L'économie du savoir en mutation au Québec

L'aéronautique constitue désormais le joyau québécois de l'économie... (Photo Érick Labbé, Archives Le Soleil)

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Photo Érick Labbé, Archives Le Soleil

L'aéronautique constitue désormais le joyau québécois de l'économie du savoir, mais il traverse une période difficile et des nuages se profilent.

(Montréal) En l'espace d'une décennie à peine, l'économie québécoise du savoir s'est beaucoup transformée. Certes, l'aéronautique a supplanté les technologies de l'information dans la valeur des exportations, faillite de Nortel oblige, mais ce n'est que le phénomène le plus apparent.

«Le savoir est dans toutes les sphères d'activité, ce qui rend l'expression «économie du savoir» un peu caduque, constate Joëlle Noreau, économiste principale à Desjardins qui vient de signer un dossier fouillé dans le dernier numéro de Perspective. L'économie du Québec se modernise sans contredit et il faudra mettre au point de nouveaux indicateurs pour saisir encore mieux ce mouvement.»

Historiquement, l'économie du savoir était avant tout associée aux segments de l'aéronautique, de la pharmaceutique et des technologies de l'information et des communications (TIC), trois sources d'exportations.

C'est moins vrai aujourd'hui où la conception et la fabrication de matériel médical et optique sont, par exemple, devenues une industrie à part entière.

En outre, la manipulation de concepts est de plus en plus requise même dans des secteurs traditionnels, comme la foresterie ou l'extraction minière. La plupart des emplois proposés dans ces secteurs exigent des compétences accrues et on y embauche davantage de diplômés que de décrocheurs.

Mme Noreau signale que, sur les 441 400 emplois créés de 2000 à 2009 au Québec, la moitié ont été comblés par des détenteurs de diplômes universitaires, dont 48 300 avaient des maîtrises ou des doctorats. Parallèlement, le nombre de travailleurs sans études secondaires terminées a diminué de 39 100. Le vieillissement y est pour quelque chose, mais les changements structurels de l'économie aussi.

«Un des indicateurs de l'économie du savoir est la progression de l'emploi dans les services professionnels, scientifiques et techniques», note toutefois Mme Noreau.

Elle signale que l'emploi dans ces services a progressé de 28,9% au Canada, à hauteur de 1,2 million, de 2000 à 2009. C'est au Québec où la poussée a été la plus forte: 40,3%. Avec tout près d'un quart de million de travailleurs, le Québec est bon deuxième derrière l'Ontario qui en emploie plus d'un demi-million.

La conception de systèmes informatiques

Dans ce vaste ensemble, la conception de systèmes informatiques retient le plus fort contingent. Là encore, c'est au Québec où il a grossi le plus vite.

Pour que ces services continuent de progresser malgré une concurrence féroce à l'échelle mondiale, il faut investir en recherche et développement (R-D). À ce chapitre, le Québec fait bonne figure puisque son ratio de dépenses en R-D en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) est le plus élevé des 10 provinces.

Il arrive toutefois derrière l'Ontario, si on exprime l'effort en dollars par habitant: 971$ comparativement à 914$, selon les données de 2007, les plus récentes disponibles.

Si les hautes technologies se répandent rapidement dans la sphère des services, elles demeurent encore très porteuses dans la production de biens destinés à l'exportation.

La R-D reste capitale et elle permet des percées essentielles et encourageantes. En nanotechnologies, par exemple, «l'industrie québécoise a déjà une exclusivité à son actif, la cellulose nanocristalline», signale Mme Noreau. Domtar vient d'ailleurs d'annoncer la construction d'une usine pilote à Windsor, porteuse d'espoir pour l'industrie forestière.

Le Québec n'est pas à court d'atouts dans les TIC, malgré le démantèlement de Nortel et la disparition d'équipementiers après l'éclatement de la technobulle. Une étude de KPMG a démontré que les coûts d'exploitation sont chez nous inférieurs de 25% à ceux d'une entreprise de même taille établie aux États-Unis, de 9% inférieurs à la moyenne canadienne.

C'est dans le multimédia où le Québec a consolidé sa niche avec plus de 550 entreprises connues en 2008. Mais la concurrence reste forte et l'Ontario fait tout pour attirer des entreprises, susceptibles de compenser le déclin de son industrie automobile.

L'aéronautique constitue désormais le joyau québécois de l'économie du savoir, mais il traverse une période difficile et des nuages se profilent. Les commandes reçues par le Brésilien Embraer et les déceptions de Bombardier pour sa CSeries au Salon aéronautique de Farnborough sont là pour en témoigner. On pourrait ajouter que les derniers succès de Bombardier avec ses turbopropulseurs et ses Global Express sont une bonne nouvelle pour l'Ontario où ils sont assemblés.

L'industrie pharmaceutique aussi aura des défis, avec l'expiration prochaine de plusieurs brevets détenus par des usines québécoises et la défaveur du capital-risque pour les biotechnologies.

«Le Québec n'est pas hors du bouillonnement qui nécessite un rehaussement des connaissances, des produits et des activités économiques, et ce, partout dans le monde, conclut Mme Noreau. Toutefois, la question reste entière sur la vitesse à laquelle il doit le faire: voudra-t-il être au coeur ou suivre l'effervescence?»

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