Secteur manufacturier à Montréal: l'hémorragie se poursuit

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Transcontinental a annoncé mardi la fermeture de l'imprimerie... (Photo Robert Skinner, La Presse)

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Transcontinental a annoncé mardi la fermeture de l'imprimerie Rivière-des-Prairies Quad Graphics au 8000, avenue Blaise-Pascal vers le 30 juin.

André Dubuc
André Dubuc
La Presse

(Montréal) Mardi a été une journée catastrophique pour le secteur manufacturier à Montréal. Transcontinental (T.TCL.A) a annoncé la fermeture d'une usine dans l'est de la ville entraînant la perte de 250 emplois, tandis qu'Aveos, qui fait l'entretien des avions d'Air Canada, se mettait en faillite et remerciait 1800 employés. Les mesures du budget Bachand seront-elles suffisantes pour stopper l'hémorragie qui afflige le secteur manufacturier?

«Pas à court terme, c'est sûr. Le budget annonce des mesures bien alignées avec les intérêts des manufacturiers, mais ce sont des petites mesures. On ne parle pas ici d'une grande initiative pour relancer le secteur manufacturier», dit Simon Prévost, président de Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ).

L'économiste de formation se réjouit particulièrement du crédit d'impôt de 10% sur les taxes sur la masse salariale pour les travailleurs âgés, dans un contexte de rareté de la main-d'oeuvre.

Transcontinental a annoncé mardi la fermeture de l'imprimerie Rivière-des-Prairies Quad Graphics au 8000, avenue Blaise-Pascal vers le 30 juin. L'imprimeur cherche à maximiser le taux d'utilisation de ses installations à la suite de l'acquisition de six anciennes usines de Quebecor World. D'autres rationalisations sont à prévoir. La société prévient que l'annonce d'hier marque le début de l'intégration de ces six usines. En 2011, Transcontinental avait supprimé 200 emplois, dont 90 à l'imprimerie Gagné de Louiseville.

Imprimeur et éditeur, Transcontinental est frappé de plein fouet par le déclin de l'imprimé. La société avait annoncé la suppression de 1500 emplois en 2009, en réaction à la récession. Les fonds publics ou parapublics étaient venus à la rescousse de la famille Marcoux. La Caisse et le Fonds FTQ avaient avancé chacun 100 millions. L'ex-SGF avait aussi allongé 50 millions.

«On sait que l'imprimé n'est pas en croissance, on accepte cela. On a développé par ailleurs une offre de services dans les nouveaux médias. Notre stratégie est de renforcer nos acquis dans l'imprimé et l'édition tout en bâtissant les nouveaux marchés pour nos clients», a confié François Olivier, PDG de TC Transcontinental, à notre chroniqueur Jean-Philippe Décarie la semaine dernière.

Ces nouveaux marchés sont le marketing, la diffusion et la distribution internet. Ce secteur représente 10% des revenus annuels, soit 200 millions. Transcontinental veut augmenter ce pourcentage à 15% ou 20% d'ici cinq ans.

Pour une politique industrielle intégrée

Dans ce contexte, que doit-on espérer des mesures annoncées dans le budget Bachand à l'intention des manufacturiers? «Il n'y a pas un budget qui va empêcher les mises à pied chez Transcontinental, répond Simon Prévost. Il s'agit d'une question de gestion interne, de surcapacité de production et d'évolution de la demande de leurs produits. D'ailleurs, Transcontinental en achetant un concurrent a peut-être évité la fermeture de six usines, au lieu de deux, car, à ma connaissance Quad Graphics n'en voulait pas d'installations canadiennes.»

Dans le budget de mardi, le gouvernement propose une aide supplémentaire à l'exportation incluant une entente de 600 000$ sur trois ans entre Export Québec et MEQ. Il entend aussi mettre en place un crédit d'impôt remboursable pour aider les PME à diversifier leurs marchés à l'exportation. Six millions seront consacrés aux technologies de l'information au sein des PME. Il met de l'argent pour augmenter l'offre de formation professionnelle. Des mesures plus senties cherchent à stimuler les exportations dans le vêtement, la forêt et l'agroalimentaire. Le ministre élargit l'application du crédit d'impôt pour l'investissement au secteur de la transformation du minerai.

Pour M. Prévost, quoique appropriées ces mesures ne rendent pas moins urgente l'élaboration d'une politique industrielle intégrée qui réduira les taxes sur la masse salariale - les plus élevées au pays- et assurera une meilleure adéquation entre la formation de la main-d'oeuvre et les besoins en emploi. La part du manufacturier dans l'économie québécoise est passée de 22,9% en 2000, à 16,1% en 2011.

«J'ai des témoignages de chefs d'entreprise québécoise de moyenne taille qui reçoivent des offres mirobolantes de la part des autorités d'États américains pour y déménager leurs activités», dit Simon Prévost.

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EN CHIFFRES

Population totale (2011)

Agglomération 1 886 481

Nombre d'emplois

Février 2012

930 000

Taux de chômage À montréal / Février 2012 / 9,2% - QUÉBEC 8,4% - CANADA 7,4% Source : Statistique Canada

La fabrication de produits fournit 155 670 emplois dans l'agglomération de Montréal, par rapport à 522 335 dans l'ensemble du Québec.

Secteur et nombre d'emplois

Aliments + de 14 000

Boissons et produits du tabac + de 4100

Usines textiles environ 3500

Vêtements environ 20 000

Produits chimiques environ 11 000

Produits informatiques et électroniques + de 10 400

Matériel de transport 16 900

Source: Ville de Montréal et La Presse Affaires (chiffres de 2009 et 2011)

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