La dette canadienne attire les prêteurs

L'Espagne, dont la dette équivaut à 72% de la taille... (PHOTO ALBERT GEA, ARCHIVES REUTERS)

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L'Espagne, dont la dette équivaut à 72% de la taille de son PIB, n'a pratiquement plus accès aux marchés, au moment où elle doit encore emprunter 50 milliards d'euros d'ici la fin de l'année. Sur la photo, le siège social de la banque Catalunya Caixa, à Barcelone.

Rudy Le Cours
La Presse

(Montréal) Tandis que les coûts d'emprunt de l'Espagne sont désormais prohibitifs, le Canada n'a éprouvé aucune difficulté hier à se financer sur les marchés financiers.

L'émission de 2,6 milliards d'obligations venant à échéance en juin 2023 a facilement trouvé preneur puisque le taux de couverture a atteint 2,26 fois la valeur de l'émission. L'adjudication s'est faite à un taux moyen de 1,705%. Le 6 juin, le Canada avait consenti un taux de 1,765% pour une émission semblable.

Sur le marché secondaire, une obligation canadienne venant à échéance en 2022 donnait un rendement d'à peine 1,59%, hier, car les étrangers en sont friands. Ils en ont acheté pour 16,7 milliards de dollars en mai, selon Statistique Canada.

Le Canada parvient à vendre sa dette très chère, même si son marché est petit si on le compare à ceux des États-Unis, du Royaume-Uni, du Japon ou de l'Allemagne, où les investisseurs aiment se réfugier en périodes de grandes incertitudes comme celle que nous traversons.

Quatre raisons expliquent cet avantage, selon Jimmy Jean, économiste principal chez Desjardins. Le Canada jouit de finances publiques plutôt saines, son économie est en expansion, la politique monétaire de sa banque centrale fonctionne sans actionner la planche à billets et son gouvernement majoritaire est garant d'une stabilité politique. Pour couronner le tout, «même si la remontée éventuelle des taux mettra de la pression à la baisse sur le prix des obligations, cet effet sera en partie compensé par la réduction des montants émis dans les prochaines années, notamment au niveau fédéral», rappelle-t-il.

Selon les données du budget fédéral, la dette fédérale s'élève cette année à quelque 600 milliards, ce qui représente 34,4% du produit intérieur brut (PIB) canadien. En outre, pour venir en aide aux institutions financières durant la récession, Ottawa leur avait acheté à escompte des titres adossés à leurs créances hypothécaires d'une durée maximale de cinq ans. Il avait emprunté plus de 50 milliards pour ce faire. Les titres viendront à échéance en 2013-2014. En touchant le principal et les intérêts de ces titres dès le prochain exercice financier, Ottawa pourra réduire d'autant sa dette.

Voilà pourquoi il est un des rares pays dont le crédit bénéficie toujours de la plus haute note avec perspective stable, accordée à la fois par les agences Moody's, Standard&Poor's et Fitch Rating.

Plus tôt cette semaine, Moody's a fait passer de stable à négative la perspective de la dette publique de l'Allemagne, des Pays-Bas et du Luxembourg en raison de l'aggravation de la crise européenne. Au printemps, elle avait fait de même avec la dette de la France et de l'Autriche, susceptibles d'être décotées plus tard cet été. Seule la Finlande conserve la note Aaa avec perspective stable dans la zone euro, selon l'évaluation de Moody's.

De son côté, Standard&Poor's a ramené en août dernier de AAA à AA" la note de crédit des États-Unis dont la dette atteint désormais 100% de la taille de son économie tandis que le ratio du déficit budgétaire sur la taille du PIB est parmi les plus élevés des économies avancées.

Cela est considéré comme des niveaux dangereux, susceptibles de compromettre la croissance à long terme et de faire grimper leurs coûts d'emprunt... quand les déséquilibres de l'économie mondiale menaceront moins de la replonger en récession.

La plupart des autres pays ne bénéficient pas de la confiance aveugle des prêteurs, même si le poids de leur dette publique et de leur déficit budgétaire est plus faible.

Ainsi, l'Espagne, dont la dette équivaut à 72% de la taille de son PIB, n'a pratiquement plus accès aux marchés au moment où elle doit encore emprunter 50 milliards d'euros d'ici la fin de l'année. Hier, les prêteurs exigeaient 7,51% d'intérêt annuel pour un emprunt de 10 ans.

Voilà pourquoi nombre d'observateurs jugent inévitable que Madrid demande secours à l'Union européenne et au Fonds monétaire international, incessamment.

La légère détente observée sur les marchés européens hier a été nourrie par la rumeur voulant qu'on accorde un statut bancaire au Mécanisme européen de stabilité. Cela lui permettrait d'emprunter directement auprès de la Banque centrale européenne, plutôt que sur les marchés ou auprès des États de l'Eurogroupe.

Ce faisant, sa puissance de feu de 500 milliards d'euros pourrait être augmentée. Cela suppose toutefois que la BCE (et l'Allemagne) tolère un taux d'inflation plus élevé que les 2,4% actuels alors que la cible de la BCE est tout près de, mais inférieure à 2%.

À suivre...

Canada 1,59%

États-Unis 1,40%

Royaume-Uni 1,46%

Allemagne 1,29%

Espagne 7,51%

Sources : Bloomberg, Scotia Capitaux

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