Pétrole de l'Ouest: des avantages pour le Québec

Hélène Baril

(Montréal) Le Québec aurait avantage à remplacer une partie du pétrole qu'il consomme par du pétrole de l'Ouest, notamment en lui permettant de garder les deux seules raffineries qui lui reste, et les emplois qui vont avec.

La raffinerie d'Ultramar à Lévis et celle de Suncor à Montréal seraient les principales bénéficiaires du projet d'Enbridge de renverser le flot de son pipeline pour acheminer du pétrole de l'Ouest vers les marchés de l'Ontario et du Québec, ce qui leur donnerait accès à du pétrole moins cher que le pétrole importé.

«Ça nous donnera accès à du pétrole de meilleure qualité que celui que nous importons actuellement, et à meilleur prix», explique le porte-parole d'Ultramar, Michel Martin.

Ultramar et Suncor sont deux des clients qui ont déjà fait connaître leur intérêt à Enbridge, propriétaire du pipeline.

Prix d'achat plus élevé

Actuellement, la raffinerie de Lévis et celle de Suncor à Montréal traitent uniquement du pétrole importé, qui se vend entre 20$US et 30$US plus cher que le pétrole de l'Ouest.

Cet écart dans le prix des approvisionnements diminue grandement leur rentabilité comparativement à leurs pairs ailleurs au Canada et aux États-Unis, qui ont accès au pétrole moins cher du Canada et du Dakota-du-Nord.

L'écart persistant entre le pétrole importé, dont le prix est aligné sur le Brent de la mer du Nord, et le pétrole canadien et américain a déjà fait quelques victimes parmi les raffineries de l'Est. Hier, la Pétrolière Impériale (Esso) a annoncé la mise en vente de sa raffinerie de Darmouth, en Nouvelle-Écosse, parce que sa rentabilité est insuffisante.

Si aucun acheteur ne s'y intéresse, Esso pourrait fermer sa raffinerie et conserver uniquement un terminal pétrolier, comme Shell l'a fait à Montréal en 2011.

La raffinerie de Suncor à Montréal, qui a la capacité de traiter 137 000 barils de brut par jour, pourrait remplacer entre 20 000 et 60 000 barils par jour de pétrole importé par du pétrole qu'elle produit en Alberta, selon l'entreprise.

À Lévis, Ultramar pourrait remplacer 40% des 265 000 barils de brut par jour qu'elle traite par du pétrole de l'Ouest.

Aucun investissement majeur ne serait requis pour traiter ce pétrole, a précisé le porte-parole d'Ultramar. Le pétrole épais tiré des sables bitumineux est prétraité en Alberta avant d'être envoyé dans les pipelines, ce qui donne un produit synthétique, facile à traiter dans les installations existantes.

«Ces pétroles bruts synthétiques se comparent avantageusement en termes de composition et de qualité à ceux actuellement utilisés; ils sont en fait moins lourds et moins sulfureux», a expliqué Michel Martin.

Baisse à la pompe?

L'accès à du pétrole moins cher permettrait aux raffineries d'améliorer leur sort, mais le prix à la pompe ne baisserait probablement pas. S'il baisse, ce ne sera pas de beaucoup, estime Mathieu d'Anjou, économiste chez Desjardins.

L'accès à du pétrole moins cher servira surtout les raffineurs du Québec et de l'Ontario, qui restaureront leur marge de profit avant d'en faire profiter les automobilistes, estime-t-il.

Selon lui, le renversement du pipeline est logique, parce qu'il permet aux raffineurs de diversifier leurs sources d'approvisionnement et aux producteurs canadiens d'atteindre un nouveau marché.

L'incertitude qui entoure la réalisation des projets de pipelines Keystone XL, vers les États-Unis, et Northern Gateway, vers l'Asie, pousse les producteurs canadiens à trouver d'autres consommateurs pour leur pétrole au Québec et en Ontario.

Enbridge entend dépenser 300 millions pour renverser le flot d'un tronçon de son pipeline connu sous le nom de ligne 9. Une partie de ce projet, entre Sarnia et Westover, en Ontario, est actuellement examiné par l'Office national de l'énergie. L'autre partie, entre Sarnia et Montréal, devra aussi passer cet examen et recevoir l'approbation de l'Office national de l'énergie (ONE).

Malgré l'opposition des environnementalistes, notamment au Québec, le projet devrait être approuvé puisqu'il n'implique aucune nouvelle construction. En outre, le pipeline construit dans les années 70 a déjà coulé vers l'est, jusqu'à la fin des années 90. La ligne 9 a été inversée parce que le pétrole importé était plus fiable et plus économique, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

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