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Bell-Astral: les dessous du projet «Annabella»
Il y a un an, alors qu'ils étaient en train de conclure une autre transaction historique au Canada anglais (l'achat de CTVglobemedia pour 3,2 milliards), la réalité frappe les dirigeants de Bell: ils doivent avoir une «étoile» pour concurrencer Quebecor au Québec.
Il n'y a qu'une seule «étoile» de cette envergure disponible au Québec: Astral Media et ses lucratives chaînes spécialisées francophones. Ayant confiance en leur bonne étoile, les dirigeants de Bell nomment leur projet d'acquisition «Aurora» (pour aurore boréale en anglais). Il y a toutefois un problème: le propriétaire de l'aurore boréale, Ian Greenberg, n'a pas envie de s'en départir. Pas pour l'instant.
Au début de l'automne, M. Greenberg se met à consulter sa famille - qui possède 63% des droits de vote - et son conseil d'administration. Lui aussi se rend à l'évidence: il a 70 ans et aucun successeur au sein de la famille Greenberg. En décembre, il fait savoir à ses interlocuteurs que les négociations peuvent commencer, ont indiqué à La Presse Affaires plusieurs sources au courant du dossier. Et Astral, qui discute ferme pour acheter V, fait savoir à la famille Rémillard qu'elle a d'autres priorités à court terme.
Les négociations seront émotives pour le grand patron d'Astral Media. À l'interne, le projet de vente de l'entreprise sera désigné par le nom Annabella. Un clin d'oeil à l'acquéreur potentiel (Bell), mais surtout à sa mère Annie Greenberg. Car Astral Media, c'est un hommage à sa mère Annie Greenberg. Au décès de leur mère en 1961, les quatre frères Greenberg décident de fonder une entreprise pour souder leur famille même s'ils n'ont pas d'argent, parce qu'ils proviennent d'un milieu modeste. Ils nomment l'entreprise «Angreen» en l'honneur de leur mère. En 1961, Angreen était un service photo dans les Miracle Mart. En 2012, l'entreprise a été achetée pour 3,38 milliards de dollars.
Rogers et le tandem Cogeco-Corus étaient intéressés à divers degrés à Astral. Avec autant de rivaux en lice, Bell est forcée d'augmenter son offre. En gardant toujours une idée en tête: à prix égal, Ian Greenberg choisira Bell, qui aura à se départir de moins d'actifs (quelques stations de radio au Canada anglais) pour respecter les règles de concentration de presse du CRTC. Au final, Bell aura payé une prime de 38% sur le cours de l'action.
Il y a deux semaines, les négociations se corsent. Rogers et Cogeco/Corus réalisent que Ian Greenberg vendra très prochainement. Des trois acteurs intéressés, c'est Bell et Rogers qui ont les poches les plus profondes. Quebecor décide de rester sur les lignes de côté. Selon les règles du CRTC, une entreprise ne peut posséder un réseau de télé généraliste, une radio et un quotidien dans une même ville, ce qui empêche Quebecor (déjà propriétaire de TVA et du Journal de Montréal) de faire son entrée en radio à Montréal.
Mardi dernier, les discussions sont assez avancées pour que le grand patron de Bell, George Cope, quitte précipitamment Londres où il rencontrait des investisseurs pour rentrer d'urgence à Montréal. Il faut notamment régler les frais d'annulation de la transaction, la meilleure police d'assurance en cas de surenchère. Mercredi en fin d'après-midi, George Cope et Ian Greenberg se serrent la main dans la salle de conférence du bureau d'avocats Stikeman Elliott. Il y a entente de principe. Ian Greenberg recevra une prime supplémentaire pour ses actions et siégera au C.A. de Bell.
Après les courtes célébrations d'usage, tout le monde rentre à la maison ou à l'hôtel. Les avocats passent la journée de jeudi à finaliser les documents, dûment signés le même jour en fin d'après-midi. Les deux conseils d'administration avalisent ensuite l'entente.
Un an de négociations et un chèque de 3,38 milliards plus tard, Annabella fait partie de Bell. Et Ian Greenberg a une pensée pour sa mère Annie. Celle qui a élevé ses huit enfants dans un modeste logement de trois pièces au centre-ville de Montréal. Celle qui est morte en 1961 alors que Ian n'avait que 19 ans, mais qui n'a jamais cessé de l'inspirer dans sa gestion des affaires.
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