La Banque du Canada va justifier son statu quo

Marck Carney, gouverneur de la Banque du Canada.... (Photo archives La Presse Canadienne)

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Marck Carney, gouverneur de la Banque du Canada.

Rudy Le Cours, analyse
La Presse

Il y a peu à attendre du nouveau scénario économique de la Banque du Canada qui sera rendu public ce matin à 10h, sinon qu'il prenne acte de l'atonie automnale.

Sans surprise non plus, les autorités monétaires annonceront aussi la reconduction à 1% du taux cible de financement à un jour, en place depuis septembre 2010. Il s'agit du plus long statu quo en 50 ans qui, selon toute vraisemblance, va se prolonger au moins jusqu'à l'automne.

Cela n'empêchera pas toutefois l'équipe dirigée par Mark Carney de réitérer l'avertissement en place depuis l'automne: «Au fil du temps, une réduction modeste de la détente monétaire sera probablement nécessaire, de façon à atteindre la cible d'inflation de 2%.»

En temps normal, pareil avertissement sous-tend que le taux d'inflation oscille bien près des 2% et que la tendance indique que, si rien n'est fait, le coût de la vie se rapprochera des 3% sur un horizon de six à huit trimestres.

Ces pressions inflationnistes sont, toujours en temps normal, causées par une croissance soutenue qui pousse l'économie à fonctionner à son plein potentiel, voire légèrement au-delà.

Or, il n'en est rien.

En novembre, l'indice des prix à la consommation (IPC) progressait au rythme annuel de 0,8% seulement, soit en deçà de la fourchette d'oscillation de 1% à 3% visée par la Banque. Son indice de référence, qui exclut de l'IPC ses huit composantes les plus volatiles comme les prix des fruits et légumes, de l'essence, du gaz naturel ou du transport interurbain, trottait à seulement 1,2% en novembre.

La faible inflation n'est pas non plus due à une brutale appréciation du huard. Il s'est maintenu légèrement au-dessus de la parité depuis octobre, comme la Banque l'avait présumé.

C'est du côté de l'essoufflement de l'expansion que réside l'explication. La Banque avait tablé sur une croissance annualisée de 2,5% durant l'automne. Les indicateurs publiés à ce jour penchent plutôt pour un rythme deux fois plus lent, bien que le volume des ventes des manufacturiers, des grossistes et des détaillants en novembre aient surpris par leur vigueur.

Il sera bien difficile aussi à l'économie d'avancer de 2,6% durant les trois premiers trimestres de 2013, étant donné le ralentissement marqué de la construction résidentielle et des mesures d'austérité qu'Ottawa et les provinces adoptent pour retrouver l'équilibre budgétaire.

Le pronostic d'expansion de l'économie de 2,3% cette année, faite en octobre, paraît bien optimiste. Le consensus des prévisionnistes est plutôt de 1,5% à 2,0%, ce vers quoi le nouveau scénario des autorités monétaires devrait se rapprocher.

Bref, l'écart entre l'expansion réelle et le potentiel de croissance, lui-même estimé par la Banque à 2,1% cette année, ira grandissant plutôt que diminuant, tout au moins jusqu'au deuxième semestre.

Tout cela milite pour un assouplissement, mais la Banque tient à indiquer que le statu quo monétaire sera ultimement brisé par le haut.

Pour ceux qui en doutent, le premier sous-gouverneur Tiff Macklem, que d'aucuns voient succéder à Mark Carney le 1er juin, a réitéré il y a quelques jours à peine que la Banque pourrait hausser ses taux d'intérêt «à un niveau plus élevé que la situation ne le justifierait autrement» afin stabiliser le niveau d'endettement des ménages qui l'inquiète beaucoup.

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