Bell-Astral «étoufferait toute concurrence», selon PKP 

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Pierre Karl Péladeau

(Montréal) Un «monstre qui va tuer nos entreprises». Un «point de non-retour» qui «étoufferait toute concurrence». Pierre Karl Péladeau ne manque pas de qualificatifs pour dénoncer l'achat d'Astral par Bell. Mais pour que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) se rende à ses arguments, Pierre Karl Péladeau a présenté une analogie culinaire au nouveau président du CRTC Jean-Pierre Blais.

«Une fois que l'omelette est faite, vous ne pouvez plus séparer les oeufs. Aucune entreprise canadienne ne serait en mesure de concurrencer la puissance de Bell une fois la transaction approuvée», dit Pierre Karl Péladeau, qui demande le «rejet pur et simple» de la transaction.

Apôtre de la convergence, à la tête du plus important conglomérat médiatique au Québec, le président et chef de la direction de Québecor a plaidé hier pour la diversité des voix médiatiques. «Une acquisition n'a jamais comme conséquence d'améliorer le sort d'une industrie, dit M. Péladeau. Ça participe à la logique d'un monopole.»

Si Québecor s'oppose à la transaction avec autant de vigueur, c'est que Bell-Astral deviendrait à son avis le plus important conglomérat de télécoms au monde, toutes proportions gardées. «Dans aucun pays au monde, il n'y a une masse aussi importante dans deux marchés linguistiques en diffusion et en télécoms», dit Pierre Karl Péladeau, qui a dépeint Bell et Astral comme deux anciens monopoles n'ayant pas perdu leurs vieux réflexes.

Dicter ses volontés

Selon Québecor, Bell-Astral serait assez imposant pour dicter ses volontés tant pour l'achat d'émissions de télé que de publicité. TVA dit avoir perdu récemment de cette façon les droits du Masters de golf, que Bell a récupérés en français pour RDS en négociant ceux de TSN en anglais. «Ce pattern contractuel se reproduira», dit Pierre Karl Péladeau. «En publicité, le marché québécois va être donné en boni au marché anglophone, dit Pierre Dion, président de TVA. Perdre de l'argent à court terme peut être intéressant pour Bell-Astral s'ils éliminent un concurrent à long terme.»

«N'auriez-vous pas fait la même chose à leur place?» a demandé le président du CRTC, Jean-Pierre Blais. «C'est une question très hypothétique, car nous ne faisons pas de préférence indue», a répondu Pierre Karl Péladeau.

Le président du CRTC est revenu à la charge. «La perception à votre égard, c'est que vous êtes aussi un géant dans votre marché qui veut maximiser la valeur de son entreprise, dit-il. Certains diront qu'Astral et Bell veulent faire la même chose.» Pierre Karl Péladeau n'est pas d'accord. «Le précédent (Bell-Astral) serait une domination des marchés anglophone et francophone. Bell pourra assoiffer les télés généralistes qui n'ont que la publicité comme source de revenus. Il faut aller plus loin que les perceptions», dit-il. Québecor utilise-t-il les mêmes tactiques commerciales qu'elle prête à Bell-Astral? «Aucunement, dit Pierre Karl Péladeau. Nous sommes une entreprise responsable et attentive à nos obligations de détenteurs de licences.»

PKP vante Radio-Canada

À l'échelle du pays, Pierre Karl Péladeau a rappelé que la taille de Bell-Astral «effleurerait le seuil de concentration du conglomérat de Silvio Berlusconi en Italie.» Le président du CRTC Jean-Pierre Blais s'est dit «étonné» de cette comparaison, basée sur une étude des pays du G8 qui ne tient pas compte des diffuseurs publics. «Vous voyez pourtant Radio-Canada comme un concurrent?» a-t-il demandé. Pierre Karl Péladeau a esquivé la question. «J'ai beaucoup d'estime pour Radio-Canada qui fait un très bon travail en information, dit-il. C'est un concurrent financé par l'État et ça vaut la peine de réfléchir à tout ça pour s'assurer de la pérennité des diffuseurs privés.»

Pierre Karl Péladeau demande au CRTC de rejeter la transaction Bell-Astral en entier. Et si le CRTC permettait à Bell d'acquérir les chaînes francophones d'Astral tout en gardant sa taille actuelle au Canada anglais? «Le président de Bell a lui-même dit que c'était take it or leave it (à prendre ou à laisser)», a dit M. Péladeau. Un rare consensus entre les deux plus grands rivaux des télécoms au pays.

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