La création d'entreprises en plein marasme

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Le taux d'entrepreneuriat calculé par la BDC se situe à 0,23% au Québec, en plein sur la moyenne nationale. Il est de 0,22% en Ontario

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Les Canadiens accusent depuis longtemps un retard par rapport aux Américains en matière de création d'entreprises. Or, un nouvel indice calculé par la Banque de développement du Canada montre que la situation, loin de s'améliorer, se dégrade. Le taux d'entrepreneuriat est en plein déclin au pays et chute systématiquement chaque année depuis 2005.

Les spécialistes se montrent à la fois surpris et inquiets d'une telle glissade.

«Trois ans après la fin de la récession, on s'attendait à ce que l'indice soit plus élevé, surtout que l'économie canadienne a des performances relativement bonnes», dit Pierre Cléroux, vice-président à la recherche et économiste en chef à la Banque de développement du Canada (BDC).

Selon lui, les conséquences d'un tel déclin sont sérieuses.

«Les nouvelles entreprises amènent plusieurs dimensions à la croissance économique. Elles représentent une source importante d'innovation, puisque les gens démarrent généralement des entreprises parce qu'ils ont de nouvelles idées. Elles créent aussi de l'emploi et amènent une nouvelle compétition sur le marché qui force toutes les entreprises à s'améliorer», dit l'économiste.

«C'est très, très, très préoccupant», juge aussi Louis-Jacques Filion, titulaire de la chaire d'entrepreneuriat Rogers-J.-A.-Bombardier à HEC Montréal.

«Une économie qui crée plus de nouvelles entreprises est une économie plus flexible, explique M. Filion. Elle s'ajuste beaucoup plus rapidement aux changements. Les gens qui créent de nouvelles entreprises sont toujours à l'avant-garde, ils sont en avant de la parade. Quand ils sont moins nombreux, ça veut dire qu'on est moins à la fine pointe de ce qui se fait.»

Pour évaluer le nombre de nouveaux entrepreneurs au pays, la BDC a compté les Canadiens qui sont devenus travailleurs indépendants et qui ont embauché des employés. Ces gens comptaient pour 0,3% de la population en 2005. Ils ne sont plus que 0,23%.

Seuls les citoyens de la Colombie-Britannique, historiquement les plus entreprenants du pays, ont connu un petit regain de fibre entrepreneuriale depuis la fin de la récession. Partout ailleurs, les taux plongent ou stagnent, et ce, malgré la reprise économique. Le taux calculé par la BDC se situe à 0,23% au Québec, en plein sur la moyenne nationale. Il est de 0,22% en Ontario.

On peut certes se réjouir de voir le Québec combler son retard historique par rapport au Canada, dit Jules Cossette, chef de la recherche pour la Fondation de l'entrepreneurship. Mais l'homme rappelle que les intentions de se lancer en affaires demeurent plus faibles au Québec que dans le reste du Canada (8% contre 11,8%) et que les propriétaires d'entreprise sont aussi significativement moins nombreux dans la province.

«Il faut demeurer vigilant et continuer de mettre en oeuvre des actions ciblées», dit M. Cossette.

Les pénuries de main-d'oeuvre qui touchent plusieurs secteurs de l'économie canadienne freinent peut-être les travailleurs dans leur désir de se lancer en affaires, croit Louis-Jacques Filion, de HEC Montréal.

«Le Canada est à court de 200 000 ouvriers spécialisés, note-t-il. Dans une économie où le marché du travail absorbe facilement la main-d'oeuvre, il est logique de voir moins de gens prendre le risque de se lancer en affaires.»

L'explication semble d'autant plus pertinente que c'est le secteur de la construction qui génère le plus d'entrepreneurs, là où règne justement une pénurie de main-d'oeuvre. Suivent ensuite les secteurs de l'hébergement et de la restauration.

L'étude de la BDC confirme par ailleurs le fait bien documenté que les immigrants se lancent beaucoup plus en affaires que les Canadiens nés ici (taux de 0,35% contre 0,20%).

«On peut penser que quelqu'un qui prend la décision de quitter un pays pour s'installer dans un autre est plus porté sur le risque que la moyenne», dit à ce sujet Pierre Cléroux, de la BDC.

Il s'explique cependant moins bien pourquoi le taux d'entrepreneuriat demeure deux fois plus faible chez les femmes que chez les hommes.

«Il y a 20 ans, on se disait que dans 20 ans, ce serait 50-50. C'est loin d'être cas, et je crois que ça devrait donner lieu à des études supplémentaires», dit-il.

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