Comprendre les écarts de productivité au Québec

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«Une politique d'investissement au Québec qui rendrait sa productivité du capital identique à celle du Canada (à travers l'accumulation d'un stock de capital approprié) ne permettrait pas d'obtenir une productivité du travail égale à celle du Canada», soutiennent même Yves Richelle et Henri Thibaudin, économistes chez Dameco, entreprise liée à l'Institut de recherche en économie contemporaine.

Rudy Le Cours
La Presse

Si la productivité des entreprises québécoises est plus faible, ce n'est pas tant à cause d'investissements plus faibles que des différences structurelles entre les sociétés du reste du Canada et elles.

«Une politique d'investissement au Québec qui rendrait sa productivité du capital identique à celle du Canada (à travers l'accumulation d'un stock de capital approprié) ne permettrait pas d'obtenir une productivité du travail égale à celle du Canada», soutiennent même Yves Richelle et Henri Thibaudin, économistes chez Dameco, entreprise liée à l'Institut de recherche en économie contemporaine.

Dans Les déterminants de l'investissement et la productivité du travail au Québec, ils établissent deux sources de différence structurelle dont toute politique publique devrait tenir compte après avoir repris le constat selon lequel le niveau d'investissement privé est plus faible au Québec qu'ailleurs au Canada.

La première est de nature technologique et s'explique peut-être par la taille relativement plus petite des entreprises québécoises. Elles sont aussi souvent situées dans des régions éloignées, ce qui ne leur permet pas de profiter autant de ce que les auteurs appellent des «externalités d'agglomération» dont peuvent tirer parti des entreprises situées dans des endroits plus densément peuplés.

La deuxième tient au poids relatif de telle ou telle industrie dans les deux économies, ce qui peut fausser la mesure quand on agrège les données.

Les auteurs pensent que les entrepreneurs québécois choisiront plus souvent d'embaucher que d'investir en machinerie et en outillage, ce qui explique que la productivité du travail serait plus faible au Québec qu'ailleurs au pays. Ce choix peut être dicté par des coûts de main-d'oeuvre moins élevés, surtout en région.

Il s'ensuit une productivité plus faible au Québec, celle-ci étant définie comme la valeur de la production attribuée à chaque travailleur durant une période donnée.

Les auteurs préviennent cependant qu'il faut aller au bout de cette logique: si la productivité du travail est jugée trop faible par rapport à celle du Canada, cela signifie en même temps que la productivité du capital serait trop élevée. Et à l'inverse, si la productivité du travail est forte hors Québec, il s'ensuit que celle du capital y est plus faible.

Cette distinction peut avoir des conséquences lorsque l'État doit créer des programmes en matière de fiscalité: amortissement accéléré des investissements, taxes sur la masse salariale, subventions à certains types d'embauches, etc.

Les auteurs suggèrent donc de poser le problème de productivité autrement: «Pourquoi la structure industrielle est différente au Québec et au Canada plutôt que pourquoi les entreprises québécoises ont une productivité du travail plus faible que les entreprises canadiennes?»

Dans leurs prochaines recherches, ils tenteront d'y répondre en considérant l'aspect régional de la production industrielle.

C'est à suivre...

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