de 12,0 milliards, moyenne de 1,2 milliard par année

Depuis les élections de 2008: déficit de 11,1 milliards, moyenne de 2,7 milliards par année

SOLDE BUDGÉTAIRE CONSOLIDÉ (en tenant compte du Fonds des générations)

Depuis les élections de 2003: déficit de 7,1 milliards, moyenne de 714 millions par année

Depuis les élections de 2008: déficit de 7,9 milliards, moyenne de 1,97 milliard par année

LA DETTE

DETTE BRUTE (la dette du gouvernement + ses obligations aux régimes de retraite de ses employés)

En 2003: 133,2 milliards, 53,1% du PIB

En 2008: 157,6 milliards, 51,8% du PIB

En 2012 : 191,7 milliards, 55,3% du PIB

DETTE REPRÉSENTANT LES DÉFICITS CUMULÉS (dette brute actifs du gouvernement)

En 2003: 86,3 milliards, 34,4% du PIB

En 2008: 109,1 milliards, 35,8% du PIB

En 2012 : 119,5 milliards, 34,5% du PIB

Notes: Le gouvernement du Québec a modifié ses règles de calcul du déficit budgétaire en 2006-2007. Il a aussi modifié ses règles de calcul de la dette en 2008-2009. Pour 2003, il s'agit des informations pour l'année financière 2003-2004, soit la première année financière du gouvernement Charest, élu en mars 2003. Pour 2008, il s'agit des informations pour l'année financière 2009-2010, soit la première année financière après la réélection du gouvernement Charest en décembre 2008. Pour 2012, il s'agit des informations pour l'année financière 2012-2013, soit le dernier budget du gouvernement Charest en mars dernier.

Source : ministère des Finances du Québec

Partager

La Presse Affaires vous suggère

publicité

publicité

publicité

publicité

image title
Fermer