Un Québécois sur cinq manquera d'argent à la retraite

Ce sont davantage les riches qui semblent se... (Photo Bernard Brault, archives La Presse)

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Photo Bernard Brault, archives La Presse

Ce sont davantage les riches qui semblent se diriger vers un mur à la retraite.

(Montréal) Selon une étude de la firme de consultation McKinsey & Company dévoilée ce matin, 23% des Canadiens et 21% des Québécois seront incapables de maintenir leur rythme de vie à la retraite. Et plus les gens sont riches, plus ils seront nombreux à devoir se serrer la ceinture à la retraite pour boucler leur budget. «Il ne faut pas être alarmiste, mais le quart des gens devra se réveiller et épargner davantage», dit le coauteur de l'étude Claude Généreux, associé au bureau montréalais de McKinsey & Company.

Au Québec, 37% des ménages avec un revenu annuel brut de 140 000$ et plus devront réduire leur rythme de vie à la retraite, comparativement à 30% des ménages gagnant 90 000$, 19% des ménages gagnant 60 000$, 9% des ménages gagnant 40 000$ et 6% des ménages gagnant 20 000$ et moins.

Selon les calculs de McKinsey, les ménages gagnant jusqu'à 30 000$ par année doivent compter à la retraite sur environ 80% de leur revenu pour maintenir leur rythme de vie.

Pour les ménages gagnant plus de 30 000$, ce ratio de revenu de remplacement est d'environ 65%.

McKinsey n'a pas tenu compte dans ses calculs des actifs immobiliers (maison, condo) des ménages. En ajoutant 30% de la valeur nette de leur maison, le pourcentage des Canadiens incapables de maintenir leur rythme de vie à la retraite diminuerait seulement de 23% à 19%.

Comme ce sont davantage les riches qui semblent se diriger vers un mur à la retraite, Claude Généreux doute que la solution passe uniquement par des régimes publics plus généreux. «Une partie des gens plus riches n'épargne pas assez, dit M. Généreux. Voulons-nous que tous les contribuables paient pour que les riches puissent garder leur rythme de vie à la retraite ou est-ce plutôt une question d'épargne personnelle?»

McKinsey propose quatre solutions pour faire diminuer de moitié (de 23% à 11%) le nombre de Canadiens qui devront se serrer la ceinture à la retraite. Primo, instaurer un REER automatique pour chaque employé (ex: 2% du salaire) avec droit de retrait, comme c'est le cas en Grande-Bretagne et en Nouvelle-Zélande. Aussi, encourager les gens à épargner davantage (+1,5%) et à retarder leur retraite (+3,5 ans). Et finalement, hausser les contributions au Régime des rentes du Québec (+2,0%). Ensemble, ces quatre mesures réduiraient de 23% à 11% le nombre de gens qui auront un manque à gagner à la retraite, selon les calculs de McKinsey. «Il n'y a pas de solution magique, plutôt plusieurs solutions modérées», dit Claude Généreux.

L'étude de McKinsey ne tient pas compte de la décision du gouvernement Harper de faire passer l'admissibilité à la Pension de vieillesse de 65 ans à 67 ans. Ce changement touchera plus durement les futurs retraités moins riches.

Les propriétaires de maison plus disciplinés

Conclusion étonnante à première vue: 43% des locataires ne pourront boucler leur budget à la retraite, comparativement à seulement 12% des propriétaires de maison. Et pourtant, les actifs immobiliers n'ont pas été considérés dans le calcul des revenus de retraite. «À revenu égal, les gens qui ont une hypothèque épargnent davantage en vue de leur retraite car ils ont une discipline d'épargne», dit Fabrice Morin, consultant chez McKinsey et coauteur de l'étude.

Pour ce projet qui a duré 18 mois, McKinsey & Company a réalisé, avec l'aide d'une firme de sondage, une enquête auprès de 10 000 Canadiens qui lui ont fourni les détails de leur situation financière. «Nous ne trouvions pas de source publique complète et exhaustive de la situation financière des Canadiens», dit Claude Généreux. McKinsey a ensuite fait des simulations sur les habitudes de consommation des répondants selon les données de Statistique Canada. La firme de consultation a fait des hypothèses en fonction de plusieurs taux de rendement. Avec un taux de rendement réel (après inflation) de 3,5%, l'hypothèse de base retenue, 23% des Canadiens devront se serrer la ceinture à la retraite. La proportion des Canadiens dans cette situation varie entre 27% et 20% selon le taux de rendement réel (entre 1,5% et 5,5%).

McKinsey & Company arrive sensiblement à la même conclusion que deux économistes de la Banque TD en juin 2010: 20% et 25% des retraités canadiens, particulièrement ceux de la classe moyenne sans régime privé de pension, ne font pas assez d'argent pour maintenir leur rythme de vie sur le marché du travail. La TD estimait que Statistique Canada devait faire des études plus approfondies avec ses données. Avec son étude, McKinsey & Company a commencé une partie du travail.

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La retraite en chiffres

21%: pourcentage des Québécois qui seront incapables de maintenir leur rythme de vie à la retraite, selon les calculs de McKinsey

80%: seuil de revenu à la retraite nécessaire pour les ménages gagnant moins de 30 000$ afin de maintenir leur rythme de vie

65%: seuil de revenu à la retraite nécessaire pour les ménages gagnant plus de 30 000$ afin de maintenir leur rythme de de vie

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