Mile-End: convoité, mais pas par tous

Isabelle Massé et Maxime Bergeron
La Presse
Claude Gilbert, associé en transactions à la firme PricewaterhouseCoopers, en doute. «Les services professionnels, dont les cabinets d'avocats, préfèrent encore les tours du centre-ville, avance-t-il. Les entreprises de la nouvelle économie, elles, ça ne leur dérange pas d'être sur le fringe.»
Même son de cloche chez la firme Smith Vigeant Architectes, sise au 5605, de Gaspé. «Ça dépend du type de pratique, estime Daniel Smith. Pour du corporatif, les avocats vont vouloir rester au centre-ville. Mais pas forcément des spécialistes en technologies de l'information.»
Les centaines de milliers de pieds carrés disponibles constituent un grand atout du Mile-End, souligne Jean Laurin, président de la firme immobilière Newmark Knight Frank Devencore. Il s'agit d'un des rares endroits à proximité du centre-ville où l'on trouve encore de si gros blocs d'espaces contigus, de 40 000 à 100 000 pieds carrés, note-t-il.
«Ce sont presque des monstres industriels, ces bâtisses-là, mais de l'intérieur, plusieurs offrent un environnement de travail assez attrayant pour des entreprises qui ne veulent pas être dans une tour du centre-ville», dit M. Laurin.
Chose certaine, le profil des locataires du Mile-End change. La présidente de l'agence de relations publiques Bicom Communications, du 5455, de Gaspé a remarqué une métamorphose. Instituée notamment par Allied Properties, propriétaire de l'immeuble.
«Je vois qu'on veut réévaluer les baux, tasser les shops et retaper les corridors, dit Marie-Noëlle Hamelin. On vise les entreprises qui veulent prendre des étages complets. Je ne crois pas qu'on me signerait si j'arrivais avec trois employés aujourd'hui.»
Plus gros locataire du 5455, de Gaspé, Attraction (50 000 pieds carrés sur deux étages) a été reçu à bras ouverts par l'ancien propriétaire du bâtiment, Cancorp. «Nos conditions sont avantageuses, dit Richard Speer, président et chef de la direction. On a eu des incitatifs. Le propriétaire nous a aidé dans les rénovations.»
Parallèlement, les très petits locataires, artistes pour la plupart, se sentent exclus de la revitalisation du secteur (voir autre texte). Leur départ semble inévitable, pour certains. «Même si on ne le souhaite pas, confie Michel Rousseau, associé de Groupe Rousseau Lefebvre, du 5605, de Gaspé, qui a des bureaux d'architectes de paysage à Laval, Gatineau et Québec également. On a vécu ça quand le maire L'Allier a voulu revamper le quartier St-Roch. L'artiste va chercher encore moins cher.»
«Ce serait le fun de préserver les petits studios, qui font le charme du coin, dit Richard Speer. Il y a une vibe qu'on ne ressent pas partout. On comprend pourquoi des Arcade Fire, Sid Lee et Moment Factory viennent de Montréal quand on se promène ici.»
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