La Caisse saigne: presque 40 milliards perdus

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Fernand Perreault et Pierre Brunet... (Photo: Patrick Sansfaçon, La Presse)

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Photo: Patrick Sansfaçon, La Presse

Fernand Perreault et Pierre Brunet

(Montréal) 39,8 milliards de dollars. Ce sont les pertes encourues par la Caisse de dépôt et placement du Québec l'an dernier, alors que le bas de laine des Québécois a été durement affecté par la crise du papier commercial et les soubresauts des marchés boursiers.

Après des mois de spéculations, la Caisse a dévoilé l'ampleur de ses pertes pour l'année 2008 ce matin en conférence de presse. L'an dernier, le bas de laine des Québécois a vu ses actifs perdre 25% de leur valeur. Les grandes caisses de retraite canadiennes ont perdu en moyenne 18,4%, selon l'indice Banque Royale/Dexia. La Caisse figure ainsi au quatrième et dernier rang quartile des caisses de retraite. Sur trois ans, le rendement de la Caisse est de -3,2%, ce qui place l'institution au 4e rang quartile des caisses de retraite. Sur cinq ans, il est de 3,1%, ce qui laisse l'institution au troisième rang quartile.

Si la Caisse a connu une année plus difficile que ses pairs, c'est surtout parce qu'elle a investi massivement dans le papier commercial adossé à des actifs (PCAA), un véhicule d'investissement supposément sûr qui comprenait notamment des hypothèques à risque mais dont la valeur a chuté en raison de la crise immobilière américaine.

La Caisse détient 12,6 milliards de papier commercial, soit le tiers du PCAA au Canada, et a perdu 4 milliards avec ces titres l'an dernier.

L'année 2008 aura été de loin la pire année de l'histoire de l'institution fondée en 1966 par le gouvernement de Jean Lesage. Avant aujourd'hui, la Caisse n'avait jamais perdu plus de 9,6% en une année, en l'occurrence en 2002. La Caisse avait perdu 5,6% en 1974 et 5% en 2001, deux autres années médiocres.

L'aventure du papier commercial entachera le bilan à la barre de la Caisse d'Henri-Paul Rousseau, président et chef de la direction entre 2002 et 2008, ainsi que celui de son dauphin Richard Guay. Le tandem Rousseau-Guay avait permis à la Caisse de battre son rival ontarien Teachers' (le régime de retraite des enseignants ontariens) en 2006 et 2007.

La décision de miser massivement sur le papier commercial est toutefois revenue hanter la Caisse en 2008. Plus conservatrice, Teachers' n'a pas été exposé à la crise du papier commercial. Le régime de retraite ontarien dévoilera ses résultats financiers seulement le 2 avril prochain, mais il est d'ores et déjà acquis qu'il aura largement le meilleur sur la Caisse en 2008.

Un sujet chaud au plan politique

Les déboires de la Caisse ont été un sujet chaud lors de la campagne électorale provinciale l'automne dernier. Autant le Parti québécois que l'Action démocratique du Québec ont demandé à connaître l'état des finances de la Caisse. La Caisse a refusé de devancer le dévoilement de ses résultats, une décision applaudie par le gouvernement Charest.

Par surcroit, le nouveau président et chef de la direction de la Caisse, Richard Guay, a dû partir en congé de maladie en pleine campagne électorale. Après avoir passé la moitié de son mandat de quatre mois en congé de maladie, Richard Guay a démissionné comme président et chef de la direction de la Caisse en janvier. Il a été remplacé sur une base intérimaire par Fernand Perreault, un vieux routier de l'institution jusque là responsable des actifs immobiliers. La Caisse s'est donnée jusqu'au mois de juillet afin de trouver un successeur définitif à Richard Guay.

Selon La Presse, le gouvernement Charest fera bientôt le ménage au sein du conseil d'administration de la Caisse. Le mandat de plusieurs membres, dont celui du président du conseil Pierre Brunet, est échu.

Peu importe ce que l'avenir leur réserve, les dirigeants actuels de la Caisse devront revenir dans l'arène politique prochainement, peut-être même dès la semaine prochaine, afin d'expliquer leur gestion dans le dossier du papier commercial.

Plus tôt cette semaine, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a demandé une enquête indépendante du vérificateur général du Québec sur la gestion de la Caisse. La ministre des Finances Monique Jérôme-Forget veut plutôt convoquer les dirigeants de la Caisse en commission parlementaire dès la semaine prochaine. Selon La Presse, la ministre des Finances aurait l'intention de convoquer aussi l'ancien président et chef de la direction de la Caisse Henri-Paul Rousseau, maintenant chez Power Corporation du Canada.

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