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La Grande Faucheuse s'abat sur l'emploi
En trois mois, le pays se retrouve avec moins de jobs qu'il y a un an. Le mois dernier seulement, 129 000 postes ont disparu d'un océan à l'autre, presque tous à temps plein. C'est au moins le triple de ce à quoi s'attendaient les experts.
Il s'agit du pire chiffre depuis le début de cette série de Statistique Canada, en 1976, mais le quatrième recul en importante d'un point vue relatif (0,8%). «Même les États-Unis n'ont pas connu une telle détérioration de leur marché de l'emploi en l'espace d'un mois», s'étonne Sébastien Lavoie, économiste à Valeurs mobilières Banque Laurentienne.
L'Enquête sur la population active (EPA) montre que le taux de chômage a bondi de 6,6% à 7,2% entre décembre et janvier. D'aucuns le voient maintenant franchir la barre des 8% d'ici quelques mois. Il y a un an, il se situait à 5,8%.
En trois mois à peine, 212 700 emplois ont été supprimés, effaçant tous les gains de 2008. Cela représente un repli de 1,2% depuis le sommet d'octobre.
«La détérioration du marché du travail n'était pas aussi grande à ce stade-ci de la récession lors des deux épisodes précédents (1981-1982, 1990-1992), fait remarquer Benoit P. Durocher, économiste principal chezDesjardins. Il est surprenant de voir la vitesse à laquelle le marché du travail se dégrade.»
L'Ontario et la Colombie-Britannique sont les deux provinces les plus touchées le mois dernier. Dans la province voisine, la perte de 71 000 emplois, dont la moitié en usines, aura fait bondir son taux de chômage de 7,2% à 8,0%. Il s'agit là aussi de la baisse d'emplois la plus forte depuis 1976.
Pour la première fois, ce taux supplante celui du Québec qui est passé de 7,3% à 7,7% le mois dernier. C'est néanmoins son taux le plus élevé en deux ans.
La société distincte a perdu 25 800 emplois le mois dernier, tous à temps partiel cependant. Ces postes étaient concentrés dans l'administration publique et liés aux élections provinciales de décembre.
Il s'est créé au Québec encore beaucoup d'emplois dans l'enseignement et la santé qui échappent aux cycles économiques, mais aussi dans les services professionnels et d'hébergement de même que dans le commerce.
Secteur manufacturier
En revanche, le secteur manufacturier a été décimé davantage que celui de l'Ontario, toutes proportions gardées, avec 30 000 emplois sabrés.
Comme l'EPA a été menée du 11 au 17 janvier, elle n'a pu capter encore la suppression de quelques centaines d'emplois de l'usine de Rio Tinto Alcan à Beauharnois, annoncée la semaine suivante.
Les travailleurs en usine ne sont pas au bout de leurs peines avec l'effondrement des marchés d'exportation et le ralentissement de la consommation. «Le secteur manufacturier a toujours son importance, souligne Avery Shenfeld, économiste chez Marchés mondiaux CIBC. On ne déclenche pas une récession en se faisant couper les cheveux moins souvent.»
En fait, la fabrication est la grande responsable des résultats affreux de l'EPA en janvier avec plus de 100 000 coupes à elle seule. «Le chiffre publié n'est donc pas aussi grave qu'il ne paraît en ce qui a trait à la diffusion, nuance Yanick Desnoyers, économiste principal à la Financière Banque Nationale. La croissance de l'emploi se maintient d'une année à l'autre dans le secteur producteur de services et contraste toujours fortement avec la situation aux États-Unis et les récessions antérieures au Canada.»
Chez l'Oncle Sam
Si la chute de l'emploi n'a pas été aussi brutale en janvier chez l'Oncle Sam, elle reste importante. Pour le troisième mois d'affilée, l'hécatombe dépasse les 500 000 jobs, la pire séquence depuis les années 30. Les 598 000 perdus en janvier portent à 3,57 millions le nombre d'emplois fauchés, le pire bilan depuis la Deuxième Guerre mondiale. Le taux de chômage a bondi de 7,2% à 7,6%.
Ces chiffres ne montrent pas toute l'étendue du drame américain.
Le département du Travail calcule que, si on ajoute le nombre de chômeurs qui ont renoncé à se chercher activement du travail, le taux de sans-emplois passe de 7,6% à 8,0%. Si on joint à eux ceux qui ne travaillent pas autant d'heures qu'ils le souhaiteraient, ceux qu'on appelle les sous-employés, le taux atteint 13,9%.
Le nombre d'heures travaillées dans le secteur privé a reculé de 0,7% en janvier après un repli de 0,8% en décembre.
Voilà pourquoi le président Barack Obama a exhorté hier le Sénat a adopté son plan d'urgence de plus de 900 milliards qui déplaît aux républicains.
«Il est inexcusable et irresponsable de notre part de nous retrouver ainsi empêtrés, retardés, pris dans nos querelles politiciennes alors que des millions d'Américains sont licenciés, a-t-il dit hier. La situation ne saurait être plus grave, ces chiffres demandent qu'on agisse.»
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