Un «Plan Sud» pour Montréal

Rudy Le Cours
La Presse

(Montréal) Le déploiement du Plan Nord peut stimuler l'activité économique de la métropole du Québec. Mais il lui faut bien plus pour jouer son rôle de moteur économique.

«La richesse créée par le Plan Nord pourrait avoir un effet de levier appréciable qui permettrait de financer les politiques nécessaires à la mise en place d'un Plan Sud», estime Mario Lefebvre, économiste au Conference Board du Canada.

Dans une étude intitulée Un «plan Sud» pour faire de Montréal la métropole qu'elle devrait être, M. Lefebvre rappelle que les grands centres urbains sont des ensembles où convergent les agents économiques. Il incombe aux autorités de donner des ressources et des infrastructures aptes à leur faire remplir pleinement ce rôle essentiel.

Or, «Montréal affiche un bilan économique bien inférieur à celui des autres RMR (régions métropolitaines de recensement) canadiennes, constate-t-il. De 1987 à 2011, la croissance annuelle moyenne de l'économie de la RMR de Montréal s'est chiffrée à 1,8% contre 2,4% pour le Canada dans son ensemble».

Pour redresser la situation, l'économiste propose un plan stratégique qu'il dénomme Plan Sud. Il comporte sept chantiers: rétablir la santé financière, mieux intégrer les immigrants qu'il faut continuer d'attirer, stimuler l'investissement, gouverner de manière transparente, soutenir les grappes industrielles, commercialiser la recherche et intégrer le développement régional.

Ces idées ne sont pas nouvelles et M. Lefebvre n'en fait pas mystère. Comme le fait le Conference Board depuis des années, il insiste sur le financement adéquat des municipalités sur qui les échelons supérieurs de gouvernement ont déchargé plusieurs responsabilités, sans transférer les crédits pour les financer.

«Pour en revenir à Montréal, citons par exemple les coûts très élevés qu'ont entraînés les événements du printemps 2012 au seul titre de la sécurité publique», note-t-il.

Plus d'argent pour la police, c'est autant de moins pour les infrastructures ou les autres services publics. C'est pourtant essentiel.

L'économiste rappelle que chaque dollar dépensé en plus dans le stock de capital public permet aux entreprises d'économiser en moyenne 17 cents par année en coûts de production. «Pour avoir une économie florissante, Montréal doit présenter une infrastructure adéquate, souligne-t-il. Il reste beaucoup à faire, surtout dans le réseau routier et le transport collectif.»

M. Lefebvre mise beaucoup aussi sur l'investissement direct étranger pour dynamiser l'économie. Il ne traite cependant pas de la question de la compétitivité des coûts unitaires de main-d'oeuvre (CUMO). (Les CUMO sont désormais plus élevés au Canada qu'aux États-Unis, ce qui pèse dans la décision de donner un nouveau mandat à une filiale canadienne.)

À propos des grappes industrielles, M. Lefebvre y va d'une suggestion intéressante: si on veut éviter le dispersement des travailleurs hautement spécialisés licenciés par les centres de recherche, il faudrait que les gouvernements favorisent la création, de concert avec l'industrie la création de plateformes susceptibles de servir par exemple «à la formation de consortiums de développement des médicaments».

L'économiste déplore le trop peu de brevets déposés par les chercheurs canadiens et la faible capacité canadienne de les commercialiser. Il propose de s'inspirer de l'approche britannique qui permet aux entrepreneurs de déduire jusqu'à la moitié de leur investissement dans une entreprise en démarrage dans des secteurs névralgiques. Londres permet en outre à l'investisseur de déduire la totalité de leur gain en capital lors de la cession de leur investissement.

Pareille initiative revient cependant à Ottawa et Québec. «N'oublions pas que le Québec et le Canada se tourneront de plus en plus vers leurs grandes villes pour soutenir la concurrence mondiale, conclut-il. Il est donc grand temps de donner à celles-ci toutes les chances de réussir.»

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