Entrevue avec Morgan Housel: un optimiste dans la grisaille

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«Sur le plan du pouvoir d'achat, ajusté au coût de la vie des pays respectifs, les Américains sont cinq fois plus riches que les Chinois, dit Morgan Housel. Et même si la croissance est plus lente aux États-Unis, c'est encore là que se trouve l'innovation. »

Auteur, chroniqueur financier au populaire site The Motley Fool, diplômé en économie de l'Université de la Californie du Sud, Morgan Housel s'est bâti une réputation comme journaliste à contrecourant au cours des dernières années. Son travail s'est retrouvé dans The Best Business Writing 2012, recueil publié par l'Université Columbia, dans lequel on peut aussi lire Paul Krugman, Martin Wolf et Matt Taibbi. La Presse a joint le jeune homme de 29 ans chez lui, à Bellevue, près de Seattle.

Q Dette record, chômage élevé, faillites municipales... Bien des nouvelles économiques émanant des États-Unis depuis quelques années sont négatives. Pourtant, vous rejetez ce pessimisme ambiant. Pourquoi?

R Avoir trop de dettes est toujours un problème, car cela nous enchaîne au passé. Mais je pense que les gens ignorent à quel point les États-Unis ont fait des progrès à cet égard. La dette totale, publique et privée, a diminué chaque année depuis 2008, lorsqu'on l'examine en relation avec le produit intérieur brut (PIB). En relation avec les revenus, les paiements des ménages alloués à la dette de consommation sont au plus bas niveau depuis le début des années 80. C'est ironique - mais c'était à prévoir - que les gens se soient mis à parler du problème de la dette au moment où celle-ci commençait à diminuer.

Q Posez la question à des étudiants de dernière année, aux États-Unis ou ailleurs, et les chances sont bonnes pour qu'ils soient d'avis que le siècle américain est derrière nous, que le XXIe siècle appartient à la Chine. Êtes-vous d'accord?

R Je suis d'accord, jusqu'à un certain point. En fait, demandez à ces mêmes étudiants où ils aimeraient mieux vivre - aux États-Unis ou en Chine - et je parie que 99% vont choisir les États-Unis. Cela va au-delà des barrières de la langue. Sur le plan du pouvoir d'achat, ajusté au coût de la vie des pays respectifs, les Américains sont cinq fois plus riches que les Chinois.

Et même si la croissance est plus lente aux États-Unis, c'est encore là que se trouve l'innovation. Sur les produits Apple, on peut lire: «Conçu en Californie, assemblé en Chine». Demandez aux étudiants de faire un choix entre ces deux étapes de la fabrication pour leur carrière. Je pense que vous connaissez déjà la réponse.

La population en âge de travailler est déjà en train de diminuer en Chine, alors qu'elle est en croissance aux États-Unis. Cela dit, je crois qu'il ne fait aucun doute que le niveau de vie en Asie va croître bien plus vite que le niveau de vie en Amérique. En ce sens, le XXIe siècle pourrait appartenir à l'Asie. Mais je pense que les États-Unis vont être le meilleur endroit où habiter sur la planète pour des décennies à venir.

Q On entend beaucoup parler d'une nouvelle vague pour l'industrie manufacturière américaine. Pensez-vous que cela aura un impact déterminant?

R Oui! C'est mené par trois facteurs. Les frais de transport entre l'Asie et l'Amérique sont beaucoup plus élevés qu'avant. Les salaires en Asie ont grimpé plus vite que la productivité, alors que le phénomène inverse s'est produit aux États-Unis. Et le gaz naturel aux États-Unis coûte une fraction du prix que les gens paient ailleurs. Mettez tout cela ensemble, et vous avez un avantage concurrentiel important. Ces tendances sont à l'opposé de ce à quoi nous faisions face il y a 10 ans.

Q Vous semblez attiré par les gens qui pensent à contre-courant, comme Charlie Munger, Mohnish Pabrai, Burton Malkiel, etc. Quand avez-vous commencé à vous intéresser à leurs travaux?

R Je me suis intéressé à eux quand j'ai réalisé qu'ils avaient raison, alors que la masse, ou l'opinion populaire, était généralement dans l'erreur. Si vous voulez devenir un grand joueur de basketball, étudiez Michael Jordan. Un grand golfeur, étudiez Tiger Woods. Et si vous voulez devenir un grand investisseur, vous devriez étudier des gens comme Warren Buffett, Charlie Munger et Mohnish Pabrai.

Q Que lisez-vous comme publications?

R Ma routine: le Wall Street Journal, le New York Times, le Financial Times, le Washington Post, le Los Angeles Times, Bloomberg, Reuters, et environ une douzaine de blogues que je suis de près. Le blogue Calculated Risk est l'un d'eux. Le blogue Farnam Street est aussi une excellente source. Je passe beaucoup de temps à lire les études économiques et les recherches universitaires.

Q Est-ce qu'un livre vous a marqué?

R Pour moi, l'élément le plus important de la crise financière est que si peu de gens (moi y compris) l'ont anticipée. Cela m'a mené au livre Expert Political Judgment, de Philip Tetlock. Il a réalisé ceci: la vaste majorité des experts ne peuvent pas plus prédire l'avenir qu'un pot à café. Pire, la plupart des experts ne réalisent pas qu'ils sont aussi mauvais dans leurs prédictions, ou à tout le moins ne semblent pas s'en formaliser, parce que les médias ne les tiennent pas responsables. L'économie globale est bien trop compliquée pour que nous puissions dire: «Si on fait X, cela va produire Y.» Nous n'avons aucune idée de ce qui va se passer.

Pour suivre Morgan Housel sur Twitter: @TMFHousel

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